Les avo­cats des sa­la­fistes re­jettent toutes les ac­cu­sa­tions

Le Temps - - Suisse - GEM­MA D’URSO, BEL­LIN­ZONE @Gem­madUr­so

La vi­déo mon­trant un chef d’Al-Qai­da en Sy­rie était «un do­cu­men­taire jour­na­lis­tique», se­lon les di­ri­geants du Conseil cen­tral is­la­mique ju­gés à Bel­lin­zone

Jeu­di, au deuxième jour du pro­cès des trois cadres du Conseil cen­tral is­la­mique suisse au Tri­bu­nal pé­nal fé­dé­ral de Bel­lin­zone, la dé­fense a plai­dé l’ac­quit­te­ment de ses clients et de­man­dé une in­dem­ni­sa­tion sym­bo­lique de 200 francs pour cha­cun d’eux.

Me Lu­kas Bürge, l’avo­cat du sa­la­fiste Ni­co­las Blan­cho, 34 ans, fon­da­teur et pré­sident du Conseil cen­tral is­la­mique suisse (CCIS), a évo­qué le dé­but du ra­ma­dan pour les mu­sul­mans lors­qu’il a en­ta­mé sa plai­doi­rie après la pause de mi­di: «Mon client et ses deux co­ac­cu­sés n’ont en­core rien man­gé ni rien bu, a-t-il dit, et ils es­pèrent que le des­sert et le di­ges­tif du soir se­ront agréables.»

Me Bürge a dé­mon­té toutes les thèses de l’ac­cu­sa­tion, ré­fu­tant celle de la pro­pa­gande idéo­lo­gique et d’un quel­conque sou­tien à l’Etat is­la­mique ou à toute autre or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Il a évo­qué un cli­mat d’is­la­mo­pho­bie créé par le Mi­nis­tère pu­blic de la Con­fé­dé­ra­tion (MPC) et vé­hi­cu­lé par la presse.

«Li­ber­té de la presse»

Avant lui, ses deux confrères Me Mi­chael Bur­kard et Me Lo­renz Hir­ni ont en­tiè­re­ment contes­té l’acte d’ac­cu­sa­tion. Pour Me Bur­kard, son client Naim Cher­ni, 26 ans, res­pon­sable du CCIS, n’a pas réa­li­sé du ma­té­riel de pro­pa­gande, mais bien des do­cu­men­taires jour­na­lis­tiques, lors­qu’il a réa­li­sé deux films en Sy­rie à l’au­tomne 2015. Les vi­déos qui, se­lon le MPC, consti­tue­raient une vio­la­tion de la loi fé­dé­rale in­ter­di­sant les groupes ter­ro­ristes mon­traient l’une un ex-lea­der sy­rien d’Al-Qai­da en train de ha­ran­guer les foules et l’autre le pré­di­ca­teur saou­dien Ab­dul­lah al-Mu­hay­si­ni alors que, se­lon l’ac­cu­sa­tion, il prô­nait le dji­had violent. Me Bur­kard a re­ven­di­qué la «li­ber­té de la presse» pour son client.

Sen­tence le 25 mai

Mêmes conclu­sions pour Me Lo­renz Hir­ni, avo­cat d’Ab­del Az­ziz Qaa­sim Il­li, res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion du CCIS. Cet in­for­ma­ti­cien suisse alé­ma­nique âgé de 35 ans et conver­ti à l’is­lam sa­la­fiste est lui aus­si ac­cu­sé de vio­la­tion de la loi fé­dé­rale qui in­ter­dit la pro­pa­gande en fa­veur de groupes ter­ro­ristes. Son rôle au­rait été ce­lui d’of­frir une «pla­te­forme mul­ti­mé­dia et plu­ri­lingue» aux vi­déos réa­li­sées par Naim Cher­ni en Sy­rie. La ligne de dé­fense de Me Hir­ni a été si­mi­laire à celle de son confrère: «Pas de pro­pa­gande en fa­veur du dji­had is­la­miste, aucune preuve que le pré­di­ca­teur saou­dien Al-Mu­hay­si­ni était réel­le­ment af­fi­lié à Al-Qai­da, aucune idéo­lo­gie ter­ro­riste» de la part de son client. L’avo­cat de Qaa­sim Il­li a donc plai­dé en fa­veur de l’ac­quit­te­ment et d’une in­dem­ni­sa­tion sym­bo­lique de 200 francs.

Au terme des plai­doi­ries, la pro­cu­reure Ju­liette No­to a briè­ve­ment ré­pli­qué, ré­ité­rant les ac­cu­sa­tions for­mu­lées à l’en­contre des pré­ve­nus et in­sis­tant sur les as­pects de pro­pa­gande et fi­nan­ciers de leur acte.

La sen­tence du Tri­bu­nal pé­nal fé­dé­ral se­ra ren­due le 25 mai pro­chain. ▅

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