Comment dé­cro­cher le job de ses rêves

Il faut soi­gner la lettre de mo­ti­va­tion et le CV. Se pré­pa­rer à l’en­tre­tien d’em­bauche. Et mettre en avant son po­ten­tiel, sa fu­reur de vivre, son en­vie de chan­ger le cours des choses

Tribune de Geneve - - VIE PRATIQUE - Ro­land Ros­sier @Ro­landRos­sier

«Les com­pé­tences per­son­nelles sont plus dures à ac­qué­rir car elles se dé­ve­loppent tout au long de notre vie»

Le mo­ment est ve­nu. Les pa­piers sont ras­sem­blés. Le coeur bat plus vite. Sur­tout, pour dé­cro­cher le job de ses rêves, il ne faut pas pa­ni­quer. Sou­rire mais pas en mode cris­pé. Re­gar­der son in­ter­lo­cu­teur sans le fixer dans les yeux. Pa­raître à l’aise. Ce fu­tur em­ployeur a dé­jà re­çu une lettre de mo­ti­va­tion, courte, au maxi­mum une page, et un cur­ri­cu­lum vi­tae, clair et com­pact (lire notre en­ca­dré ci-des­sous). Mais c’est l’en­tre­tien d’em­bauche qui est dé­ter­mi­nant.

Tous les ma­nuels le disent, et les ex­perts le ré­pètent à l’en­vi: avant de se confron­ter au re­cru­teur, il faut soi­gneu­se­ment se ren­sei­gner sur son fu­tur em­ployeur. Dé­cor­ti­quer le site et sai­sir la stra­té­gie de l’en­tre­prise. Quels sont ses ob­jec­tifs à moyen terme, dans les an­nées à ve­nir? Pros­pec­ter de nou­veaux mar­chés? Lan­cer des pro­duits in­no­vants? Amé­lio­rer son image? Sa ren­ta­bi­li­té, en in­tro­dui­sant de nou­veaux pro­ces­sus?

Comme un pit­bull

Et, dé­sor­mais, mettre sur­tout en avant votre po­ten­tiel. Un em­ployeur jette un oeil sur votre pas­sé, mais ce qui l’in­té­resse avant tout, c’est ce que vous al­lez ap­por­ter à l’en­tre­prise. Cette pré­dis­po­si­tion se lit au­tant dans une lettre de mo­ti­va­tion que dans un CV. Se­lon l’Ar­gen­tin Clau­dio Fer­nan­dezA­rauz, di­ri­geant du ca­bi­net Egon Zehn­der, les com­pé­tences ne sont plus dé­ter­mi­nantes. Ce qui fait la dif­fé­rence dans un en­tre­tien d’em­bauche, c’est la ca­pa­ci­té du re­cru­teur à dé­ce­ler ce que le can­di­dat va ap­por­ter. Cinq qua­li­tés sont alors re­quises: la cu­rio­si­té, la pers­pi­ca­ci­té, l’en­ga­ge­ment, la mo­ti­va­tion, la dé­ter­mi­na­tion (comme un pit­bull, il ne faut rien lâ­cher).

Et, dans un ar­ticle mé­mo­rable pu­blié par la «Har­vard Bu­si­ness Re­view», cet ex­pert dis­tingue quatre pé­riodes. Pen­dant des millénaires, les per­sonnes choi­sies étaient les plus fortes phy­si­que­ment: fé­roces, en­du­rantes, en bonne san­té. Les plus obéis­santes aus­si, se cou­chant face à la hié­rar­chie. Ce­la a peu chan­gé avec la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle: un PDG, une di­rec­tion gé­né­rale, des cadres, des pe­tits chefs et une ar­ma­da d’ou­vriers, de se­cré­taires ou d’em­ployés. Pen­dant les Trente Glo­rieuses, l’ac­cent a été por­té sur l’in­tel­li­gence ver­bale et ana­ly­tique. Le fa­meux Q.I. (quo­tient in­tel­lec­tuel) était alors in­con­tour­nable: il fal­lait des têtes bien pleines, ca­pables de rai­son­ner. Un can­di­dat bar­dé de di­plômes avait de meilleures chances de l’em­por­ter.

Puis une glis­sade s’est opé­rée en di­rec­tion du sa­voir-être plu­tôt que le simple sa­voir-faire. L’in­tel­li­gence «émo­tion­nelle» s’est sub­sti­tuée ou a du moins com­plé­té l’in­tel­li­gence ra­tion­nelle.

