Une fré­né­sie de ra­chats sai­sit les mul­ti­na­tio­nales

Le Temps - - Economie & Finance - ISA­BELLE CHA­PE­RON (LE MONDE)

La crois­sance mon­diale sou­te­nue, l’ac­cès ai­sé aux fi­nan­ce­ments et des bourses pros­pères concourent au re­tour des grandes tran­sac­tions

Une OPA à 9 mil­liards d’eu­ros (10,6 mil­liards de francs) de l’éner­gé­ti­cien chi­nois Chi­na Th­ree Gorges sur le por­tu­gais Ener­gias de Por­tu­gal (EDP), l’ac­qui­si­tion pour 18 mil­liards d’eu­ros d’ac­tifs eu­ro­péens de l’amé­ri­cain Li­ber­ty Me­dia par le bri­tan­nique Vo­da­fone, le oui à 46 mil­liards de livres (62 mil­liards de francs) de la bio­tech ir­lan­daise Shire à son pré­ten­dant ja­po­nais Ta­ke­da... La fré­né­sie de ra­chats d’en­tre­prises à tra­vers le monde s’in­ten­si­fie. Entre le 1er jan­vier et le 10 mai, les fu­sions et ac­qui­si­tions ont to­ta­li­sé 1850 mil­liards de dol­lars (1854 mil­liards de francs), en hausse de 67% par rap­port à la même pé­riode de 2017, se­lon Thom­son Reu­ters.

La crois­sance sou­te­nue de l’éco­no­mie mon­diale, un ac­cès tou­jours ai­sé et bon mar­ché aux fi­nan­ce­ments, des bourses pros­pères: «La si­tua­tion ma­croé­co­no­mique reste très fa­vo­rable. En outre, la po­li­tique fis­cale avan­ta­geuse aux Etats-Unis in­jecte du car­bu­rant sup­plé­men­taire dans le sys­tème. Ce­la pro­fite aux en­tre­prises amé­ri­caines mais aus­si aux mul­ti­na­tio­nales européennes qui ont des fi­liales aux Etats-Unis», sou­ligne Xa­vier Bin­del, de J.P. Mor­gan.

Si les baisses d’im­pôts du pré­sident Do­nald Trump de dé­cembre 2017 avaient lais­sé craindre une vague de ra­chats d’en­tre­prises européennes par des Amé­ri­cains re­gor­geant de dol­lars, rien de tel ne s’est pro­duit, à ce stade. Les groupes amé­ri­cains pri­vi­lé­gient plu­tôt les ra­chats d’ac­tions ou la conso­li­da­tion do­mes­tique, à l’image de la re­prise du ges­tion­naire de pres­crip­tions mé­di­cales Ex­press Scripts par l’as­su­reur Ci­gna pour 67 mil­liards de dol­lars.

Sur­en­chère d’ac­qui­si­tions me­née par les phar­mas

«On ob­serve une nette ac­cé­lé­ra­tion de la conso­li­da­tion. Les cibles sont fi­na­le­ment peu nom­breuses et les groupes veulent res­ter maîtres de leur des­tin avant que le mar­ché ne se re­tourne éven­tuel­le­ment», ana­lyse Ni­co­las De­sombre, co­res­pon­sable de la banque d’in­ves­tis­se­ment de Ci­ti­group en France. Les la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques en­traînent tout le sec­teur dans une sur­en­chère d’ac­qui­si­tions. Pour mettre la main sur Shire, Ta­ke­da se pré­pare à si­gner le chèque le plus éle­vé ja­mais consen­ti par une so­cié­té ja­po­naise lors d’un ra­chat, se­lon le ca­bi­net Dea­lo­gic.

L’ac­qui­si­tion de l’al­le­mand In­no­gy par son com­pa­triote E.ON té­moigne de la pour­suite des grandes ma­noeuvres chez les éner­gé­ti­ciens. «Il y a de la re­com­po­si­tion dans l’air dans plu­sieurs sec­teurs en Eu­rope, l’un des plus ac­tifs étant ce­lui de l’éner­gie», sou­ligne Da­vid Azé­ma, as­so­cié de la banque d’af­faires Pe­rel­la Wein­berg.

Dans l’as­su­rance, le di­rec­teur gé­né­ral d’Al­lianz, Oli­ver Bäte, a frap­pé les es­prits en as­su­rant au Fi­nan­cial Times, le 7 mai, être ou­vert à une fu­sion entre égaux, tout en sou­li­gnant que les va­lo­ri­sa­tions éle­vées consti­tuaient un frein à la conso­li­da­tion. Axa en sait quelque chose, la prime gé­né­reuse of­ferte pour conqué­rir l’as­su­reur ber­mu­dien XL ayant été peu goû­tée par ses ac­tion­naires.

«Va­lo­ri­sa­tions éle­vées»

Les fonds d’in­ves­tis­se­ment, dont les tré­sors de guerre dé­bordent, par­ti­cipent aus­si à cette dé­bauche d’opé­ra­tions qui marque le re­tour des mé­ga­deals fi­nan­ciers. L’ac­qui­si­tion pour 10 mil­liards d’eu­ros de la chi­mie de spé­cia­li­té du néer­lan­dais Ak­zoNo­bel par Car­lyle consti­tue l’un des plus im­por­tants LBO (le­ve­ra­ged buy-out, ra­chat par ef­fet de le­vier) mon­té en Eu­rope conti­nen­tale de­puis la crise fi­nan­cière. «Comme les va­lo­ri­sa­tions de­viennent éle­vées dans le non-co­té, les fonds de ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment sont à la re­cherche de so­cié­tés sous-éva­luées en bourse», pré­vient So­phie Ja­va­ry, res­pon­sable du cor­po­rate fi­nance pour la zone Eu­rope, Moyen-Orient et Afrique chez BNP Pa­ri­bas.

Der­nier exemple en date, la re­prise, dé­voi­lée mar­di, de SPS, la di­vi­sion ser­vice de paie­ments de l’opé­ra­teur de la bourse de Zu­rich SIX, par World­line (groupe Atos). La tran­sac­tion pré­voit une par­ti­ci­pa­tion de 27% de SIX dans World­line et un ap­port en nu­mé­raire de 283 mil­lions d’eu­ros, soit au to­tal un mon­tant de 2,3 mil­liards d’eu­ros.

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