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Tribune de Geneve - - ARTS ET SCÈNES -

UDeux cer­cueils au fond de la scène. Deux ci­vières par-de­vant, sur les­quelles re­posent deux corps sous leurs draps blancs. Pen­dant une bonne de­mi-heure de la séance, quatre croque-morts, sous les traits de Ro­land Vouilloz, Ma­rieMa­de­leine Pas­quier, Cé­dric Le­proust et Lo­la Giouse, ac­com­plissent leur ri­tuel sans un mot. Dé­cou­vrir la dé­funte, la re­tour­ner, la ma­ni­pu­ler, l’ha­biller, la ma­quiller. Leurs gestes sont lents, doux, em­preints de tact et de res­pect dans ce contexte mor­tuaire. Em­preints de théâ­tra­li­té aus­si, en ce qu’ils ac­com­plissent leur of­fice mil­li­mé­tré et sym­bo­lique.

D’en­trée de jeu, le spec­ta­teur de «Mou­rir, dor­mir, rê­ver peu­têtre» – un titre em­prun­té au mo­no­logue de Ham­let – sait que la pa­role sur­gi­ra tôt ou tard. Quand elle fi­nit par le faire, sous forme de té­moi­gnages char­gés, plai­san­te­ries sca­breuses ou confi­dences fil­mées en di­rect, le cou­pe­ret tombe. La quête poé­tique se fait si pan­te­lante, la dé­li­vrance de pa­thos se si­gnale par de si vives contrac­tions qu’on en re­grette le mu­tisme ini­tial. À la ques­tion «Qu’est-ce qui vous man­que­ra après?» à la­quelle ré­pondent tour à tour les tha­na­to­prac­teurs, on tran­che­rait alors sans hé­si­ter: le si­lence.

«Mou­rir, dor­mir, rê­ver peut-être» La Co­mé­die, jus­qu’au 21 oct.,

022 320 50 01, www.co­me­die.ch

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