A Ge­nève, l’élan est bri­sé

Le Temps - - LA UNE - DA­VID HAEBERLI @Da­vid_Hae­ber­li

Au prin­temps der­nier, les élec­tions can­to­nales de­vaient inau­gu­rer une ère nou­velle pour Ge­nève. Six mois après, le constat est amer. Le conseiller d’Etat le mieux élu est sous en­quête pé­nale de­puis deux mois et rien n’in­dique que l’af­faire soit bien­tôt close. La confiance avec le par­le­ment est rom­pue. A la fa­veur de deux au­dits de la Cour des comptes, on ap­prend que les élus de la plus grande ville du can­ton sont dé­sin­voltes avec l’ar­gent pu­blic et que l’ad­mi­nis­tra­tion can­to­nale est in­ca­pable de me­ner à bien une ré­forme ré­cente sur la sur­veillance des hô­tels et des res­tau­rants.

Rien ne lie ces in­for­ma­tions? Peut-être, mais l’élan n’en est pas moins bri­sé et il y a un risque sé­rieux que le can­ton s’im­mo­bi­lise dans la crise. Car ces af­faires pol­luent bel et bien l’ac­tion pu­blique à Ge­nève, dont les ac­teurs ont ra­re­ment été ob­ser­vés avec au­tant de mé­fiance.

Pour ré­pondre à la de­mande de trans­pa­rence qui lui est faite de­puis une se­maine, la ville de Ge­nève a pu­blié le dé­tail des frais rem­bour­sés à ses ma­gis­trats de­puis 2007. On sait dé­sor­mais que les tra­jets en taxi sont une ha­bi­tude qu’Es­ther Al­der a prise dès son élec­tion. On constate que Ré­my Pa­ga­ni et Guillaume Ba­raz­zone ont une consom­ma­tion mas­sive de «frais de re­pré­sen­ta­tion». On connaît ceux de Ma­nuel Tor­nare lors de son an­née de mai­rie en 2008: 13134 francs. Pierre Mau­det en a eu pour 12880 francs de té­lé­phone en 2011, alors qu’il oc­cu­pait la même fonc­tion.

La belle af­faire! Ce tor­rent de chiffres ne per­met pas de dé­ter­mi­ner si des dé­penses pri­vées ont été cou­vertes par de l’ar­gent pu­blic. Ces ta­bleaux ne disent pas non plus à quel ni­veau de contrôle le sys­tème a été dé­fi­cient, ni pour­quoi per­sonne n’a ten­té de bri­der cette ma­chine folle. Qui a pu pro­fi­ter de ses dé­faillances et pen­dant com­bien de temps? Les mi­nistres ac­tuels sont sous le feu de la cri­tique, mais au­cun élé­ment ne per­met d’af­fir­mer que leurs pré­dé­ces­seurs étaient plus ver­tueux.

Si elle de­vient la norme, cette trans­pa­rence au­ra cer­tai­ne­ment un ef­fet pré­ven­tif sur les élus à moyen terme. Pour l’heure, dans le tu­multe des ré­vé­la­tions d’un rap­port d’au­dit dé­vas­ta­teur pour l’image des po­li­ti­ciens, ce «strip-tease in­té­gral» au­quel l’exé­cu­tif mu­ni­ci­pal s’était d’abord re­fu­sé nous plonge dans la per­plexi­té. Le tra­vail de mise à plat des pra­tiques du pas­sé ne fait que com­men­cer.

Le risque: que le can­ton s’im­mo­bi­lise dans la crise

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