Les mé­tros aé­riens doivent être in­té­grés au ré­seau

Le Temps - - Eclairage -

Pour l’ex­pert saint-gal­lois Clau­dio Bü­chel, les pro­jets de té­lé­phé­riques ur­bains ne sont guère utiles s’ils ne servent qu’aux dé­pla­ce­ments de loi­sirs

Pro­fes­seur de planification des trans­ports à la haute école de Rap­pers­wil, Clau­dio Bü­chel en est convain­cu: les té­lé­ca­bines ur­baines conviennent bien aux villes suisses, mais pas n'im­porte où ni n'im­porte com­ment. «Elles sont adap­tées à la Suisse, par exemple pour ré­soudre des pro­blèmes to­po­gra­phiques ou pour tra­ver­ser un lac», a-t-il consta­té lors d'un ré­cent fo­rum or­ga­ni­sé au Mu­sée des trans­ports de Lu­cerne.

Plu­sieurs idées de mé­tros aé­riens ont été lan­cées en Suisse. Dans l'ag­glo­mé­ra­tion ge­ne­voise, une té­lé­ca­bine pour­rait re­lier Ver­nier et l'aé­ro­port à Ber­nex et Per­ly-Bar­don­nex. La ques­tion est dé­sor­mais de sa­voir si cette idée, lan­cée par les Verts au Grand Conseil, sur­vi­vra à l'évic­tion de Luc Bar­thas­sat, qui s'est en­ga­gé pour cette ligne et a ob­te­nu un cré­dit d'étude de 3 mil­lions. D'autres liai­sons pos­sibles ont été ima­gi­nées à Fri­bourg, à Sion, à Morges (celle-ci a été sus­pen­due entre-temps, si l'on ose l'ex­pri­mer ain­si) et à Zu­rich. Clau­dio Bü­chel a plus par­ti­cu­liè­re­ment ana­ly­sé ce der­nier pro­jet. Un câble pour­rait re­lier les deux rives du lac, entre les quar­tiers de Wol­li­sho­fen et de See­feld, sur une dis­tance de 1300 mètres. Belle idée, sym­pa­thique, mais «qui a de mau­vaises connexions avec le ré­seau de trans­ports pu­blics», cri­tique le cher­cheur saint-gal­lois.

Pour les loi­sirs ou pour les pen­du­laires?

Les deux gares se­raient construites dans des zones de ver­dure. Sur la rive droite du lac, la sta­tion de tram la plus proche est dis­tante de 500 mètres, la gare de Tie­fen­brun­nen se si­tuant à près de 900 mètres de là. «On ne construi­rait ce té­lé­phé­rique que pour les loi­sirs. C'est un dé­faut, qui pour­rait être cor­ri­gé si on pro­lon­geait le câble jusque dans la ville afin d'en faire une vraie liai­son de trans­ports pu­blics», sug­gère-t-il.

Ce­la ne veut pas dire qu'il faille bou­der ce té­lé­phé­rique. Au contraire, les liai­sons aé­riennes pré­sentent des avan­tages, constate-t-il. Elles sont moins gour­mandes en sur­faces, idéales sur des ter­rains ac­ci­den­tés, où trams et bus sont à la peine. Leur ca­pa­ci­té et leur vi­tesse de dé­pla­ce­ment peuvent être su­pé­rieures à celles des moyens de dé­pla­ce­ment ter­restres.

Exi­gences de sécurité

Clau­dio Bü­chel a pro­cé­dé à quelques ana­lyses de cas, prin­ci­pa­le­ment en Suisse alé­ma­nique. Il en a étu­dié un à Berne, qui pour­rait re­vê­tir un cer­tain in­té­rêt. Dans la pé­ri­phé­rie est de la ville se trouvent BER­NARD WUTHRICH, BERNE deux hubs se­con­daires des­ser­vis par des t @BdWu­thrich trains et des bus: Wor­blau­fen, sur les axes Berne-So­leure et Berne-Worb, et Wank­dorf, sur les lignes Berne-Bienne, Berne-Zu­rich et Berne-Thoune. Certes, les deux pla­te­formes peuvent être re­liées en quelques mi­nutes par un bus. Clau­dio Bü­chel es­time ce­pen­dant qu'une jonc­tion aé­rienne des deux lieux, par-des­sus l'Aar et la col­line boi­sée de Tie­fe­nau, se­rait idéale.

Le dé­ve­lop­pe­ment de telles liai­sons pose la ques­tion de la sécurité contre le feu. In­évi­ta­ble­ment, les cap­sules ur­baines pas­se­ront par-des­sus des im­meubles et des toits. Les prin­ci­paux construc­teurs suisses d'en­gins mon­tés sur câble, Ga­ra­ven­ta et Bar­tho­let, ré­pondent que leurs ins­tal­la­tions cir­culent au-des­sus de toits ig­ni­fu­gés ou à une dis­tance suf­fi­sam­ment éle­vée pour qu'ils puissent re­ga­gner le ter­mi­nus le plus proche avant que le câble ne soit me­na­cé par d'éven­tuelles flammes. L'Of­fice fé­dé­ral des trans­ports (OFT) pré­cise de son cô­té que ce sont les exi­gences de la di­rec­tive eu­ro­péenne sur le su­jet qui s'ap­pliquent en Suisse. La sécurité de l'ins­tal­la­tion doit être conforme sous plu­sieurs as­pects: le risque d'in­cen­die, mais aus­si l'ap­ti­tude au sau­ve­tage, le risque de rup­ture du câble ou de chutes sur le câble, etc.

▅ de So­po­ca­chi, pri­sé des classes moyennes, puis les vil­las de la zone sud, où vivent les Bo­li­viens ai­sés et les ex­pa­triés. «Le té­lé­phé­rique est des­ti­né aux classes po­pu­laires, mais il doit aus­si in­ci­ter les riches à aban­don­ner leur voi­ture, sou­ligne Cé­sar Do­ck­weiller. Ce­la di­mi­nue d'au­tant les em­bou­teillages.»

Des qua­li­tés que le pré­sident Evo Mo­rales, très contes­té dans son pays, cé­lèbre sys­té­ma­ti­que­ment à chaque ou­ver­ture de ligne, entre of­frandes traditionnelles à la Pa­cha­ma­ma, pluie de confet­tis et bals po­pu­laires. Il rap­pelle, chaque fois qu'il le peut, que le té­lé­phé­rique a contri­bué à la créa­tion de cen­taines d'em­plois, et que l'ex­per­tise lo­cale est main­te­nant re­con­nue à l'étran­ger: «Les villes qui veulent construire des té­lé­phé­riques nous consultent, elles nous prennent en exemple», se fé­li­cite-t-il. Car le té­lé­phé­rique, fier­té na­tio­nale, ne se contente pas d'ache­mi­ner ses pas­sa­gers d'un point à un autre… Il trans­porte aus­si des élec­teurs.

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