Fous d'hus­sein

Sept - - Sommaire -

Il n’y a au­cun in­dice de sa foi ca­tho­lique dans la mai­son sauf une croix dis­crète ac­cro­chée dans l’en­trée. De­vant la porte de sa chambre, un écri­teau co­lo­ré in­dique son pré­nom par des lettres mal­ha­biles. «Un ca­deau de mes ne­veux», ex­plique-t-elle en sou­riant. Sur le pa­pier peint li­las de la chambre, Flo­rence Noël a ac­cro­ché les por­traits de ses pa­rents, une icône de la vierge rap­por­tée de pè­le­ri­nage par son frère et juste quelques des­sins en­ca­drés de ses soeurs : «Il faut quand même que ce lieu reste sobre, car c’est ici que je prie.»

Flo­rence Noël a pro­non­cé ses voeux il y a un an seu­le­ment. Une ga­mine dans notre col­lec­tion de por­traits. En outre, son en­ga­ge­ment est aty­pique. Con­trai­re­ment aux autres per­sonnes que nous avons ren­con­trées, la quin­qua­gé­naire ne vou­lait pas s’in­ves­tir à 100 % dans la vie re­li­gieuse. Elle avait fait de sa pas­sion, l’en­sei­gne­ment, sa prio­ri­té nu­mé­ro un. Seul hic : n’avoir pas trou­vé l’homme idéal pour construire une vie de fa­mille.

Tout en nous in­vi­tant à nous as­seoir sur son pe­tit lit, elle ra­conte : «Un jour, j’ai eu un dé­clic. Le cu­ré de la pa­roisse m’a dit que la consé­cra­tion pour­rait chan­ger ma vie. J’ai com­pris que si je ne m’étais pas ma­riée de­puis tout ce temps, c’est parce que le sei­gneur m’at­ten­dait.» De l’éti­quette de cé­li­ba­taire en­dur­cie, Flo­rence Noël a en­dos­sé celle de vierge consa­crée. Pro­blème ré­so­lu. «Comme ça, je n’ai plus à cher­cher ni à me po­ser de ques­tions.»

Mal­gré tout, elle au­ra dou­té jus­qu’au der­nier mo­ment. «Le jour de ma consé­cra­tion, j’ai vrai­ment réa­li­sé que c’était ça mon ap­pel, confie-t-elle, avant d’ajou­ter dans un éclat de rire, de toute fa­çon, c’était trop tard !» Elle parle de son choix d’en­ga­ge­ment comme d’«une for­mule qui peut s’ac­cor­der avec [ son] em­ploi d’ins­ti­tu­trice.» Ef­fec­ti­ve­ment, son mode de vie est moins ri­gide que dans un mo­nas­tère: elle prie quelques heures par jour et fait du bé­né­vo­lat pour sa pa­roisse. Ce qu’elle fai­sait dé­jà au­pa­ra­vant, l’éti­quette en moins.

Quand elle fait sa prière, Flo­rence Noël ne ferme pas la porte et convie vo­lon­tiers ses in­vi­tés à la re­joindre dans sa chambre. Ce que nous voyons comme l’antre de l’in­ti­mi­té ne l’est pas à ses yeux. «Ce n’est pas un lieu pri­vé, in­siste-t-elle. Ce n’est pas comme une chambre de pa­rents qui est le lieu de la fé­con­di­té. L’épouse du Ch­rist n’a pas de re­la­tion char­nelle.» Dé­sor­mais, la jeune ma­riée tente de s’im­po­ser de nou­velles règles de vie. «Main­te­nant que je suis l’épouse de Jé­sus, j’évite de re­gar­der n’im­porte quoi à la té­lé, comme Plus Belle la Vie, Koh-lan­ta ou Fort Boyard... En­fin, sauf quand je tri­cote ou que je fais du vé­lo d’ap­par­te­ment.»

Sou­rire aux lèvres, elle parle en fai­sant tour­ner dis­trai­te­ment son al­liance à la main gauche. Elle nous rap­pelle celle de Soeur Véronique. Mais at­ten­tion, pour sa part, la vieille dame n’est l’épouse de per­sonne. «Je n’aime pas dire que je suis ma­riée avec le Bon Dieu.» Un jour, une pe­tite fille lui a de­man­dé : «Tu n’as pas de ma­ri toi, alors pour­quoi tu portes une bague comme ma ma­man ?» Soeur Véronique lui a ré­pon­du quelques mots simples qui tra­duisent le sens de son en­ga­ge­ment re­li­gieux : «Re­garde cette bague. Elle n’a pas de dé­but, elle n’a pas de fin. Ton pa­pa et ta ma­man ont mis cet an­neau pour dire qu’ils s’ai­me­raient tou­jours. Et bien Jé­sus et moi, on s’est sim­ple­ment dit qu’on fe­ra route tous les deux.»

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