Au­jourd’hui, un bon com­por­te­ment glo­bal (loyau­té, as­si­dui­té, etc.) reste pri­mor­dial, mais c’est aus­si à l’aune de la ca­pa­ci­té à s’ima­gi­ner dans le fu­tur et à se re­mettre en cause qu’un can­di­dat a les meilleures chances d’être en­ga­gé. Tout change, et vite. Ce qui est va­lable au­jourd’hui ne le se­ra pas for­cé­ment de­main. C’est le règne des in­cer­ti­tudes. Ce­lui de la ges­tion des chaos. «Il n’est pas né­ces­saire de re­cher­cher des gé­nies», ré­sume Clau­dio Fer­nan­dez-Arauz.

C’est ce­la qui doit trans­pa­raître dans la lettre de mo­ti­va­tion, dans le CV et lors de l’en­tre­tien d’em­bauche. Si le conseiller en res­sources hu­maines et au­teur Maxime Mo­rand* es­time que la lettre de mo­ti­va­tion est de­ve­nue lar­ge­ment ob­so­lète, Ca­mille Rouxel, di­rec­trice com­mer­ciale chez In­ner­me­trix, ob­serve que trop de ces mis­sives parlent du can­di­dat avant de par­ler de l’en­tre­prise: «Il est plus utile d’in­di­quer pour­quoi nos com­pé­tences peuvent être bé­né­fiques pour l’or­ga­ni­sa­tion.» «D’ailleurs, ajoute la consul­tante, dans une lettre de mo­ti­va­tion, il peut être in­té­res­sant de suivre la struc­ture sui­vante: com­men­cer par le «je» (je me pré­sente et je parle briè­ve­ment de moi­même), pour­suivre par le «vous» (je parle de l’or­ga­ni­sa­tion) et ter­mi­ner par le «nous» (ce que nous pou­vons faire en­semble).»

«Au­jourd’hui, pour­suit Ca­mille Rouxel, ce qui fait vrai­ment la dif­fé­rence, ce sont vos soft skills ou vos com­pé­tences per­son­nelles: elles sont plus dures à ac­qué­rir que les com­pé­tences tech­niques car elles se dé­ve­loppent tout au long de notre vie, en fonc­tion de notre édu­ca­tion, nos ex­pé­riences, lec­tures, ap­pren­tis­sages.» Quant au CV, il doit être court et clair, quitte à ren­voyer des in­for­ma­tions beau­coup plus four­nies sur de­mande. «Le de­si­gn doit être ori­gi­nal, mais il faut sur­tout pri­vi­lé­gier la clar­té. Quatre élé­ments doivent im­pé­ra­ti­ve­ment y fi­gu­rer: les com­pé­tences, la for­ma­tion, l’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle et les centres d’in­té­rêt», dé­taille Maxime Mo­rand.

Fine stra­té­gie

«L’or­ga­ni­sa­tion d’un fes­ti­val, d’une ren­contre spor­tive ou cultu­relle, la réa­li­sa­tion d’un pro­jet dans l’hu­ma­ni­taire: ces ex­pé­riences peuvent être sou­li­gnées par le pos­tu­lant», es­time ce Ge­ne­vois d’ori­gine va­lai­sanne. Faut-il em­bel­lir son par­cours? C’est pos­sible. «Écrire un CV est un pro­ces­sus d’ar­ran­ge­ment de la vé­ri­té dans le but d’at­teindre un ob­jec­tif. Et ce pro­ces­sus peut être po­ten­tiel­le­ment men­son­ger», dé­clare Maxime Mo­rand avant d’ajou­ter: «Et puis s’il est convain­cu par les qua­li­tés de l’as­pi­rant, le re­cru­teur va «tam­pon­ner» l’ar­ran­ge­ment. Et donc col­la­bo­rer au pro­ces­sus men­son­ger. Tout sim­ple­ment parce que le re­cru­teur fait du risk ma­na­ge­ment, c’est son job!»

Sous son ap­pa­rence de can­deur, le can­di­dat doit donc se muer en fin stra­tège. Sans cesse en alerte, à l’af­fût des moindres gestes et pa­roles du re­cru­teur, il doit se com­po­ser d’un mé­lange étrange, entre doux guer­rier et ca­mé­léon sé­duc­teur.

«Des mots et des hommes» Maxime Mo­rand. Éd. Faim de siècle, 2018

Après les com­pé­tences ar­rive le règne du com­por­te­ment. La tech­nique est pré­su­mée ac­quise, la créa­ti­vi­té doit se de­vi­ner.SEDRIK NEMETH

Maxime Mo­randConseiller en res­sources hu­maines, fon­da­teur de Pro­vocAc­tions

Ca­milleRouxelDi­rec­trice com­mer­ciale chez In­ner­me­trix

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