Les ar­cades se vident

Une sé­rie de fer­me­tures de com­merces frappe la Ci­té sarde de­puis quelques mois. Tour d’ho­ri­zon

Tribune de Geneve - - GENÈVE - Fa­bien Kuhn

Le charme au­tom­nal de Ca­rouge, ses com­merces de proxi­mi­té, ses ca­fés, ses ter­rasses et ses mar­chés sont quelque peu mis à mal ces der­niers temps. Un nombre crois­sant de ma­ga­sins ont fer­mé en quelques mois. Les ar­cades li­qui­dant la mar­chan­dise avant fer­me­ture se mul­ti­plient. E-com­merce, loyers trop éle­vés, manque de tou­ristes sont les rai­sons sou­vent évo­quées pour ex­pli­quer le phé­no­mène. Mais, et c’est l’élé­ment nou­veau, le re­nou­vel­le­ment na­tu­rel des bou­tiques tend dé­sor­mais à faire dé­faut.

C’est le cas à la rue du PontNeuf, où une ar­cade est vide de­puis des mois. De même à la rue Vau­tier, où une li­brai­rie de bandes des­si­nées a fer­mé ses portes en mai der­nier. «J’ai re­çu trois coups de fil en quatre mois pour re­prendre l’ar­cade, au­tant dire rien du tout, re­grette Pierre-An­dré Bon­jour, l’an­cien ex­ploi­tant. Il faut dire que le loyer est dis­sua­sif pour cette sur­face.»

Loyers trop éle­vés

En quatre ans et de­mi, le chiffre d’af­faires du li­braire n’a ces­sé d’aug­men­ter. Mais même à son maxi­mum, il ne lui per­met­tait pas de payer la to­ta­li­té de ses charges: «J’ai dû pui­ser dans mon épargne, c’était in­vi­vable, dit le li­braire. Mon loyer était tout à fait dis­pro­por­tion­né par rap­port à mon vo­lume de ventes, ça ne pou­vait pas mar­cher. Seuls des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers ou des ar­chi­tectes peuvent se per­mettre un loyer pa­reil. Je suis vrai­ment pes­si­miste quant à l’ave­nir des pe­tits com­merces à Ca­rouge.»

Autre fer­me­ture d’en­seigne à la rue Saint-Vic­tor: une bou­tique de chaus­sures et d’ac­ces­soires pour femmes ou­verte de­puis cinq ans. Sur toutes ces an­nées, le chiffre d’af­faires de l’ex­ploi­tant n’a fait que chu­ter. Et il est amer: «Je re­viens de la poste, j’y ai vu le nombre de car­tons Za­lan­do (vente par In­ter­net) ac­cu­mu­lés, ça m’a fait en­ra­ger. Et il y en a qui se ré­jouissent de l’ar­ri­vée d’Ama­zon l’an­née pro­chaine en Suisse! On croit rê­ver! Pour moi, la vente di­recte, c’est mort, on trouve tou­jours moins cher ailleurs. Et que dire de mon loyer, beau­coup trop éle­vé pour sur­vivre.»

Signe que le com­merce de proxi­mi­té n’est pas au plus haut de sa forme dans la Ci­té sarde: à deux pas de là, une autre bou­tique brade sa mar­chan­dise. «Li­qui­da­tion, 70% avant fer­me­ture», peut-on lire sur la vi­trine.

Syl­vie Ve­nu­ti, qui a ou­vert sa bou­tique de prêt-à-por­ter en sep­tembre der­nier, dé­plore un net manque de fré­quen­ta­tion: «L’hi­ver der­nier, j’au­rais pu tri­co­ter trois pulls, tant les clients étaient peu nom­breux. De même, j’ai sen­ti qu’à Ca­rouge, les gens man­quaient de moyens. De nom­breux pas­sants en­traient dans la bou­tique et n’ache­taient rien.»

La consom­ma­tion a chan­gé

Béa­trice Ber­thet, présidente des In­té­rêts de Ca­rouge, abonde dans ce sens. D’après elle, le pro­blème est mul­tiple. «Le com­por­te­ment des consom­ma­teurs a dras­ti­que­ment chan­gé à cause de la conjonc­ture. Leur pou­voir d’achat a bais­sé. Et puis il y a le tou­risme d’achat et in­ter­net. De ma­nière gé­né­rale, les gens consomment moins. Ils re­cherchent de la qua­li­té et ont conscience de ce qu’ils achètent. À Ca­rouge, nous es­sayons jus­te­ment de mettre en avant ces va­leurs éthiques, telle la tra­ça­bi­li­té. Mais le prix des ar­cades tue le pe­tit com­merce.»

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