Edi­to

Sept - - Edito - Pa­trick Val­lé­lian Pho­to de une : © Raphaël Laurent

Chère lectrice, Cher lec­teur,

Ne li­sez ja­mais La Prose du Trans­si­bé­rien ! Si vous le faites, si vous osez vous plonger dans la longue poé­sie de l’écri­vain suisse Blaise Cen­drars, ne soyez pas éton­né d’être pris d’une ter­rible en­vie de sau­ter dans le pre­mier wa­gon ve­nu et de fi­ler fis­sa vers Vla­di­vos­tok, via Mos­cou, Perm, Om­sk et Ou­lan-oude …

J’ai suc­com­bé à cette ten­ta­tion il y a quelques an­nées. Un choc. A peine le bouquin du Neu­châ­te­lois po­sé sur ma table de che­vet, qu’il m’a fal­lu grim­per dans cette étrange bête d'acier ( lire pages 50 à 79). Comme lui, je vou­lais sen­tir ce long tor­tillard se do­de­li­ner sur les rails de l’im­mense Si­bé­rie. Je de­vais en­tendre sa mé­lo­die mé­tal­lique qui vous ac­com­pagne jour et nuit du­rant six jours.

Au pas­sage, j’ai com­pris que l’eu­rope ne s’ar­rête pas à l’ou­ral. Les ha­bi­tants d’ir­koutsk vous fu­sillent du re­gard quand vous pré­ten­dez le contraire. Que la Rus­sie ne se­ra ja­mais conquise, ni oc­cu­pée. Car trop grande, trop éten­due, trop com­pli­quée.

Non, elle pré­fère être sé­duite. Et entre nous, ses ha­bi­tants, son es­pace … et ses ma­tières pre­mières valent bien une cour. Les chan­cel­le­ries eu­ro­péennes oc­ci­den­tales, qui fi­na­le­ment ne re­pré­sentent qu’un con­fet­ti de notre con­tinent, de­vraient s’en sou­ve­nir et prendre elles aus­si cette ligne qui vous im­merge dans une terre bien plus bi­gar­rée que ne pour­raient l’ima­gi­ner les hommes de la Ma­rine, bien plus mul­ti­cul­tu­relle et éga­le­ment plus mul­tieth­nique.

Une autre Eu­rope, la vraie Eu­rope, celle du moins que nous de­vrions bâ­tir de la Manche à la mer du Ja­pon, avec ses grandes villes, ses mil­lions d’ha­bi­tants et une his­toire com­mune … grâce à ces 9'000 km de rails qui courent à tra­vers les bois et les champs.

Si la ré­vo­lu­tion russe de 1917 a réus­si, c’est grâce à ce train, l’ar­mée rouge pou­vant plus fa­ci­le­ment dé­pla­cer ses troupes. Si Sta­line a pu ré­sis­ter à Hit­ler du­rant la Se­conde Guerre mon­diale, c’est aus­si grâce à ce cor­don om­bi­li­cal avec l’extrême-orient qui a per­mis d’ame­ner hommes et armes sur le front. Si le ré­gime com­mu­niste a pu dé­por­ter ses op­po­sants dans les gou­lags …

Ce pou­mon éco­no­mique de la Rus­sie, ce mo­nu­ment cultu­rel mon­dial sym­bo­lise aus­si cet « Est » in­do­cile, in­son­dable, ir­ré­vé­ren­cieux comme peuvent l’être les cheffes de ca­bine qui vous tapent sim­ple­ment sur les fesses avec leur dra­peau de contrô­leuse pour vous faire com­prendre de mon­ter dans le wa­gon après chaque es­cale.

Ra­re­ment à l’heure, sou­vent au ra­len­ti, l'om­ni­bus n’en fait qu’à sa tête fi­na­le­ment. S’ar­rête au beau mi­lieu des bois. Roule à deux à l’heure puis se lance dans une course ef­fré­née avant de cra­cher ses fu­mées de die­sel pour grim­per l’ou­ral.

A chaque fois, il vous rap­pelle que l’oc­ci­dent nor­mé de­vrait mettre un peu d’eau dans sa vod­ka et du temps dans ses ur­gences.

Bonne lec­ture

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