Le drame des Grottes op­pose deux frères

Jus­tice Deux frères ont été condam­nés pour l’agres­sion au cou­teau d’un com­mer­çant du quar­tier. Ils se­ront confron­tés l’un à l’autre.

Tribune de Geneve - - La Une - Lu­ca Di Ste­fa­no

L’af­faire de l’épi­cier agres­sé à coups de cou­teau aux Grottes en juillet 2018 re­vient en ap­pel de­vant les juges. Ce fait di­vers qui a failli très mal tour­ner de­vient dé­sor­mais un drame fa­mi­lial dans le­quel les deux frères im­pli­qués vont de­voir confron­ter leurs points de vue.

Sept juges de la Chambre d’ap­pel der­rière des plaques de plexi­glas, une nou­velle pro­cu­reure char­gée de l’af­faire, un nou­vel avo­cat de la dé­fense. L’af­faire de l’agres­sion d’un épi­cier des Grottes re­prend au Pa­lais de jus­tice. Et le temps semble avoir fait bou­ger les lignes.

Pour­quoi un pro­cès en ap­pel? Parce que l’aî­né des deux frères, condam­né en pre­mière ins­tance à une peine de 12 ans de pri­son pour ten­ta­tive d’as­sas­si­nat, re­vient avec de nou­velles in­ten­tions. Il re­je­tait l’en­tier de la res­pon­sa­bi­li­té et de­man­dait l’ac­quit­te­ment; il re­con­naît à pré­sent avoir «par­ti­ci­pé» à l’agres­sion et pro­fé­ré des in­jures cette nuit san­glante du 1er au 2 juillet 2018. Une nou­velle stra­té­gie de dé­fense, en somme. Si l’homme de 26 ans nie tou­jours avoir frap­pé la vic­time alors qu’elle se trou­vait à terre, bles­sée griè­ve­ment par les coups de cou­teau de son pe­tit frère, il ad­met que l’épi­cier est bien la seule vic­time de cette af­faire. Mais la com­ponc­tion est ti­mide. Pour par­ve­nir à ce­la, il a fal­lu les ques­tions in­sis­tantes de son nou­vel avo­cat, Me Ni­co­la Meier.

Dans ce tri­bu­nal bar­dé de plexi­glas et de mar­quage an­ti-Co­vid, il s’agit donc de ré­éva­luer la res­pon­sa­bi­li­té de ce grand frère. En 2018, il n’a au­cun an­té­cé­dent pé­nal, mais son frère, mi­neur, col­lec­tionne les condam­na­tions pour agres­sion. Sa­vait-il que le pe­tit por­tait un cou­teau le soir où il a dé­ci­dé de ré­gler un li­tige in­si­gni­fiant avec l’épi­cier du bas de leur im­meuble? «Non, per­siste-t-il. Mon pe­tit frère a tou­jours ré­glé ses pro­blèmes avec les poings. Quand je l’ai vu par­tir, je me suis dit qu’il al­lait seule­ment lui pé­ter la gueule.»

La réa­li­té est tout autre. L’épi­cier, à la sor­tie de son com­merce de la rue de Mont­brillant, se vi­de­ra de son sang – 4,2 litres per­dus – après huit coups de cou­teau por­tés par le frère ca­det. Au­jourd’hui en­core, le tren­te­naire quitte la salle quand le pré­ve­nu livre sa ver­sion de l’agres­sion. Quand il s’adresse aux juges, sa voix de­vient che­vro­tante. «Ma vie est de­ve­nue un cau­che­mar. Mes ci­ca­trices me ra­mènent sans cesse à ce qui s’est pas­sé, mais je n’ai pas le choix de re­tour­ner tra­vailler dans mon ma­ga­sin. C’est un sup­plice.»

Mar­di, ce pro­cès en ap­pel don­ne­ra lieu à une si­tua­tion in­édite. Le frère ca­det, au­teur des coups de cou­teau, se­ra convo­qué à la barre pour être confron­té à son grand frère. Le pre­mier, sous la coupe de la jus­tice des mi­neurs, en­court une peine de 4 ans au maxi­mum; le se­cond beau­coup plus. La thèse du mi­neur im­pul­sif échap­pant à la bien­veillance d’un grand frère mo­dé­ra­teur ré­sis­te­ra-t-elle à la con­fron­ta­tion?

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