Pour al­ler vers des mar­chés mo­né­taires 2.0

Un pro­jet suisse veut mo­der­ni­ser les in­ter­ac­tions sur les «mo­ney mar­kets», où se fi­nancent à court terme en­tre­prises, gou­ver­ne­ments et in­ter­mé­diaires fi­nan­ciers

Le Temps - - FINANCE - SÉ­BAS­TIEN RUCHE @se­bruche

«It’s a people bu­si­ness.» Sur les mar­chés mo­né­taires, les re­la­tions per­son­nelles comptent en­core beau­coup. C’est là que les en­tre­prises, gou­ver­ne­ments ou autres in­ter­mé­diaires fi­nan­ciers cherchent à se fi­nan­cer ou à pla­cer des li­qui­di­tés à court terme, entre un jour et deux ans. Une en­tre­prise n’ayant pas be­soin d’une par­tie de son cash pen­dant quelques mois au­ra in­té­rêt à le pla­cer à court terme et sans risque, quitte à en­cais­ser un faible taux d’in­té­rêt, plu­tôt qu’à le lais­ser dor­mir, ou à ré­duire le far­deau des taux d’in­té­rêt né­ga­tifs.

Les sommes échan­gées quo­ti­dien­ne­ment sur les «mo­ney mar­kets» sont stra­to­sphé­riques: plus de 100 mil­liards d’eu­ros en Eu­rope pour le seul seg­ment des opé­ra­tions non ga­ran­ties (ap­pe­lées «un­se­cure», elles ne sont pas cou­vertes par des ac­tifs comme des fac­tures par exemple), se­lon la der­nière étude de la Banque cen­trale eu­ro­péenne, pu­bliée en 2015. Or cette ac­ti­vi­té de­meure lar­ge­ment ma­nuelle: deux tiers des tran­sac­tions re­posent sur du tra­ding élec­tro­nique, se­lon la BCE. Pour le reste, les mes­sa­ge­ries élec­tro­niques et le bon vieux té­lé­phone per­mettent à un par­ti­ci­pant de contac­ter un cour­tier, qui trou­ve­ra une contre­par­tie. Sys­tème ar­chaïque

C’est sur ce tiers du mar­ché non ga­ran­ti que la pla­te­forme suisse Ins­ti­match veut mo­der­ni­ser les échanges, ex­plique son di­rec­teur gé­né­ral, Da­niel Sand­meier: «Le sys­tème ac­tuel est ar­chaïque. Un cour­tier ap­pelle gé­né­ra­le­ment un nombre li­mi­té de ses contacts, une di­zaine au maxi­mum, pour sa­voir s’ils veulent par­ti­ci­per à une opé­ra­tion et à quel prix, puis il rap­pelle son client à l’ori­gine d’une de­mande de prêt ou de pla­ce­ment. Dans les faits, près de 50% des tran­sac­tions se font au sein d’un même pays. Nous vou­lons élar­gir le nombre de contre­par­ties pos­sibles.»

En théo­rie, un por­tail d’ac­cès aux mar­chés mo­né­taires comme ce­lui d’Ins­ti­match per­met à da­van­tage d’ac­teurs de trans­mettre des pro­po­si­tions d’opé­ra­tions et de prix. «Mais notre sys­tème amé­liore sur­tout la trans­pa­rence, pour­suit l’an­cien pré­sident de l’As­so­cia­tion suisse des pro­duits struc­tu­rés. Sur la pla­te­forme, on voit qui est sur le mar­ché, avec quelles offres, alors qu’en pas­sant par un cour­tier un prê­teur ne connaît l’iden­ti­té de sa contre­par­tie qu’après avoir ac­cep­té son offre. Nous pen­sons qu’il vaut mieux sa­voir a prio­ri avec qui on traite.»

Ins­ti­match af­firme vi­ser 100 par­ti­ci­pants à sa pla­te­forme ra­pi­de­ment, contre plus de 30 contre­par­ties ins­ti­tu­tion­nelles ac­tuel­le­ment. Une ex­pan­sion vers la Scan­di­na­vie, puis pro­ba­ble­ment vers l’Asie fait par­tie des plans. Un des obs­tacles à la gé­né­ra­li­sa­tion du tra­ding élec­tro­nique sur les mar­chés mo­né­taires est jus­te­ment l’as­pect hu­main, ex­plique un bon connais­seur du sec­teur. Les cour­tiers nouent des liens forts avec leurs clients en leur of­frant de bons dî­ners ou des billets pour des ma­ni­fes­ta­tions spor­tives. C’est tou­jours un «people bu­si­ness».

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