Sa­bri­na De Sou­sa, la proie fa­cile

Une opé­ra­tion d’en­lè­ve­ment par la CIA qui foire et voi­là Sa­bri­na De Sou­sa condam­née à quatre ans de pri­son en Ita­lie. L’amé­ri­caine, em­ployée mo­dèle dans la guerre contre la ter­reur, se re­trouve sous le coup d’un man­dat d’ar­rêt in­ter­na­tio­nal. Elle s’était

Sept - - Sommaire - Fabrizio Calvi (texte) & Pierre Zag­doun (images)

Le 6 oc­tobre 2015, une jeune femme se pré­sente au contrôle de sé­cu­ri­té de l’aé­ro­port de Lis­bonne. Elle tend un pas­se­port por­tu­gais à l’agent. En­core quelques se­condes et elle sau­ra si son plan a fonc­tion­né. Plus que quelques mètres et elle pour­ra em­bar­quer à des­ti­na­tion de Goa pour en­fin re­joindre sa mère. Le po­li­cier scanne son pas­se­port, scrute l’écran de son or­di­na­teur. Les se­condes semblent des heures. - Ma­dame De Sou­sa, vous avez aus­si un pas­se­port amé­ri­cain. Puis, après un si­lence: - Il va fal­loir me suivre.

C’est ain­si que s’achève la ca­vale de Sa­bri­na De Sou­sa, ex-agente de la CIA, re­cher­chée par Eu­ro­pol. Après une nuit en dé­ten­tion au quar­tier gé­né­ral de la po­lice por­tu­gaise, elle est re­lâ­chée. Mais sans ses pas­se­ports, confis­qués le temps que la jus­tice por­tu­gaise se pro­nonce sur une de­mande d’ex­tra­di­tion vers l’ita­lie.

Quelques jours plus tard, je la re­trouve dans le lob­by d’un hô­tel lis­boète. Elé­gam­ment vê­tue, on di­rait que les épreuves n’ont pas prise sur elle. La du­re­té dans le re­gard, le très lé­ger ric­tus qui gâche quelque peu son sou­rire s'avèrent bien an­té­rieurs à son ar­res­ta­tion. Ils sont les té­moins d’une di­zaine d’an­nées d'em­brouilles et de coups tor­dus au ser­vice de la Di­rec­tion des opé­ra­tions de la CIA. Il fait doux, l’été in­dien n’en fi­nit pas de ber­cer Lis­bonne. De moi, Sa­bri­na De Sou­sa sait tout ce qu’elle doit sa­voir. L’in­verse n’est pas for­ce­ment vrai. On se jauge. – Il y a un agent du FBI qui parle beau­coup ces temps-ci, lâ­chet-elle fai­sant ré­fé­rence à Mark Ros­si­ni, l’homme qui au­rait dû contre­car­rer les at­taques du 11 sep­tembre si des col­lègues et amis de Sa­bri­na De Sou­sa ne l’avaient pas em­pê­cher de dé­cou­vrir ce que la CIA fri­co­tait avec deux des ter­ro­ristes du 11 sep­tembre.

Elle n’ignore pas que je l’ai lon­gue­ment in­ter­viewé à plu­sieurs reprises. Je men­tionne Al­fre­da Bi­kows­ki, l'un des of­fi­ciers de la CIA qui a fait obs­tacle à Mark Ros­si­ni. Al­fre­da, la «Reine de la tor­ture», en­ne­mie mor­telle de Ros­si­ni. – Com­ment va Al­fre­da? On se croi­rait dans un sa­lon de thé. – Al­fre­da va bien, mer­ci. Elle s’est ma­riée l’an­née der­nière avec un an­cien res­pon­sable de la CIA, un homme que je connais bien. A brûle-pour­point, elle me re­lance, un sou­rire nar­quois aux lèvres: – Que pen­sez- vous des dé­cla­ra­tions de Mike Scheuer? Mike Scheuer, l'an­cien su­pé­rieur et men­tor d’al­fre­da, le père fon­da­teur d’alec Sta­tion, or­ga­nisme de la CIA char­gé de tra­quer et de tuer Ben La­den! Un grand joueur d’échec de­vant l'eter­nel, mais sur son échi­quier les pions sont des êtres hu­mains! Mike Scheuer, que j’ai ren­con­tré pour mon livre 11 sep­tembre, la contre-en­quête (Edi­tions Fayard, 2011).

Je me sou­viens d’une cu­rieuse in­ter­view de Mike Scheuer qui je­tait en pâ­ture cer­tains se­crets de la CIA. Je réa­lise qu’en fait, Mike Scheuer oeuvre dans les cou­lisses en fa­veur de Sa­bri­na De Sou­sa. Il est l'un des rares à avoir pris sa dé­fense, alors que tous les res­pon­sables de la CIA, du dé­par­te­ment d’etat et des ad­mi­nis­tra­tions Bush et Oba­ma, l’ont lais­sée tom­ber. Je me de­mande si aux cô­tés du père fon­da­teur d’alec Sta­tion ne se pro­file pas aus­si l’ombre de la «Reine de la tor­ture»… Et qui d’autre en­core? L’af­faire s’an­nonce en­core plus pas­sion­nante que je ne l’ima­gi­nais de prime abord. Cartes sur table. Je me lance: - J’ai du mal avec vous autres agents de la CIA, je ne sais ja­mais que pen­ser de ce que vous me ra­con­tez. Est-ce du lard ou du co­chon? Une ques­tion de for­ma­tage. J’ai tou­jours l’im­pres­sion que vous êtes en mode ma­ni­pu­la­tion. Elle sou­rit.

