Dé­con­fi­ne­ment: Pog­gia fus­tige les ir­res­pon­sables

Le ma­gis­trat s’élève contre l’in­dis­ci­pline de ceux qui font fi des pré­cau­tions re­quises.

Tribune de Geneve - - La Une - Pages 6 et 11

Cer­tains ont peut-être ten­dance à tour­ner un peu trop vite la page de la pan­dé­mie et de la crise sa­ni­taire. Ain­si qu’en té­moignent les ras­sem­ble­ments plus ou moins fes­tifs qui se tiennent en ville, on tend à igno­rer, voire à ou­blier les gestes bar­rières et la dis­tan­cia­tion so­ciale. Des com­por­te­ments qui ne sont pas du goût de Mauro Pog­gia, le conseiller d’État char­gé de la San­té. Dans l’en­tre­tien qu’il a ac­cor­dé à la «Tri­bune de

Ge­nève», il dé­plore ces né­gli­gences et consi­dère que les au­to­ri­tés ne pour­ront pas res­ter sans ré­agir face à des com­por­te­ments mi­no­ri­taires qui mettent en jeu la sé­cu­ri­té de tous. Ce vi­gou­reux rap­pel in­ter­vient au mo­ment où Berne sou­ligne que le nombre de cas de Co­vid-19 est en aug­men­ta­tion et que les can­tons ont la main pour agir afin de contrer une évo­lu­tion né­ga­tive des conta­mi­na­tions.

Avec le dé­con­fi­ne­ment, la ré­ou­ver­ture des lieux fes­tifs et la mé­téo es­ti­vale, les ras­sem­ble­ments se mul­ti­plient à Ge­nève. Bien sou­vent au dé­tri­ment des règles sa­ni­taires. Conseiller d’État char­gé de la San­té, Mauro Pog­gia fus­tige ces com­por­te­ments à risque.

De nom­breuses per­sonnes se re­groupent en jour­née mais aus­si du­rant la nuit. La plaine de Plain­pa­lais est en­va­hie par les fê­tards. Est-ce pro­blé­ma­tique? Évi­dem­ment qu’en termes de sé­cu­ri­té sa­ni­taire, ces com­por­te­ments sont dé­plo­rables. Il y a fort à pa­rier que ce sont les mêmes qui, au pic de la pre­mière vague, se mo­quaient dé­jà éper­du­ment des re­com­man­da­tions. Lorsque la ma­jo­ri­té su­bit les consé­quences des choix ir­res­pon­sables d’une mi­no­ri­té et qu’il s’agit de san­té, les au­to­ri­tés ne peuvent pas res­ter sans ré­agir.

Au moins un cas de Co­vid-19 a été dé­pis­té dans une dis­co­thèque à Ge­nève. Était-ce trop tôt pour les rou­vrir?

Il est fa­cile de ve­nir dire après coup que c’était pré­ma­tu­ré. En re­vanche, il est vrai que s’il y a un lieu dan­ge­reux, car ne per­met­tant pas un tra­çage ef­fi­cace, c’est bien ce­lui-là. La réa­li­té nous a mal­heu­reu­se­ment rat­tra­pés. Que ce soit un lieu ris­qué, c’est évident. En­core faut-il que cha­cun soit dis­ci­pli­né et donne au moins à l’en­trée ses co­or­don­nées vé­ri­tables pour être con­tac­té si né­ces­saire. Ce n’est pas le cas. Il n’est pas ex­clu que d’autres so­lu­tions soient en­core re­cher­chées pro­chai­ne­ment pour évi­ter que ces lieux doivent à nou­veau être fer­més.

Comment faire pour que la po­pu­la­tion se montre pru­dente?

C’est triste mais sans in­jonc­tion et sanc­tion, il n’y au­ra pas de dis­ci­pline. Le Can­ton a une marge de ma­noeuvre et n’hé­si­te­ra pas à en faire usage seule­ment si né­ces­saire, et ce­la sans at­tendre. Pour la pré­ven­tion, nous mar­te­lons les re­com­man­da­tions. Pour le reste, la Con­fé­dé­ra­tion a sup­pri­mé toute sanc­tion, sauf pour les or­ga­ni­sa­teurs de ma­ni­fes­ta­tions. J’en prends acte et le re­grette per­son­nel­le­ment.

Vu ces élé­ments, al­lez-vous in­ci­ter le Con­seil d’État à rendre obli­ga­toire le port du masque dans dif­fé­rents lieux, tels que les trans­ports pu­blics et les boîtes de nuit? Pour les trans­ports pu­blics, j’y suis fa­vo­rable. Nous en re­dis­cu­te­rons cer­tai­ne­ment, no­tam­ment vu les chiffres en aug­men­ta­tion. Pour les boîtes de nuit, cha­cun conçoit qu’il est dif­fi­cile d’al­ler dan­ser avec un masque hy­gié­nique… Par contre, nous pou­vons être meilleurs dans la vé­ri­fi­ca­tion de l’iden­ti­té et du moyen de contact des clients.

Que sou­hai­te­riez-vous dire aux per­sonnes qui ont re­lâ­ché la garde sur les me­sures sa­ni­taires?

À toutes les per­sonnes qui pensent que le Co­vid-19 ne les concerne pas, je voudrais dire d’éta­blir men­ta­le­ment la liste des proches vul­né­rables (pa­rents et amis) qu’elles se­raient prêtes à conta­mi­ner sans scru­pule et même à perdre du fait de leur ir­res­pon­sa­bi­li­té. Le vi­rus est tou­jours là, et pour long­temps en­core. Soit on ap­prend à vivre avec, soit il se char­ge­ra d’éli­mi­ner les plus faibles d’entre nous.

Crai­gnez-vous une deuxième vague? Un re­con­fi­ne­ment est-il en­vi­sa­geable?

La crainte n’est pas ir­ra­tion­nelle, il suf­fit de re­gar­der ce qui se passe dans le monde. Je suis al­lé le wee­kend der­nier dans le nord de l’Ita­lie. À une heure de Ge­nève, neuf per­sonnes sur dix portent le masque dans la rue et, dans tous les ma­ga­sins et lieux fer­més ac­ces­sibles au pu­blic, le port du masque et la dés­in­fec­tion des mains à l’en­trée sont obli­ga­toires. Pour­quoi, chez nous, le risque se­rait-il moindre? Évi­dem­ment qu’au­cune op­tion n’est écar­tée.

Avez-vous ins­tal­lé l’ap­pli­ca­tion SwissCo­vid? Des cas ont-ils dé­jà été dé­cla­rés par ce biais-là?

J’ai ins­tal­lé cette ap­pli­ca­tion, car non seule­ment les ga­ran­ties don­nées me pa­raissent suf­fi­santes au re­gard du risque de san­té pu­blique, mais aus­si parce que je n’ai pas une si haute consi­dé­ra­tion de ma per­sonne pour ima­gi­ner que mes dé­pla­ce­ments puissent in­té­res­ser qui que ce soit. Pour le reste, je n’ai pas en­core de re­tour sur son ap­pli­ca­tion concrète de­puis sa mise en ser­vice.

Lire aus­si en page 11

STEEVE IUNCKER-GO­MEZ

Le conseiller d’État re­grette que la Con­fé­dé­ra­tion ait sup­pri­mé toute sanc­tion.

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