«Il ne faut pas dia­bo­li­ser la vio­lence mais pas la ba­na­li­ser non plus»

Tribune de Geneve - - CAPTURE D'ÉCRANS - Niels We­ber a ré­di­gé un do­cu­ment sur Fort­nite:

Se­lon Niels We­ber, psy­cho­thé­ra­peute lau­san­nois spé­cia­liste en hy­per­con­nec­ti­vi­té, «Fort­nite» n’est certes pas le diable, mais il ne faut pas pour au­tant mi­ni­mi­ser son im­pact. Il livre quelques clefs aux pa­rents dé­bous­so­lés.

Les plus jeunes peuvent-ils jouer à «Fort­nite»? Idéa­le­ment, un en­fant de moins de 12 ans ne de­vrait pas jouer à «Fort­nite», la re­com­man­da­tion PEGI 12 n’existe pas pour rien. Si le mal est dé­jà fait, alors il faut ca­drer cette ac­ti­vi­té. S’il joue avec des co­pains de classe par exemple, mieux vaut co­or­don­ner les ren­dez-vous en ligne; s’il joue avec des in­con­nus, il faut vé­ri­fier, écou­ter ce qui se dit, évi­ter les casques. Plus lar­ge­ment, les pa­rents doivent se ser­rer les coudes, s’ap­pe­ler pour sa­voir quelles sont les pra­tiques chez les co­pains, et ne pas cé­der à la fa­ci­li­té en se di­sant que de toute fa­çon, tous les autres y jouent.

La vio­lence in­trin­sèque du jeu est-elle pro­blé­ma­tique? Le but de «Fort­nite Bat­tle Royale» est de tuer ses ad­ver­saires, mais en réa­li­té, le joueur se fo­ca­lise sur­tout sur la mé­ca­nique du ga­me­play, sur les tech­niques et stra­té­gies à mettre en place pour sur­vivre. À mon sens, la vio­lence de «Fort­nite» n’est pas si dan­ge­reuse. En re­vanche, elle peut être l’oc­ca­sion de confron­ter les points de vue. On peut par exemple ou­vrir la dis­cus­sion en di­sant: «Je com­prends que tu sois concen­tré sur le plai­sir de jouer, mais moi j’y vois quelque chose de violent, même s’il n’y a pas de sang.» Il faut créer la dis­cus­sion, ne pas dia­bo­li­ser la vio­lence mais ne pas la ba­na­li­ser non plus. C’est im­por­tant qu’ils puissent mettre des mots sur ce qu’ils vivent.

Quelles sont les prin­ci­pales me­sures de sé­cu­ri­té à mettre en place?

«Fort­nite» est un jeu qui se joue ex­clu­si­ve­ment en ré­seau. Donc les règles sont simples: on ne donne ni son vrai nom ni au­cune in­for­ma­tion per­son­nelle, et on n’entre pas en contact sur les ré­seaux so­ciaux. Il faut ex­pli­quer aux plus jeunes que s’ils es­timent vivre une forme d’ami­tié avec d’autres uti­li­sa­teurs étant don­né qu’ils par­tagent une ac­ti­vi­té et des émo­tions, ce n’est pas la même chose que dans la vraie vie.

Un ado­les­cent peut-il s’au­to­dis­ci­pli­ner en termes de temps de jeu?

At­tendre d’un ado­les­cent qu’il se mette lui-même des li­mites est uto­pique, d’au­tant que même cer­tains adultes n’y ar­rivent pas! À l’ado­les­cence, les zones du cer­veau qui per­mettent de prendre du re­cul sur ses propres ac­ti­vi­tés sont en­core im­ma­tures. Ce­la fait par­tie du rôle de parent d’in­ter­ve­nir, no­tam­ment parce que «Fort­nite» fait perdre toute no­tion du temps qui passe. Les pa­rents doivent ac­cep­ter d’en­dos­ser le rôle pé­nible et ra­bat-joie de comp­teur de temps.

Mais comment ca­drer une ac­ti­vi­té que l’on ne com­prend pas?

Les pa­rents ne de­vraient pas se trou­ver de fausses ex­cuses. Quoi qu’il ar­rive, ils res­tent lé­gi­times pour en­ca­drer cette pra­tique. Pre­miè­re­ment, il n’y a pas be­soin de connaître «Fort­nite Bat­tle Royale» pour sa­voir qu’un en­fant doit dor­mir la nuit, tra­vailler à l’école et qu’il est im­por­tant de man­ger en fa­mille. En­suite, ils doivent se faire leur propre avis sur le jeu avant d’in­ter­dire ou non. Il existe un tas d’ou­tils pour y par­ve­nir, comme tout sim­ple­ment re­gar­der des vi­déos sur Twitch ou YouTube avec son en­fant. Le nec plus ul­tra, c’est de jouer avec lui: c’est idéal pour com­prendre le fonc­tion­ne­ment du jeu et ce­la per­met éga­le­ment de va­lo­ri­ser les connais­sances et le sa­voir-faire de son en­fant. Car il faut être in­tel­li­gent pour bien jouer à «Fort­nite»!

Pour plus d’in­for­ma­tions: http://www.sem­per­lu­do.com/ fort­nite-en-10-ques­tions­pour-les-pa­rents/

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