Ne dites pas à Sa­bri­na De Sou­sa qu’elle est une lan­ceuse d’alerte. S’il lui ar­rive de li­vrer des se­crets de l’agence, c’est parce qu’elle se bat pour ne pas fi­nir en pri­son, à dé­faut de re­trou­ver sa li­ber­té de mou­ve­ment. Si elle n’avait pas été broyée par une af­faire qui la dé­passe, nul en de­hors de la CIA n’au­rait ja­mais en­ten­du par­ler de cette femme. Ne comp­tez pas sur elle pour vous ra­con­ter ses mis­sions. Du moins pas main­te­nant. De son pas­sé on ne sau­ra qu’une chose: elle est en­trée à l’agence au mi­lieu des an­nées 1990 par la grande porte, celle des case of­fi­ciers, les agents qui opèrent à l’étran­ger. Comme eux, elle est pas­sée par la «ferme», le camp d’en­traî­ne­ment de la CIA, où elle a ap­pris les fi­celles du mé­tier avant d’être en­voyée sur le ter­rain.

La jeune femme a re­joint la CIA parce que son ma­ri en fai­sait par­tie et que le tra­vail avait l’air in­té­res­sant. Pour son pre­mier poste, l’agence l’a gâ­tée: Rome et ses in­trigues. Loin de la dolce vi­ta, elle s’ini­tie aux coups par­ti­cu­liè­re­ment tor­dus des ser­vices se­crets ita­liens, le SISMI, par­te­naire et in­ter­lo­cu­teur de la CIA. Sa­bri­na De Sou­sa ap­prend l’ita­lien et sait se faire ap­pré­cier du di­rec­teur du SISMI. Dé­but 2001, alors qu'il est temps de ren­trer au ber­cail, au QG de la CIA à Lan­gley, le chef de la sta­tion lui de­mande de res­ter en­core deux ans en Ita­lie, à Milan cette fois-ci. «Le type qui de­vait y al­ler a eu des pro­blèmes de san­té, ex­plique-t-elle. Alors on m’a de­man­dé de prendre sa place. Res­ter trop long­temps dans un pays ce n’est pas bon pour la pro­mo­tion à la CIA. Mais j’ai ac­cep­té. Après tout, c’était Milan…»

Puis, Sa­bri­na De Sou­sa lâche une bombe: «Après 2001, la pé­nin­sule est de­ve­nue très im­por­tante pour l’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine. Les Ita­liens ont joué un rôle ma­jeur dans l’in­va­sion de l’irak en 2003.»

En l’écou­tant, je crois com­prendre que les ser­vices de ren­sei­gne­ments trans­al­pins ont par­ti­ci­pé à la confec­tion des faux do­cu­ments des­ti­nés à convaincre la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale de l’exis­tence d’armes de des­truc­tion mas­sive en Irak. «C’est une his­toire ca­pi­tale, ajoute-t-elle d’un air ma­li­cieux. Sur­tout au­jourd’hui avec l’etat is­la­mique. Pour­tant, au­cun jour­na­liste ne tra­vaille sur le su­jet. Cu­rieux.»

Dif­fi­cile de ne pas in­ter­pré­ter cette ré­vé­la­tion au­tre­ment que comme une me­nace dé­gui­sée à l’at­ten­tion de ses an­ciens col­lègues. La preuve que sa ca­pa­ci­té de nui­sance est in­tacte.

A la voir dé­ten­due, élé­gante dans ce hall d’hô­tel, je l’ima­gine au consu­lat amé­ri­cain de Milan où elle avait le titre de deuxième at­ta­chée. Si elle y a mis les pieds, ce n’est en au­cun cas pour s’oc­cu­per des pas­se­ports, vi­sas ou autres do­cu­ments of­fi­ciels, en­core moins pour ef­fec­tuer des tâches consu­laires. Son sta­tut de di­plo­mate dis­si­mu­lait d’autres ac­ti­vi­tés, moins avouables, comme celles pra­ti­quées dans le cadre des opé­ra­tions clan­des­tines de la CIA. Par exemple, l’en­lè­ve­ment d’un imam in­té­griste? Les juges ita­liens qui l’ont condam­née à quatre ans de pri­son en sont convain­cus. Au dé­but de ses en­nuis ju­di­ciaires, quand il s’est agi d’al­ler par­ler à la presse, Sa­bri­na De Sou­sa af­fir­mait avec force être étran­gère à ce qui lui était re­pro­ché. Tout juste ad­met­tait-elle son ap­par­te­nance à l’agence. Au­jourd’hui, pous­sée dans ses der­niers re­tran­che­ments par la jus­tice ita­lienne, elle concède avoir joué «un rôle mi­neur» dans une af­faire qui em­poi­sonne de­puis plus de dix ans les re­la­tions ita­lo-amé­ri­caines: l’af­faire Abou Omar.

