Le ga­zo­duc de la dis­corde en mer du Nord

Le Temps - - Economie & Finance - NERBOLLIER, BER­LIN DEL­PHINE

Le ga­zo­duc Nord Stream 2 se­ra au me­nu de la ren­contre ce ven­dre­di entre An­ge­la Mer­kel et Vla­di­mir Pou­tine. L’Al­le­magne fait pres­sion pour que l’Ukraine ne soit pas lé­sée dans cette af­faire

Les tra­vaux pré­pa­ra­toires à la construc­tion de la par­tie off­shore du ga­zo­duc russe contro­ver­sé Nord Stream 2 ont dé­bu­té en Al­le­magne, a an­non­cé mar­di der­nier le consor­tium me­né par le géant russe Gaz­prom.

Les choses avancent pour le contro­ver­sé ga­zo­duc Nord Stream 2. Le mar­di 15 mai, les tra­vaux pré­pa­ra­toires pour la par­tie off­shore de ce pi­pe­line ont com­men­cé près de Lub­min, dans le nord de l’Al­le­magne. Le consor­tium à l’ori­gine du pro­jet, me­né par le géant russe Gaz­prom, sou­hai­te­rait que les tra­vaux de construc­tion du ga­zo­duc sous-ma­rin dé­butent en 2019 pour une en­trée en fonc­tion à la fin de l’an­née. Long de 1250 km, ce pi­pe­line est cen­sé re­lier la Rus­sie à l’Al­le­magne via la mer Bal­tique, sur un tra­cé pa­ral­lèle à ce­lui du Nord Stream 1 dont il per­met­tra de dou­bler la ca­pa­ci­té.

Au ni­veau po­li­tique aus­si, le pro­jet semble avan­cer en dé­pit de nom­breuses po­lé­miques. En dé­but de se­maine, le mi­nistre al­le­mand de l’Eco­no­mie, Pe­ter Alt­maier, s’est ren­du à Kiev puis à Mos­cou et s’est mon­tré op­ti­miste quant à la pos­si­bi­li­té de «trou­ver une so­lu­tion d’ici quelques jours» concer­nant l’Ukraine.

Mé­na­ger le bud­get de Kiev

Le gou­ver­ne­ment al­le­mand tente en ef­fet de jouer les in­ter­mé­diaires entre les deux pays afin d’évi­ter que ce ga­zo­duc sous-ma­rin ne lèse les in­té­rêts éco­no­miques de Kiev. Le gou­ver­ne­ment de Pe­tro Po­ro­chen­ko em­poche 2 mil­liards de dol­lars par an pour le trans­port ter­restre de gaz russe vers l’Eu­rope mais pour­rait perdre cette manne fi­nan­cière si Gaz­prom, comme il me­nace de le faire, met un terme à ce transit lorsque le contrat ga­zier qui lie Mos­cou et Kiev pren­dra fin, en 2019.

Après des an­nées de re­te­nue, An­ge­la Mer­kel a pour la pre­mière fois exi­gé, en avril, que l’ave­nir éco­no­mique de l’Ukraine soit pris en compte dans ce dos­sier. La chan­ce­lière ré­ité­re­ra sa po­si­tion ce ven­dre­di, lors d’une réunion de tra­vail avec le pré­sident russe, Vla­di­mir Pou­tine, à Sot­chi.

Tous ne se montrent pas en­thou­siastes. En Eu­rope, des pays comme la Po­logne et les pays Baltes mènent l’op­po­si­tion et craignent une dé­pen­dance ac­crue de l’Eu­rope vis-à-vis de la Rus­sie. Les Etats-Unis aus­si cri­tiquent le pro­jet. «L’Al­le­magne in­jecte des mil­liards en Rus­sie», a dé­plo­ré en avril le pré­sident Do­nald Trump, qui sou­hai­te­rait que les Eu­ro­péens im­portent da­van­tage de gaz na­tu­rel li­qué­fié amé­ri­cain. En vi­site jeu­di à Ber­lin, San­dra Oud­kirk, vice-di­rec­trice du Dé­par­te­ment de l’éner­gie au Mi­nis­tère amé­ri­cain des af­faires étran­gères, a même évo­qué la pos­si­bi­li­té de sanc­tions contre le Nord Stream. «Nous se­rions heu­reux si le pro­jet ne se concré­ti­sait pas», a-t-elle conclu.

(STE­FAN SAUER/DPA VIA AP)

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