1918 et la foi dans l’ave­nir

Le Temps - - LA UNE - RI­CHARD WERLY @LT­wer­ly

L’ar­mis­tice du 11 no­vembre 1918 fut une li­bé­ra­tion. Ce jour-là, lorsque ré­son­na le clai­ron de la paix sur tous les champs de ba­taille d’Eu­rope, des mil­lions de sol­dats au fond de leurs tran­chées purent en­fin re­pen­ser à l’ave­nir. Ils ne ris­quaient plus, à chaque heure du jour ou de la nuit, de mou­rir d’une ra­fale de mi­traille, d’un coup de baïon­nette, ou d’un obus tom­bé du ciel. Après quatre an­nées d’une guerre folle et d’un im­mense car­nage au quo­ti­dien, l’es­poir re­vint. Avec un rêve: ce­lui d’avoir con­nu la «der des ders», l’ul­time dé­chaî­ne­ment des pas­sions na­tio­na­listes et de la vio­lence guer­rière à l’échelle in­dus­trielle.

C’est ce mes­sage-là, ce­lui de la vie re­trou­vée et de la foi dans l’ave­nir, qu’Em­ma­nuel Ma­cron doit ex­pri­mer ce sa­me­di au cô­té d’An­ge­la Mer­kel sur le site de Re­thondes où fut si­gné l’Ar­mis­tice, puis di­manche à Pa­ris, de­vant la tombe du Sol­dat in­con­nu, face à la cen­taine de chefs d’Etat ou de gou­ver­ne­ment pré­sents sous l’Arc de triomphe, dont le pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion, Alain Ber­set.

Com­mé­mo­rer le sa­cri­fice des poi­lus doit n’être qu’une par­tie du mes­sage. Il lui faut aus­si in­car­ner un pa­ci­fisme ré­in­ven­té. Ce que va ten­ter de faire, les 12 et 13 dé­cembre, le Fo­rum de Pa­ris sur la paix, des­ti­né à of­frir une tri­bune et un écho mon­dial aux or­ga­ni­sa­tions et aux ac­ti­vistes qui se battent sur le ter­rain et sur tous les conti­nents pour évi­ter les guerres.

Com­mé­mo­rer l’ar­mis­tice de 1918 im­pose aus­si de re­gar­der la France en face. Dans tous les vil­lages fran­çais ou presque, un mo­nu­ment aux morts cou­vert des noms des dis­pa­rus broyés par la fo­lie de la Grande Guerre rap­pelle com­bien celle-ci trans­for­ma le pays. En 1914, la France était en­core pro­fon­dé­ment agri­cole, suc­ces­sion de ter­roirs re­pliés sur eux-mêmes, unie dans une Ré­pu­blique tout juste éman­ci­pée du pou­voir de l’Eglise ca­tho­lique. La «bou­che­rie» des an­nées qui sui­virent ac­cou­cha d’une autre na­tion, à la fois ou­verte sur le monde par son em­pire, conqué­rante sur le plan éco­no­mique, vo­lon­ta­riste sur le plan so­cial et mi­née par ses peurs. Une France qui, un siècle après, de­meure écar­te­lée entre ces mêmes contra­dic­tions.

La force d’une célébration est qu’elle peut réunir. Tous les chefs d’Etat pré­sents à Pa­ris ce week-end se­ront là pour ho­no­rer la mé­moire des dé­funts. Face à Do­nald Trump ou à Vla­di­mir Pou­tine, Em­ma­nuel Ma­cron doit donc uti­li­ser l’ex­trême so­len­ni­té de ce mo­ment pour dé­li­vrer un mes­sage à la fois po­si­tif et au­dible par les jeunes gé­né­ra­tions. Il lui fau­dra, di­manche à Pa­ris, trou­ver les mots justes d’un es­poir eu­ro­péen pos­sible à par­ta­ger.

La force d’une célébration est qu’elle peut réunir

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