Tout-puis­sant, Do­nald Trump hu­mi­lie The­re­sa May

Après avoir ra­bais­sé la pre­mière mi­nistre bri­tan­nique dans un ta­bloïd, le pré­sident amé­ri­cain a pré­ten­du s’ex­cu­ser pour sau­ver les ap­pa­rences

Tribune de Geneve - - MONDE - Londres

«Fake news!» Pour jus­ti­fier ce qui est di­plo­ma­ti­que­ment sans précédent, le pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump a uti­li­sé sa ré­ponse ha­bi­tuelle: ac­cu­ser la presse de men­songe. Et ce mal­gré l’exis­tence d’un en­re­gis­tre­ment confir­mant ses pro­pos pu­bliés jeu­di dans le ta­bloïd «The Sun». «Je n’ai pas cri­ti­qué la pre­mière mi­nistre, j’ai beau­coup de res­pect pour elle et j’es­time qu’elle fait un bou­lot for­mi­dable», a-t-il as­su­ré ven­dre­di après-mi­di lors de sa conférence de presse avec The­re­sa May. Avant de tra­hir son hy­po­cri­sie par d’in­ter­mi­nables louanges: «C’est une per­sonne in­tel­li­gente et dé­ter­mi­née, et une très bonne et dure né­go­cia­trice. Et je pré­fé­re­rais l’avoir comme amie que comme en­ne­mie.»

Après une réunion de l’OTAN (Or­ga­ni­sa­tion du trai­té de l’Atlantique Nord) ten­due jeu­di et ven­dre­di, le pré­sident amé­ri­cain de­vait ef­fec­tuer une vi­site de cour­toi­sie au Royaume-Uni. Certes, il n’avait pas eu droit à l’ap­pel­la­tion de vi­site d’État et avait évi­té tout pas­sage à Londres en rai­son de la forte op­po­si­tion po­pu­laire et po­li­tique à sa ve­nue. «Pour­quoi irais-je là-bas alors qu’ils me font me sen­tir mal­ve­nu?» a-t-il de­man­dé dans «The Sun».

Il n’a pas eu tort. Au-de­là du bal­lon gon­flable à son ef­fi­gie ac­cro­ché de­vant le par­le­ment, des cen­taines de mil­liers de ma­ni­fes­tants ont mar­ché dans les rues de la ca­pi­tale an­glaise et de plu­sieurs grandes villes bri­tan­niques pour ex­pri­mer leur désac­cord avec le «mes­sage du pré­sident amé­ri­cain sur les im­mi­grés, les mu­sul­mans, l’en­vi­ron­ne­ment, des idées qui se pro­pagent par­tout en Eu­rope», nous a ex­pli­qué Zoe Gard­ner, l’une des res­pon­sables de l’une des ma­ni­fes­ta­tions.

Le­çon de né­go­cia­tion

Il n’était pour­tant pas pré­vu qu’il hu­mi­lie son hô­tesse, The­re­sa May. Lors de son en­tre­tien au «Sun», il a tout d’abord cri­ti­qué son tra­vail de né­go­cia­tion, me­na­çant Londres de ne pas pou­voir conclure un ac­cord com­mer­cial avec les États-Unis si le Royaume-Uni main­te­nait son plan de sor­tie «soft» de l’UE. «Oui, j’au­rais me­né les né­go­cia­tions avec l’Union eu­ro­péenne de ma­nière très dif­fé­rente. J’ai d’ailleurs dit à The­re­sa May comment faire mais elle n’était pas d’ac­cord et ne m’a pas écou­té. Elle vou­lait prendre une route dif­fé­rente. Je di­rais en fait qu’elle a sans doute pris la route op­po­sée. Et ce n’est pas grave. Elle de­vrait né­go­cier comme elle sait le faire mais ce qui se passe est triste.» En par­ti­cu­lier le fait que le plan bri­tan­nique «n’est pas ce­lui du ré­fé­ren­dum» et que «de nom­breuses per­sonnes ne l’aiment pas».

Ven­dre­di, le pré­sident amé­ri­cain a nié avoir don­né des conseils à son ho­mo­logue, pré­fé­rant le terme «sug­ges­tions». «Je lui ai fait des sug­ges­tions mais elle les a trou­vées un peu trop bru­tales. Je com­prends qu’elle les ait trou­vées un peu dures, mais peut-être les sui­vra-t-elle si l’UE ne signe pas un bon ac­cord. Elle ne peut pas quit­ter la table des né­go­cia­tions, si­non elle se­ra coin­cée.» Il a jus­ti­fié son in­ter­ven­tion par son es­poir que «nous n’ayons pas de res­tric­tions pour com­mer­cer avec le Royaume-Uni car nous vou­lons com­mer­cer avec eux, et eux avec nous».

«John­son pre­mier mi­nistre»

Der­nier coup de cou­teau à une The­re­sa May mal en point après la dé­mis­sion de plu­sieurs mi­nistres lun­di: Do­nald Trump a as­su­ré que l’an­cien mi­nistre des Af­faires étran­gères et me­neur du mouvement pour le Brexit Bo­ris John­son «fe­rait un grand pre­mier mi­nistre, même si je ne suis pas en train de les mettre en com­pé­ti­tion. Il pos­sède ce qu’il faut pour ce­la. C’est un grand re­pré­sen­tant pour votre pays.»

Le pré­sident amé­ri­cain n’a ja­mais mé­na­gé ses cri­tiques vis-à-vis des res­pon­sables bri­tan­niques. Ré­pri­man­dé en no­vembre 2017 par plu­sieurs d’entre eux pour avoir mis en avant sur Twit­ter un mes­sage ré­di­gé par le groupe d’ex­trême droite Bri­tain First, il avait ré­pon­du à The­re­sa May: «Ne vous oc­cu­pez pas de moi, concen­trez-vous sur le des­truc­teur ter­ro­risme is­la­mique ra­di­cal qui sé­vit au Royaume-Uni. Nous al­lons très bien!» Une ré­fé­rence aux trois at­ten­tats qui ve­naient de tou­cher le pays. Il avait en­suite plu­sieurs fois fait part de son aga­ce­ment face à ce qu’il qua­li­fiait chez la pre­mière mi­nistre d’air de «pro­fes­seur d’école».

«Oui, j’au­rais me­né les né­go­cia­tions avec l’UE de ma­nière très dif­fé­rente… mais elle ne m’a pas écou­té» Do­nald Trump

Do­nald Trump avait éga­le­ment pris pour cible le maire mu­sul­man de Londres, Sa­diq Khan, ac­cu­sé de n’avoir pas em­pê­ché ces at­ten­tats. Il avait en­suite lié di­rec­te­ment la po­li­tique mi­gra­toire bri­tan­nique avec la te­nue des at­ten­tats sur le sol an­glais. Des pro­pos qu’il a ré­pé­tés ven­dre­di.

Au re­gard de ce ma­tra­quage per­sis­tant, il pa­raît dif­fi­cile de croire que Do­nald Trump ait dé­ra­pé dans «The Sun». Se sa­chant en po­si­tion de force face à des res­pon­sables bri­tan­niques ayant ab­so­lu­ment be­soin de son sou­tien et de sa pro­messe d’un ac­cord bi­la­té­ral ra­pide, il n’hé­site pas à en­fon­cer le clou. Le slo­gan «Ame­ri­ca First» est tout sauf un faux-sem­blant.

Le pré­sident Trump a mal­me­né son hô­tesse, The­re­sa May, avant de lui tres­ser des louanges ap­puyées au point de presse. REU­TERS

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