Plaque tour­nante du tra­fic d’armes, Milan est de­ve­nue après le 11 sep­tembre 2001 le point de ral­lie­ment des groupes is­la­mistes. Dans les mos­quées, des imams mul­ti­plient les prêches en­flam­més. L’un d’eux at­tire l’at­ten­tion des ser­vices se­crets. Il s’ap­pelle Has­san Mus­ta­fa Osa­ma Nasr, plus connu sous le nom d’abou Omar. On le dit membre de l’un des groupes égyp­tiens les plus ex­tré­mistes: Al-ga­ma’a al-is­la­miyya, di­ri­gé par le nu­mé­ro deux d’al-qaï­da, Ay­man al-za­wa­hi­ri. A Milan, Abou Omar vit chez Mah­moud Es Sayed, un proche d’ay­man al-za­wa­hi­ri. Et l’imam ne fait nul­le­ment mys­tère dans ses prêches de ses sym­pa­thies pro Al-qaï­da.

Les Ita­liens le sur­veillent étroi­te­ment. La CIA aus­si. Mais ils n’ont pas grand-chose à lui re­pro­cher, si ce n’est d’avoir en­voyé des dji­ha­distes en Af­gha­nis­tan. Mal­heu­reu­se­ment pour lui, le chef de la CIA à Rome, Jef­frey Cas­tel­li, est en chasse. In­quiet de la pré­sence d’is­la­mistes à Milan, il cherche une proie. Il en a re­pé­ré une di­zaine. Abou Omar est si­non la plus évi­dente, du moins la plus fa­cile.

Ce choix ne fait pas l’una­ni­mi­té. Le su­pé­rieur de Sa­bri­na De Sou­sa, Ro­bert Sel­don La­dy, res­pon­sable de l’an­tenne de la CIA à Milan, est op­po­sé à l’opé­ra­tion. Quant à Sa­bri­na, elle se met en co­lère dès qu’elle évoque «l’en­lè­ve­ment ex­tra­ju­di­ciaire» d’abou Omar. Ce qui la choque, c’est l’in­uti­li­té de toute cette af­faire. Elle n’ar­rive tou­jours pas à com­prendre pour­quoi la CIA a kid­nap­pé Abou Omar. «Il n’était pas du tout im­por­tant, as­sure- t- elle. En plus, la po­lice mi­la­naise le sur­veillait dé­jà». Mais Jef­frey Cas­tel­li en a dé­ci­dé au­tre­ment. Pour­quoi? « Nous étions en pleine guerre contre le ter­ro­risme, pour­suit Sa­bri­na De Sou­sa. A l’époque, tout le monde à l’in­té­rieur de l’agence vou­lait or­ga­ni­ser des en­lè­ve­ments ex­tra­ju­di­ciaires. C’était une ma­nière d’ob­te­nir une pro­mo­tion plus ra­pi­de­ment.» Quelques heures après l’en­lè­ve­ment d’abou Omar, Jef­frey Cas­tel­li a bé­né­fi­cié d’une double pro­mo­tion qui, aux dires des ex­perts, l’a pro­pul­sé dans le pre­mier cercle des di­ri­geants de la CIA. Le 17 fé­vrier 2003, une di­zaine d’agents de la CIA kid­nappent en plein Milan l’imam in­té­griste. Abou Omar est trans­ba­hu­té jus­qu’à la base mi­li­taire d’avia­no dans le nord de l’ita­lie, puis ex­pé­dié par vol spé­cial en Al­le­magne,

«Nous étions en pleine guerre contre le ter­ro­risme, pour­suit Sa­bri­na De Sou­sa. A l’époque, tout le monde à l’in­té­rieur de l’agence vou­lait or­ga­ni­ser des en­lè­ve­ments ex­tra­ju­di­ciaires. C’était une ma­nière d’ob­te­nir une pro­mo­tion plus ra­pi­de­ment.»

et fi­na­le­ment en Egypte, ter­mi­nus de son pé­riple et dé­but de son cal­vaire. Il y se­ra tor­tu­ré par la po­lice égyp­tienne jus­qu’à sa li­bé­ra­tion en fé­vrier 2007. En re­met­tant Abou Omar entre les mains bru­tales de la po­lice égyp­tienne, la CIA n’es­pé­rait pas tant ob­te­nir des in­for­ma­tions que de «re­tour­ner» l’imam, l’ame­ner à tra­hir. Abou Omar se­rait cou­tu­mier du fait. Par le pas­sé, il au­rait été l’un des meilleurs in­for­ma­teurs de la CIA dans les Bal­kans. Mais, de­puis son ins­tal­la­tion en Ita­lie, Abou Omar ne vou­lait plus en­tendre par­ler de l’agence. La CIA l’a-t-elle en­le­vé pour le pous­ser re­prendre ses ac­ti­vi­tés d’agent double?

