De la classe in­ver­sée à la classe ré­vo­lu­tion­née

Tribune de Geneve - - ANNONCES - Jean-Claude Char­rière di­rec­teur de l’ESM*

Pour sa 2e édi­tion, la Jour­née du di­gi­tal a mon­tré sa vo­ca­tion à ac­cé­lé­rer la tran­si­tion nu­mé­rique. La nu­mé­ri­sa­tion trans­forme l’en­vi­ron­ne­ment, force les mu­ta­tions, pousse à des chan­ge­ments et donne l’op­por­tu­ni­té de dé­fis à re­le­ver. Suf­fit-elle à des bou­le­ver­se­ments dans le monde de la for­ma­tion? De loin pas. Si on in­nove par l’usage d’ou­tils nu­mé­riques adapc’est tés, on s’en­ferme aus­si dans cette mode amé­ri­caine de la classe in­ver­sée, soit la théo­rie à la mai­son, la pra­tique à l’école. En ef­fet, qui ne s’en re­ven­dique pas au­jourd’hui, sou­vent fas­ci­né au point de ne pas prendre la me­sure de ce qui se passe dans le pay­sage. Aveu­gle­ment nor­mal car la classe in­ver­sée re­naît en 1997 (E. Ma­zur), soit aux bal­bu­tie­ments du cham­bar­de­ment nu­mé­rique. Alors au­jourd’hui, le mo­ment de ré­agir, car ce mo­dèle n’est pas idéal. S. Bis­son­nette et C. Gau­thier, en 2012 dé­jà, ont mon­tré que la classe à l’en­vers ou à l’en­droit n’a pas fait la preuve scien­ti­fique de sa per­ti­nence. Elle est même plus d’une fois con­tes­tée. Vincent Faillet, pro­fes­seur de ly­cée, a mon­tré que la classe in­ver­sée est contre-pro­duc­tive pour les bons élèves. Alors ces­sons de pen­ser qu’elle est la pa­na­cée et qu’elle suf­fit à sa­tis­faire les ob­jec­tifs pé­da­go­giques d’au­jourd’hui. Bien au contraire, c’est tout le mo­dèle de la for­ma­tion, par­ti­cu­liè­re­ment de la for­ma­tion su­pé­rieure qu’il faut pen­ser et in­ven­ter à l’ère du di­gi­tal.

Quelques pré­cur­seurs ont pressenti cette né­ces­si­té. L’es­sen­tiel n’est pas dans la classe in­ver­sée. N’est-il pas dans la mé­thode, par exemple, de Jo­seph Ja­co­tot qui, à Lou­vain, à la fin du XVIIIe siècle dé­jà, mon­tra, en l’ex­pé­ri­men­tant avec ses étu­diants, que l’in­di­vi­du ou le groupe d’in­di­vi­dus est ca­pable d’ap­prendre par lui-même plu­tôt que par le trans­fert du maître à l’élève. D’ailleurs l’homme pei­nait à ac­cep­ter que l’opi­nion du maître, en­ten­dez du pro­fes­seur, pour des su­jets dif­fi­ciles, ne re­pose que sur l’au­to­ri­té confé­rée par la fonc­tion. Il ne man­quait pas d’ex­pé­riences avec ses trois doc­to­rats – lettres, droit et ma­thé­ma­tiques – et de sur­croît il en­sei­gnait. Tout ce­la confère une lé­gi­ti­mi­té cer­taine à sa mé­thode, dont on peut s’ins­pi­rer.

Au­jourd’hui, sai­sis­sons l’op­por­tu­ni­té de la ré­vo­lu­tion di­gi­tale, de ses ef­fets et des ou­tils qu’elle met à dis­po­si­tion pour, par­tant de la page blanche, ima­gi­ner, concep­tua­li­ser et réa­li­ser des nou­veaux mo­dèles de for­ma­tion. Nou­veau comme ce­lui de l’Ecole 42 de Xa­vier Niel à Pa­ris qui fonc­tionne à mer­veille de­puis cinq ans. Ecole sans pro­fes­seur, avec des étu­diants mo­ti­vés car ac­teurs de leur for­ma­tion sa­chant pour­quoi et pour qui ils tra­vaillent. Ou en­core, comme à l’ESM, qui ose la classe ré­vo­lu­tion­née usant de tous les ou­tils di­gi­taux. Classe où un pas­seur, un fa­ci­li­ta­teur se sub­sti­tue au pro­fes­seur tra­di­tion­nel, où des in­fluen­ceurs de tout ho­ri­zon contri­buent à une plus grande ou­ver­ture d’es­prit des étu­diants, où des en­tre­prises, es­sen­tielles au concept, montrent les réa­li­tés de la pra­tique, les pro­blèmes du ter­rain et at­tendent des ré­ponses ap­pro­priées d’étu­diants im­pli­qués, ac­teurs de leur ap­pren­tis­sage, s’ap­pro­priant leur for­ma­tion. Alors grand mer­ci aux jour­nées du nu­mé­riques si elles contri­buent à ré­vo­lu­tion­ner le monde de la for­ma­tion.

* ESM, Ecole de ma­na­ge­ment et de com­mu­ni­ca­tion esm.ch

Newspapers in French

Newspapers from Switzerland

© PressReader. All rights reserved.