L’éton­nante vague verte fran­çaise

Tribune de Geneve - - La Une - Fré­dé­ric Jul­liard Ré­dac­teur en chef

La France a connu elle aus­si sa vague verte, di­manche. Si le phé­no­mène était at­ten­du en Suisse lors des élec­tions fé­dé­rales d’oc­tobre 2019, il sem­blait plus dif­fi­cile d’ima­gi­ner un scé­na­rio si­mi­laire en France, pays vo­lon­tiers hos­tile à l’éco­lo­gie.

Les pré­oc­cu­pa­tions en­vi­ron­ne­men­tales ne suf­fisent pas à ex­pli­quer pour­quoi des fiefs de droite comme Lyon ou Bor­deaux ont bas­cu­lé. Da­van­tage que la crainte du ré­chauf­fe­ment pla­né­taire, le vote tra­duit des pré­oc­cu­pa­tions lo­cales et quo­ti­diennes: qua­li­té de vie, pol­lu­tion, bruit, sou­ci d’une ali­men­ta­tion saine.

S’y ajoute la dé­com­po­si­tion du pay­sage po­li­tique fran­çais, dont Em­ma­nuel Ma­cron fut l’ar­ti­san avant d’en de­ve­nir la vic­time. Tout à son idéo­lo­gie li­bé­rale et pro­duc­ti­viste, le pré­sident a man­qué l’oc­ca­sion de sé­duire un élec­to­rat ur­bain fa­ti­gué des par­tis clas­siques. Les Verts en ont ha­bi­le­ment pro­fi­té.

Quel rôle a joué le Co­vid-19 dans ce séisme? La pan­dé­mie a ren­for­cé l’at­trait pour la pro­duc­tion lo­cale et pour une vie moins fré­né­tique. Peut-être la crise éco­no­mique au­ra-t-elle rai­son de ces belles idées. Reste que les éco­lo­gistes fran­çais peuvent dé­sor­mais convaincre au-de­là de leur camp et em­por­ter des ma­jo­ri­tés, y com­pris au­près de l’élec­to­rat de droite.

La dé­con­fi­ture de La Ré­pu­blique en marche et de la droite clas­sique dans de grandes mé­tro­poles peut-elle faire ré­flé­chir en Suisse? Em­ma­nuel Ma­cron a to­ta­le­ment ra­té le coche de l’éco­lo­gie et en paie le prix dans les urnes. Il y a sans doute là ma­tière à quelques en­sei­gne­ments, no­tam­ment pour la droite ge­ne­voise: ba­layer les ques­tions en­vi­ron­ne­men­tales d’un re­vers de main, et donc les aban­don­ner à la gauche, ne consti­tue peut-être pas, dans le «monde d’après», la stra­té­gie po­li­tique la plus fruc­tueuse.

ULa France voi­sine, elle aus­si, a vou­lu chan­ger d’air ce di­manche. Même si le triomphe éco­lo­giste à Lyon, ber­ceau de la Ma­cro­nie, est sous les feux des pro­jec­teurs, plu­sieurs pré­fec­tures im­por­tantes proches de la Suisse ro­mande ont par­ti­ci­pé à la pous­sée verte. C’est his­to­rique. An­ne­cy vire au vert avec la vic­toire de l’éco­lo­giste Fran­çois As­torg, qui a de­van­cé de jus­tesse le maire sor­tant, Jean-Luc Ri­gaut, de l’Union des dé­mo­crates et in­dé­pen­dants. La pré­fec­ture de Haute-Sa­voie, gou­ver­née par le centre droit de­puis plus de soixante ans, a donc op­té pour la liste «Ré­veillons An­ne­cy», qui ve­nait de fu­sion­ner avec «An­ne­cy res­pire». Dé­tail pi­quant: co­fon­da­teur de Co­gni­to, un or­ga­nisme de con­seil en res­sources hu­maines, le nou­vel édile donne un cours à l’Of­fice de for­ma­tion conti­nue de l’État de Ge­nève, in­ti­tu­lé «De quoi je m’e-mail!» La Roche-sur-Fo­ron a elle aus­si of­fert la vic­toire à l’éco­lo­giste Jean-Claude Geor­get, com­man­dant ho­no­raire de la Po­lice na­tio­nale. Un peu plus au sud, Cham­bé­ry a bas­cu­lé à gauche. Or c’est grâce au sou­tien de l’éco­lo­giste Au­ré­lie Le Meur que le so­cia­liste Thierry Re­pen­tin a pu de­van­cer le maire sor­tant, Mi­chel Dan­tin, du par­ti Les Ré­pu­bli­cains. La pré­fec­ture de Sa­voie a donc ver­di ses prio­ri­tés po­li­tiques. Le nou­veau ma­gis­trat, qui fut mi­nistre dé­lé­gué aux Af­faires eu­ro­péennes, pré­side de­puis 2017 le Con­seil su­pé­rieur de la construc­tion et de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique. Gre­noble a clai­re­ment confir­mé la ré­élec­tion de l’éco­lo­giste Éric Piolle à la tête de la pré­fec­ture de l’Isère pour un nou­veau man­dant de six ans. Au nor­douest de la fron­tière suisse, Lons-le-Sau­nier crée la sur­prise. Bas­tion de la droite de­puis trente et un ans, le chef-lieu du dé­par­te­ment du Ju­ra a bas­cu­lé à gauche, por­tant au pou­voir le ki­né­si­thé­ra­peute Jean-Yves Ra­vier à la tête d’une liste so­cia­liste-com­mu­niste-éco­lo­giste.

Quant à Be­san­çon, la plus grande ville de Franche-Com­té, elle a of­fert la vic­toire aux Verts. L’éco­lo­giste Anne Vi­gnot di­ri­ge­ra dé­sor­mais l’Exé­cu­tif de la pré­fec­ture du Doubs. Tra­di­tion­nel­le­ment à gauche, cette Mu­ni­ci­pa­li­té n’a certes pas pro­cé­dé à un ren­ver­se­ment de ma­jo­ri­té, mais in­di­qué clai­re­ment ses prio­ri­tés face à la crise en­vi­ron­ne­men­tale: la maire est in­gé­nieure de re­cherche en géo­gra­phie au La­bo­ra­toire chro­no-en­vi­ron­ne­ment du CNRS. Membre de la ma­jo­ri­té mu­ni­ci­pale de­puis 2014, elle oc­cu­pait le poste d’ad­jointe au dé­ve­lop­pe­ment du­rable, à l’en­vi­ron­ne­ment et à la tran­si­tion éner­gé­tique.

An­drés Al­le­mand

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