Si au­jourd’hui Sa­bri­na se re­trouve dans ce hall d’hô­tel lis­boète plu­tôt que d’être au quar­tier gé­né­ral de la CIA, ou dans Dieu sait quel poste à tra­quer les is­la­mistes, c’est parce que les juges ita­liens voient en elle l'un des cer­veaux de l’en­lè­ve­ment d’abou Omar. Elle s’en dé­fend, af­firme qu’elle a joué un rôle anec­do­tique. Certes, elle re­con­naît avoir pris part en 2002 aux pre­mières réunions entre la CIA et le SISMI au su­jet des «trans­ferts ex­tra­ju­di­ciaires» (les ex­tra­or­di­na­ry ren­di­tions dans le jargon de la CIA). «Comme je par­lais l’ita­lien, on m’a de­man­dé de tra­duire, mi­ni­mise- t- elle en sou­riant. Mais c’est tout. Il n’était même pas ques­tion de l’en­lè­ve­ment d’abou Omar.» A la croire, elle a donc juste par­ti­ci­pé comme tra­duc­trice à cette réunion au som­met avec le chef du SISMI et le res­pon­sable de la sta­tion CIA de Rome, Jef­frey Cas­tel­li. Son ob­jet: dé­fi­nir les condi­tions de la par­ti­ci­pa­tion du SISMI aux ex­tra­or­di­na­ry ren­di­tions de la CIA. Une co­opé­ra­tion in­dis­pen­sable dans un pays al­lié comme l’ita­lie. Il y au­ra bien d’autres réunions… «Sans moi», s’ex­clame Sa­bri­na De Sou­sa.

Of­fi­ciel­le­ment, le SISMI n’ap­pa­raît pas dans l’af­faire Abou Omar, il craint la jus­tice ita­lienne. Of­fi­cieu­se­ment, c’est une tout autre his­toire. Deux ca­ra­bi­niers ré­gu­liè­re­ment ap­poin­tés par la CIA ont pris part à l’en­lè­ve­ment de l’imam. Mal­heu­reu­se­ment pour Sa­bri­na De Sou­sa, les po­li­ciers ita­liens sont re­mon­tés contre l’agence. Ils ont l’im­pres­sion que les Amé­ri­cains les ont pris pour des im­bé­ciles. Alors qu'ils sur­veillaient Abou Omar de­puis de longs mois dans le cadre d’une vaste opé­ra­tion sur les ré­seaux d’al-qaï­da en Ita­lie, la dis­pa­ri­tion de l’imam leur a cou­pé l’herbe sous le pied.

Sai­sie par la fa­mille de l’imam, la jus­tice ita­lienne ouvre une en­quête, confiée au pro­cu­reur de Milan, Ar­man­do Spa­ta­ro, un vieux de la vieille, un tei­gneux, un dur à cuire. Spa­ta­ro, je l’ai connu il y a trente ans alors qu’il se fai­sait les dents sur les Bri­gades rouges; puis j’ai sui­vi sa croi­sade contre les ma­fias qui gan­grènent la ca­pi­tale lom­barde. En trente ans de car­rière, Ar­man­do Spa­ta­ro n’a ja­mais vu une opé­ra­tion aus­si mal conçue et exé­cu­tée. Les agents de la CIA au­raient vou­lu être pris sur le fait qu’ils ne s’y se­raient pas pris au­tre­ment. L’équipe char­gée du kid­nap­ping ar­rive à Milan au dé­but du mois de no­vembre. Il leur faut quatre mois et onze ten­ta­tives pour par­ve­nir à leurs fins. Pour co­or­don­ner leurs mou­ve­ments, au lieu de tal­kies-wal­kies cryp­tés, les Amé­ri­cains uti­lisent leurs té­lé­phones por­tables per­son­nels et règlent les dif­fé­rents frais de l’opé­ra­tion avec leurs propres cartes de cré­dit. L’équipe des­cend dans les meilleurs pa­laces de la ville, cer­tains agents sous leur vrai nom. D’autres font ve­nir leur femme ou leur maî­tresse pour pas­ser des week-ends en amou­reux à Milan. «Des vé­ri­tables pieds ni­cke­lés», com­mente un an­cien res­pon­sable de la CIA. Sa­bri­na De Sou­sa a une autre ex­pli­ca­tion: «L’opé­ra­tion a été mon­tée par la sta­tion CIA de Rome qui a fait ap­pel à une équipe de l’étran­ger. Les agents étaient convain­cus qu’ils avaient la bé­né­dic­tion des Ita­liens. Ils ne se sont pas mé­fiés».

Ré­sul­tat: LA ca­tas­trophe! Ar­man­do Spa­ta­ro n’a au­cun mal à re­mon­ter jus­qu’aux agents de la CIA. Il lance des man­dats d’ar­rêt contre 23 Amé­ri­cains. «Spa­ta­ro n’a pas iden­ti­fié tous les membres de l’équipe, pré­cise Sa­bri­na De Sou­sa. Seule une poi­gnée des membres de l’opé­ra­tion ont agi sous leur vrai nom.» Par­mi eux, le chef de Sa­bri­na De Sou­sa, Ro­bert Sel­don La­dy, an­cien res­pon­sable de l’an­tenne de la CIA à Milan. Il est le pre­mier à avoir été lâ­ché par l'agence en 2004. De­puis, les an­ciens agents sta­tion­nés en Ita­lie s’en­tre­dé­chirent. C’est le sauve-qui-peut, cha­cun pour soi.

