Apple veut ai­der ses four­nis­seurs à opé­rer leur tran­si­tion éner­gé­tique

Après ses propres com­merces et da­ta cen­ters, 100% verts, Apple s’at­taque au «2e cercle». Une pre­mière pour ser­vir d’exemple

Tribune de Geneve - - MONDE - Ivan Rad­ja

D’or­di­naire, les grandes so­cié­tés ap­pliquent leurs prin­cipes de gou­ver­nance à leurs fi­liales, mais elles n’in­ter­viennent pas dans les po­li­tiques in­ternes de leurs four­nis­seurs ou d’autres en­tre­prises. Apple vient d’in­no­ver en an­non­çant ven­dre­di avoir lan­cé un fonds pour in­ves­tir près de 300 mil­lions de dol­lars sur quatre ans dans le sou­tien à la tran­si­tion éner­gé­tique d’en­tre­prises chi­noises. L’ob­jec­tif est de fi­nan­cer des pro­jets per­met­tant de gé­né­rer un gi­ga­watt d’éner­gie re­nou­ve­lable en Chine, ce qui per­met­trait d’ap­pro­vi­sion­ner près d’un mil­lion de foyers.

Dix four­nis­seurs de la firme de Cu­per­ti­no sont pour l’heure as­so­ciés au pro­jet. «Ce geste est en ac­cord avec la po­li­tique d’Apple, qui an­non­çait en avril que 100% de ses ins­tal­la­tions (ndlr: ma­ga­sins et centres de don­nées) dans le monde tournent au­jourd’hui à l’éner­gie verte, ana­lyse Ca­the­rine Rei­chlin, di­rec­trice de la re­cherche chez Mi­ra­baud & Cie. Élar­gir sa po­li­tique, en l’oc- cur­rence en­vi­ron­ne­men­tale, à ses four­nis­seurs, au deuxième cercle comme l’on dit, est une pre­mière. Mais vu le mon­tant de dé­part, je sup­pose qu’il s’agit sur­tout de mon­trer l’exemple à d’autres so­cié­tés.»

Une somme mo­deste

Car 300 mil­lions de dol­lars, sur quatre ans, pour une conver­sion éner­gé­tique d’une telle am­pleur, c’est une goutte d’eau. Ou presque. Sans doute pour «ne pas ef­frayer les four­nis­seurs en fixant d’em­blée des sommes trop éle­vées», pour­suit-elle. Et évi­ter ain­si de vi­ser trop haut pour, in fine, ne pas réus­sir à le­ver suf­fi­sam­ment de fonds.

Un scé­na­rio à évi­ter, car cette ex­pé­rience pour­rait être sui­vie par d’autres grands groupes, mais aus­si élar­gie aux autres sous-trai­tants de la marque à la pomme. Ils sont près de 200, dont prin­ci­pa­le­ment une cin­quan­taine à Taï­wan, une qua­ran­taine au Japon, un peu moins aux États-Unis et quelques di­zaines ré­par­tis dans sept autres pays. Ce prin­temps, Apple avait in­di­qué que 23 d’entre eux s’étaient en­ga­gés à pro­duire tous les pro­duits de la marque en­tiè­re­ment grâce aux éner­gies re­nou­ve­lables.

La plu­part des pro­duits d’Apple sont as­sem­blés dans de vastes ré­seaux de pro­duc­tion en Chine, qui em­ploient des cen­taines de mil­liers de per­sonnes, et l’en­tre­prise a dé­jà pris plu­sieurs me­sures pour ten­ter de ré­duire son em­preinte car­bone.

C’est la mai­son DWS, spé­cia­li­sée dans l’in­ves­tis­se­ment du­rable, qui est char­gée de la ges­tion de ce «fonds pour l’éner­gie propre en Chine». Quelles se­ront les contri­bu­tions des trois par­ties en pré­sence – DWS, Apple et les four­nis­seurs? La firme de Cu­per­ti­no ne le dé­taille pas pour l’heure. «C’est cette clé de ré­par­ti­tion qui se­ra in­té­res­sante à étu­dier», ajoute Ca­the­rine Rei­chlin.

Contrôle ex­terne

Est-il pos­sible d’im­po­ser de telles di­rec­tives à des four­nis­seurs, dans des pays tiers, et qui plus est en Chine? Pour Ber­trand Ga­con, res­pon­sable du Cli­mate Bond chez Lom­bard Odier, «ce­la ne de­vrait pas po­ser de pro­blème car ils ont le contrôle de cha­cun de leurs four­nis­seurs. Ce qui compte par ailleurs, c’est la ga­ran­tie ap­por­tée par un ex­pert in­dé­pen­dant, comme le ca­bi­net Ci­ce­ro par exemple, qui ef­fec­tue un tra­vail de vé­ri­fi­ca­tion et exige un re­por­ting an­nuel de la société qui se lance dans une opé­ra­tion d’obli­ga­tions vertes. Il faut s’as­su­rer de la réa­li­té de cette tran­si­tion éner­gé­tique.»

Il s’agit d’un cas ty­pique d’im­pact in­ves­ting, ou in­ves­tis­se­ment d’im­pact. «Il ne faut pas perdre de vue qu’on n’est pas dans la phi­lan­thro­pie pure, rap­pelle Ca­the­rine Rei­chlin. On ré­flé­chit en sou­pe­sant trois ques­tions: qu’est-ce que ça va rap­por­ter? Quels sont les risques? Et pour quel im­pact?»

Apple avait pris la tête, en juin 2017, des 1000 en­tre­prises amé­ri­caines, 25 villes et 9 États re­grou­pés der­rière le slo­gan «We’re still in it!» («Nous en sommes en­core»). Com­pre­nez: dans l’ac­cord de la COP21 ou ac­cord de Pa­ris, dont Do­nald Trump ve­nait de se re­ti­rer. Apple est de­puis long­temps in­ves­ti dans la ré­duc­tion de son em­preinte en­vi­ron­ne­men­tale, comme en té­moigne son nou­veau siège cen­tral, pour la construc­tion du­quel la firme avait le­vé 1,5 mil­liard de dol­lars. En mai 2015 dé­jà, Green­peace l’avait dé­cla­rée en­tre­prise high-tech la plus verte, de­vant Ya­hoo!, Google, Fa­ce­book et Mi­cro­soft.

«Green bonds» en hausse

Le mar­ché des obli­ga­tions vertes (green bonds) connaît une hausse ex­po­nen­tielle. Il était de 40 mil­liards de dol­lars en 2015, 90 mil­liards en 2016, 160 mil­liards en 2017 et de­vrait at­teindre les 250 mil­liards à la fin de cette an­née, se­lon les es­ti­ma­tions avan­cées par la Cli­mate Bond Ini­tia­tive (80 mil­liards au­jourd’hui). Les prin­ci­paux ac­teurs en sont les grands or­ga­nismes fi­nan­ciers (Banque eu­ro­péenne d’in­ves­tis­se­ment, à l’ori­gine du con­cept dès 2007, Banque mon­diale), des groupes tels qu’En­gie et des pays comme la France ou la Po­logne. «Il est in­té­res­sant de no­ter que des pays émer­gents viennent de s’y lan­cer, comme le Ke­nya et le Ni­ge­ria, ou l’In­do­né­sie, qui s’y pré­pare», ob­serve Ber­trand Ga­con.

Fox­conn, le plus connu des 27 sous-trai­tants d’Apple en Chine, de­vra opé­rer sa tran­si­tion éner­gé­tique.

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