De­cor­vet: «J’aime la fo­lie or­di­naire et les per­son­nages qui dé­rapent»

Tribune de Geneve - - CULTURE - J’aime la fo­lie or­di­naire et les gens qui dé­rapent. Ces pour en par­ler, pour les ques­tion­ner.

Une jour­na­liste en­quête sur les ren­contres par In­ter­net jus­qu’à faire de son su­jet une ob­ses­sion et perdre pied. Dans «Ca­fé des Chi­mères», ro­man sé­lec­tion­né pour le Prix des lec­teurs de Lau­sanne, qui se­ra re­mis en avril, la Ge­ne­voise Anne-Claire De­cor­vet livre un por­trait peu re­lui­sant des sites de ren­contre et ex­pose les dan­gers qu’ils peuvent faire cou­rir aux femmes. Après «Un lieu sans rai­son», où elle se pro­je­tait dans la tête d’une ar­tiste schi­zo­phrène, l’écri­vaine sexa­gé­naire conti­nue d’ex­plo­rer la fo­lie à tra­vers des per­son­nages nor­maux à pre­mière vue.

Les ren­contres sur In­ter­net offrent un jo­li ter­rain de jeu pour qui aime fouiller sous les masques… ren­contres créent un uni­vers vir­tuel et ar­ti­fi­ciel. On se met à notre avan­tage, on joue un rôle, on pré­tend être quel­qu’un d’autre. L’hé­roïne de mon livre dé­couvre une per­sonne et se dé­couvre elle-même, avec la part sombre qu’elle re­fou­lait. Pour­quoi ai­mez-vous les his­toires de per­son­nages qui perdent pied?

J’aime écou­ter les gens, être dans la con­fi­dence. Je suis sur­prise à quel point cha­cun peut être tour­men­té. Je pense que la vie or­di­naire de­mande bien plus de cou­rage que ce qu’on pense. Un ex­té­rieur ba­nal peut ca­cher un uni­vers in­té­rieur dé­bri­dé, fan­tai­siste et sombre.

L’écri­ture vous per­met-elle de fan­tas­mer votre propre uni­vers in­té­rieur?

Elle per­met d’ex­pri­mer une part de moi-même. Mais je ne cultive pas cette noir­ceur parce que je suis triste ou per­tur­bée. J’es­saie de com­prendre le monde qui m’en­toure. Beau­coup de choses me si­dèrent, me ré­voltent. J’uti­lise l’écri­ture Qu’avez-vous ap­pris de ces té­moi­gnages de mau­vaises ex­pé­riences sur in­ter­net?

Il y a beau­coup de dés­illu­sions, de souf­france et d’in­jus­tice dans ce que l’on m’a ra­con­té. On vous a re­pro­ché de n’avoir in­ter­ro­gé que des femmes et de dres­ser un por­trait trop vi­ru­lent des hommes.

Je n’ai pas vou­lu faire une en­quête. Sim­ple­ment mon­trer comment ce sys­tème de sites de ren­contre peut bou­siller une femme. Je ne suis pas pour au­tant com­plai­sante en­vers les femmes. Mon hé­roïne s’obs­tine dans la souf­france et le vice. N’im­porte qui au­rait je­té l’éponge avant. Je re­mets aus­si ce­la en ques­tion en noir­cis­sant vo­lon­tai­re­ment le trait. Alexandre Ca­po­ral

Ren­contre avec Anne-Claire De­cor­vet

Sa 10 de 11 h à 13 h, Lau­san­nePa­lace. En­trée libre sur ins­crip­tion: prix­des­lec­teurs@lau­sanne.ch

Anne-Claire De­cor­vet Ro­man­cière

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