Abou Omar ne vou­lait plus en­tendre par­ler de la CIA.

Au dé­but, Sa­bri­na De Sou­sa ima­gi­nait s’en sor­tir in­demne. Comme elle était en train de faire du ski au mo­ment de l’en­lè­ve­ment d’abou Omar, elle est convain­cue que les Ita­liens ne re­mon­te­ront pas jus­qu’à elle. En 2004, sa mis­sion en Ita­lie ache­vée, elle rentre au QG de la CIA, à Lan­gley, prête à re­par­tir pour de nou­velles aven­tures. Mais un an plus tard, alors que l'en­quête dé­bute en Ita­lie, la CIA in­ter­dit aux agents concer­nés de voya­ger. L’agence sait que des man­dats d'ar­rêt sont sur le point d’être dé­li­vrés. De Sou­sa est née et a gran­di en Inde où une par­tie de sa fa­mille vit tou­jours. Ses pa­rents sont âgés, elle est in­quiète pour leur san­té. En sep­tembre, n’étant pas en­core dans le col­li­ma­teur de la jus­tice, l’agence l’au­to­rise à se rendre au che­vet de son père, très gra­ve­ment ma­lade. A la condi­tion de ne pas tran­si­ter par l’eu­rope.

Par la suite, Sa­bri­na De Sou­sa com­prend qu’elle risque d’être broyée par le for­mi­dable en­gre­nage bu­reau­cra­tique de l’agence. Elle sait que rien n’ar­rê­te­ra la jus­tice ita­lienne. Alors, dans l’ombre, elle pré­pare la contre-at­taque. Elle peut comp­ter sur deux al­liés de taille: Mi­chael Scheuer, fon­da­teur de l’an­tenne de la CIA char­gée de tra­quer Ben La­den, et Al­fre­da Bi­kows­ki, l'une de ses proches, res­pon­sable de cer­taines opé­ra­tions d’en­lè­ve­ment ex­tra­ju­di­ciaires en tant que chef de la sec­tion glo­bale Ji­had de l’agence. Mais Al­fre­da tra­vaille en­core pour l’agence et ne peut in­ter­ve­nir que dans les cou­lisses. Con­trai­re­ment à Mi­chel Scheuer qui parle et donne une in­ter­view ex­clu­sive, le 4 juillet 2005, au quo­ti­dien ita­lien La Re­pub­bli­ca. «Quand les res­pon­sables de la CIA ont lu l’in­ter­view, ils sont de­ve­nus li­vides, se sou­vient Sa­bri­na De Sou­sa. Ils étaient fu­rieux. Mi­chael Scheuer a tout ra­con­té, il a ex­pli­qué le rôle de cha­cun des res­pon­sables de l’agence im­pli­qués dans cette af­faire. Et il a don­né leurs noms». A la fin de l’ar­ticle, Mi­chael Scheuer conclut: «Vous pen­sez qu’on au­rait créé un tel bor­del avec les Ita­liens en en­le­vant quel­qu’un sous leur nez en plein Milan? Les Amé­ri­cains font des choses stu­pides, mais pas stu­pides à ce point.» Vrai­ment?

Si les res­pon­sables de la CIA étaient fu­rieux, Sa­bri­na De Sou­sa, elle, a dû bien rire sous cape. Avec le temps, l’in­ter­view ap­pa­raît comme un contre-feu al­lu­mé par un ami qui lui veut du bien. Comme à son ha­bi­tude, Mi­chael Scheuer ba­lance, mais pas au ha­sard. Il lâche pêle-mêle les noms du di­rec­teur des opé­ra­tions de la CIA, du di­rec­teur de l’agence et de son bras droit, de la con­seillère du pré­sident George W. Bush pour la sé­cu­ri­té na­tio­nale et son plus proche lieu­te­nant, et laisse pla­ner le doute sur l’im­pli­ca­tion de Bush lui-même.

A Lan­gley, au dé­but 2007, Sa­bri­na De Sou­sa ne voit rien ve­nir. Le pro­cu­reur Ar­man­do Spa­ta­ro, qui a dé­jà in­cul­pé une di­zaine de ci­toyens amé­ri­cains, l’a épar­gnée. Se doute-t-elle qu’une charge se pré­pare? Elle s’in­forme. Ses sources au Pa­lais de jus­tice de Milan sont muettes. Au prin­temps 2007, Spa­ta­ro an­nonce treize nou­velles in­cul­pa­tions. Elle n’en fait pas par­tie. Puis, au mois de juillet, trois autres, les der­nières. Et là, sa vie bas­cule.

Le dos­sier de Spa­ta­ro est plu­tôt maigre. Il consiste en un email en­voyé par le chef de la sta­tion CIA de Rome, Jef­frey Cas­tel­li, à son ho­mo­logue mi­la­nais Ro­bert Sel­don La­dy, un an après l’en­lè­ve­ment d’abou Omar. «Cher Bob, écrit-il en sub­stance, je me fais du sou­ci pour toi. Je pen­sais que tu étais en pri­son en Ita­lie. Ne re­vient pas en Ita­lie, ici tout le monde se tait. Sa­bri­na m’a dit que tu étais à Ge­nève en at­ten­dant que la tem­pête se calme.» Au dé­but de son en­quête, Spa­ta­ro n’avait guère prê­té at­ten­tion à Sa­bri­na De Sou­sa. Il ne voyait en elle qu’une di­plo­mate de se­conde zone. Mais l'email de Cas­tel­li l’in­trigue. «Sur la seule base de ce mes­sage, ar­gu­mente Sa­bri­na De Sou­sa, Spa­ta­ro a af­fir­mé que j’étais une haute res­pon­sable de la CIA cou­pable d’obs­truc­tion à la jus­tice. Il m’ac­cuse d’avoir sug­gé­ré à La­dy de s’en­fuir à Ge­nève». A charge, il y a aus­si le té­moi­gnage d'un agent du SISMI en poste à Milan qui avance que Sa­bri­na De Sou­sa a été en­voyée à Milan pour or­ga­ni­ser et su­per­vi­ser l’en­lè­ve­ment de

l’imam. «Men­songes, pro­teste-t-elle. J’ai été dé­pê­chée à Milan avant les at­taques du 11 sep­tembre 2001, alors qu’il n’était pas en­core ques­tion d’en­le­ver qui que ce soit.»

En 2007, Sa­bri­na De Sou­sa ignore tout des charges qui pèsent contre elle. «L’agence ne vou­lait pas me dire ce qui m’était re­pro­ché», ex­plique-t-elle. En tant qu’em­ployée de la CIA, elle ne doit en au­cun cas avoir de contact avec la jus­tice ita­lienne et elle n’a pas le droit de prendre un avo­cat. Face à son si­lence, les juges ita­liens dé­si­gnent un avo­cat d’of­fice. Il parle à peine an­glais, n’en­tend rien à l’af­faire et sa cliente a in­ter­dic­tion de com­mu­ni­quer avec lui. Pas fa­cile dans ces condi­tions d’éla­bo­rer une stra­té­gie de dé­fense... «C’est ça la CIA, iro­nise l’ex-agente. La phi­lo­so­phie de l’agence est simple: si nous ré­pon­dons à la jus­tice, ce­la veut dire que nous reconnaissons qu’il s’est pas­sé quelque chose.» La po­li­tique du si­lence, gé­né­ra­le­ment les ma­gis­trats n’ap­pré­cient pas trop. Et ab­sence ne rime pas avec clé­mence.

Qui dit in­cul­pa­tion, dit man­dat d’ar­rêt in­ter­na­tio­nal. Consé­quence inéluctable, Sa­bri­na De Sou­sa ne peut plus quit­ter les Etats-unis de­puis 2007. Un dou­lou­reux contre­coup: à l’autre bout de la pla­nète, son père se meurt. Elle de­mande à l’agence de le faire ve­nir aux Etats-unis. «Si la CIA avait ac­cep­té, dit-elle, je ne me se­rais ja­mais bat­tue. J’au­rais tout ac­cep­té». Même de tra­vailler jus­qu’à la re­traite dans un bu­reau à Lan­gley, avoue celle qui a fait toute sa car­rière sur le ter­rain. En re­fu­sant de payer le der­nier voyage de son père, l’agence en a dé­ci­dé au­tre­ment. Une ma­nière comme une autre de pous­ser Sa­bri­na vers la porte. Pour­tant la jeune femme s’ac­croche… Elle a be­soin de temps pour or­ga­ni­ser sa dé­fense. Elle pro­fite d’être à Lan­gley pour consul­ter des do­cu­ments top se­cret au su­jet de l’en­lè­ve­ment de l’imam. Elle dé­couvre que l’opé­ra­tion a été ap­prou­vée par Con­do­leez­za Rice, à l’époque des faits con­seillère de George Bush en ma­tière de sé­cu­ri­té na­tio­nale, qu'elle a sans doute in­for­mé. Pro­blème, Con­dy Rice est de­puis de­ve­nue se­cré­taire d’etat. Au­tant dire qu’elle est in­tou­chable.

Sa­bri­na De Sou­sa com­met alors l’ir­ré­pa­rable. Elle dé­cide de se battre contre la CIA: «J’ai d’abord es­sayé de me faire en­tendre en in­terne. Je me suis adres­sée à mon su­per­vi­seur, puis j’ai été voir le mé­dia­teur de l’agence, un type for­mi­dable qui a es­sayé de se battre pour moi. Il a très vite été obli­gé de re­non­cer. Il m’a avoué: "Je ne peux plus être en contact avec vous, le sep­tième étage en a dé­ci­dé ain­si"» Le sep­tième étage, c’est ce­lui de la di­rec­tion. Elle s’adresse en­suite à l’ins­pec­teur gé­né­ral char­gé des en­quêtes in­ternes à l’agence qui lui ré­pond: «Ça n’est pas dans mes at­tri­bu­tions.»

Fi­na­le­ment, le di­rec­teur de la CIA, Mi­chael Hay­den, or­donne l’ou­ver­ture d’une en­quête. De Sou­sa n’au­ra ja­mais ac­cès à ses conclu­sions, sous pré­texte qu’elle n’est pas im­pli­quée dans l’en­lè­ve­ment de l’imam. Un comble au mo­ment

où la jus­tice ita­lienne s’ap­prête à la condam­ner lour­de­ment. «J’ai dé­ci­dé alors de m’adres­ser au Congrès comme c’était mon droit, pour­suit-elle. Comme pour les lan­ceurs d’alerte, les pro­cé­dures à suivre, après avoir épui­sé celles à l'in­terne, sont très pré­cises.» Dans cette dé­marche, elle est re­pré­sen­tée par l'un des plus gros ca­bi­nets d’avo­cat de Wa­shing­ton. Elle en­voie des cour­riers aux prin­ci­paux par­le­men­taires sié­geant au sein des com­mis­sions sur le ren­sei­gne­ment du Sé­nat et de la Chambre des re­pré­sen­tants. Si­lence. Elle ren­contre des membres de leurs ca­bi­nets. En vain. Per­sonne ne veut tou­cher à son dos­sier.

En fé­vrier 2009, Sa­bri­na De Sou­sa craque. La san­té de sa mère se dé­té­riore. Elle veut re­trou­ver sa li­ber­té de mou­ve­ment. Il faut donc qu’elle puisse se dé­fendre. Tant pis pour son tra­vail: «J’ai­mais beau­coup ce que je fai­sais à Lan­gley, mais toute cette his­toire me pre­nait trop la tête.» Tant pis aus­si pour sa re­traite: «En dé­mis­sion­nant, je perds tous mes droits». Elle claque la porte de l’agence. Sa­bri­na peut en­fin par­ler. Elle s’adresse à Co­lin Po­well, se­cré­taire d’etat lors de l’en­lè­ve­ment d’abou Omar, qui a dû don­ner son aval à cette opé­ra­tion puisque l’ita­lie est membre de L’OTAN. A sa sur­prise, elle ob­tient une ré­ponse: «Mer­ci de votre lettre, lui ré­pond-il. Je suis dé­so­lé pour vous, mais l’af­faire étant de­vant les tri­bu­naux je ne peux rien faire.»

Re­fu­sant de bais­ser les bras, l’an­cienne de la CIA se tourne vers le dé­par­te­ment d’etat. Puis­qu’elle était à Milan en tant que di­plo­mate, elle de­mande à l’ad­mi­nis­tra­tion de lui oc­troyer la pro­tec­tion di­plo­ma­tique. Après tout, le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain ne se gêne pas de faire jouer l’im­mu­ni­té di­plo­ma­tique d’agents de la CIA pour les sor­tir de si­tua­tions dé­li­cates. On l’a en­core vu ré­cem­ment au Pa­kis­tan où un contrac­tant ac­cu­sé d’avoir tué deux hommes à La­hore en a bé­né­fi­cié alors qu'il n’y avait pas droit.

Le 9 mai 2009, De Sou­sa ré­itère sa de­mande d’im­mu­ni­té, cette fois de­vant une cour fé­dé­rale à Wa­shing­ton. Dans sa plainte, elle ré­clame aus­si que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain lui paie ses frais de dé­fense en Ita­lie. Elle n’ob­tient gain de cause que sur ce der­nier point. Amère vic­toire qui ar­rive trop tard. Son avo­cat amé­ri­cain a juste le temps de consul­ter son dos­sier qu’elle est condam­née à quatre ans de pri­son par un tri­bu­nal ita­lien le 4 no­vembre 2009.

Tan­dis qu’elle m’ex­plique les méandres de son dos­sier, je ne puis m’em­pê­cher de pen­ser à un titre de po­lar qui ré­sume son his­toire: La proie fa­cile ( Ea­sy Meat, un ro­man de John Har­vey pu­blié en 1996 en An­gle­terre, ndlr). C’est en fin de compte ce qu’elle a été pour la jus­tice ita­lienne qui s’est at­ta­quée à elle sans que le gou­ver­ne­ment amé-

#CIA #Ter­ro­risme

ri­cain ou la CIA ne bronche. Une proie fa­cile, elle l’a aus­si été pour son propre gou­ver­ne­ment qui l’a lais­sé tom­ber, pous­sant le cy­nisme jus­qu’à re­fu­ser de l’as­so­cier à la de­mande de grâce des agents de la CIA dé­po­sée au­près du pré­sident de la Ré­pu­blique ita­lienne. «J’ai ap­pris par ha­sard que le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain avait fait cette dé­marche quand un haut fonc­tion­naire a té­lé­pho­né à mon avo­cat pour lui de­man­der pour­quoi mon nom ne fi­gu­rait pas sur la liste. Il pen­sait que j’avais re­fu­sé.»

Sa­bri­na De Sou­sa dis­pose en­core d’une carte se­crète. Par sa nais­sance, elle peut sol­li­ci­ter la na­tio­na­li­té por­tu­gaise, ce qu’elle s’est bien gar­dée de faire tant qu’elle tra­vaillait pour la CIA, l’agence ban­nis­sant de ses rangs les bi­na­tio­naux. Mu­nie donc d’un pas­se­port por­tu­gais flam­bant neuf, elle s’em­barque pour le Ma­roc. De là, il lui est fa­cile de re­joindre le Por­tu­gal sous bonne es­corte, celle d’un té­nor du bar­reau pa­ri­sien, Me William Bour­don, et d’une dé­pu­tée eu­ro­péenne por­tu­gaise. Elle rê­vait du Por­tu­gal comme d’une base ar­rière. Il est de­ve­nu son nou­veau champ de ba­taille de­puis qu’elle s’est fait in­ter­cep­ter à l’aé­ro­port de Lis­bonne le 6 oc­tobre 2015 alors qu’elle s’ap­prê­tait à s’en­vo­ler pour l’inde.

Se ren­dait-elle compte des risques qu’elle pre­nait en ten­tant de quit­ter le Por­tu­gal? Es­pé­rait-elle pas­ser entre les mailles pour­tant étroites du fi­let de l’es­pace Schen­gen? C’était comp­ter sans les Ita­liens qui, une se­maine avant son dé­part, ont aler­té les au­to­ri­tés por­tu­gaises de ses pro­jets de voyage. Le dé­sir de re­voir sa mère l’a-t-il em­por­té sur toute autre consi­dé­ra­tion? Si, en théo­rie, le Por­tu­gal n’ex­trade pas ses res­sor­tis­sants, un tri­bu­nal de Lis­bonne a re­con­nu, dé­but 2016, le bien-fon­dé de la de­mande ita­lienne. De Sou­sa a fait ap­pel et en­tre­voit éga­le­ment la pos­si­bi­li­té de re­bon­dir. Main­te­nant qu’elle est sor­tie de l’ombre, son com­bat pour blan­chir son nom n’est pas prêt de ces­ser. Elle est bien dé­ter­mi­née à en­traî­ner dans sa chute la hié­rar­chie de la CIA, les re­pré­sen­tants du gou­ver­ne­ment et ses an­ciens col­lègues. Elle n’a pas hé­si­té à dé­si­gner pu­bli­que­ment ses cibles à la ré­dac­tion amé­ri­caine d’al Ja­zee­ra. En com­men­çant par la chaîne de com­man­de­ment qui a ap­prou­vé l’en­lè­ve­ment ex­tra­ju­di­ciaire, soit James Pa­vitt (an­cien vice-di­rec­teur des opé­ra­tions de la CIA), Ste­phen Kappes (di­rec­teur ad­joint), George Te­net (di­rec­teur de la CIA), Ty­ler Drum­hel­ler (an­cien chef des opé­ra­tions se­crètes de la CIA en Eu­rope), Jo­sé Ro­dri­guez (chef du NCS, Na­tio­nal Clan­des­tine Ser­vice) et John Riz­zo (avo­cat gé­né­ral de la CIA). «Voi­là les gars à qui je tiens à de­man­der des comptes», af­firme-t-elle.

Sa­bri­na De Sou­sa en veut tout par­ti­cu­liè­re­ment à la sé­na­trice Diane Fein­stein, pré­si­dente de la Com­mis­sion sur le ren­sei­gne­ment du Sé­nat, l'une des femmes les plus puis­santes de Wa­shing­ton. Char­gée d’en­quê­ter sur la tor­ture, Diane Fein­stein a roya­le­ment igno­ré la dé­ten­tion «ex­tra­lé­gale» et «les in­ter­ro­ga­toires ren­for­cés» d’abou Omar en Egypte. L’an­cienne de la CIA est d’au­tant plus re­mon­tée contre la sé­na­trice qu’elle a lon­gue­ment ren­con­tré ses plus proches col­la­bo­ra­teurs. Sans au­cun ré­sul­tat. Sa co­lère est à la hau­teur de la dé­cep­tion, Diane Fein­stein s’est tou­jours po­sée en dé­fen­seur de la veuve, de l’or­phe­lin et des lan­ceurs d’alerte. D’ailleurs, elle ne com­prend pas pour­quoi Ed­ward Snow­den n’est pas ve­nu la trou­ver di­rec­te­ment, au lieu de s’adres­ser aux mé­dias de­puis Hong Kong et Mos­cou. «Heu­reu­se­ment que Snow­den ne l’a pas fait, Diane Fein­stein l’au­rait igno­ré comme elle l’a fait pour moi», cer­ti­fie Sa­bri­na De Sou­sa.

Main­te­nant qu’elle est sor­tie de l’ombre, son com­bat pour blan­chir son nom n’est pas prêt de ces­ser.

Mark Ros­si­ni, ex-agent du FBI. © Pa­trick Val­lé­lian

Mi­chael Hay­den, di­rec­teur de la NSA puis de la CIA. © DR

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