Wit­chai, le gar­dien du temple

De se confron­ter plus fa­ci­le­ment à ce qui se fait à l’étran­ger

Gavroche Thaïlande - - Sommaire -

Dans une pe­tite cour, un peu à l’écart du marché de Ta­lat Maï, se dresse le sanc­tuaire teo­chiu de Leng Buai La. Sa fa­çade brille au soleil, mais son in­té­rieur est sombre et mys­té­rieux. Se­lon une plaque de bois ac­cro­chée sur la de­van­ture, il au­rait été fon­dé en 1658, au temps du royaume d’Ayut­thaya, ce qui en fe­rait le plus an­cien sanc­tuaire chi­nois du pays. Wit­chaï, le gar­dien du sanc­tuaire, est un homme au vi­sage an­gu­leux qui porte une fine mous­tache à la chi­noise. Quelques mèches de che­veux poivre et sel tombent de­vant ses yeux rieurs. Tous les jours, au pe­tit ma­tin, il sort de la mai­son qu’il oc­cupe à cô­té du sanc­tuaire, et ouvre les portes. Puis il fait du thé pour les dieux et en rem­plit de pe­tits verres qu’il pose en­suite sur les au­tels. Jus­qu’à leur dis­so­lu­tion com­plète dans les an­nées 1920, le sanc­tuaire était un lieu de réunion pri­sé par les so­cié­tés se­crètes chi­noises. Quand il était en­fant, à la fin des an­nées 1950, Wit­chaï se sou­vient que « le temple était plus sombre en­core et qu’il y avait moins de dé­co­ra­tions ». Une fois l’école ter­mi­née, il a ai­dé pen­dant quelques an­nées sa fa­mille en ven­dant du porc sur le marché. Mais à 29 ans, une crise mys­tique l’a conduit au sanc­tuaire. D’abord bé­né­vole, il fait par­tie de­puis trente ans d’une pe­tite équipe ré­mu­né­rée par l’as­so­cia­tion qui gère le temple. C’est à Wit­chaï que les vi­si­teurs, qui viennent des com­mu­nau­tés teo­chiu de Bang­kok, mais éga­le­ment de Sin­ga­pour, Hong Kong ou en­core de Ma­lai­sie, de­mandent la per­mis­sion d'or­ga­ni­ser des cé­ré­mo­nies. Les fi­dèles sont par­ti­cu­liè­re­ment nom­breux lors des fêtes chi­noises tra­di­tion­nelles comme le Nouvel An lu­naire. Né à Bang­kok et ori­gi­naire lui-même d’une fa­mille teo­chiue, il sait par­ler le dia­lecte, mais ne sait ni lire ni écrire le chi­nois. Sa femme est Thaïe et il a deux filles, dont l’une vit aux Etats-Unis de­puis neuf ans. « Je suis heu­reux pour elle, mais elle me manque », dit-il dans un sou­rire sou­dain triste. « Il n’y pas de prêtres dans les sanc­tuaires chi­nois, au­cun in­ter­mé­diaire entre les dieux et les fi­dèles », ex­plique Wit­chaï. Ses dieux pré­fé­rés sont les pro­tec­teurs du temple, Koe Yi et sa femme Hu Yin. Ce sa­vant chi­nois du XIVème siècle, vé­né­ré par les Teo­chiu, tra­vailla toute sa vie à conci­lier les en­sei­gne­ments du Boud­dha avec la phi­lo­so­phie taoïste de Lao Tseu. George n’est pas un gar­dien de temple comme les autres. Né il y a 61 ans d’une mère mu­sul­mane et d’un père boud­dhiste, rien ne pré­dis­po­sait cet homme à de­ve­nir le gar­dien du plus vieux sanc­tuaire hok­kien de Bang­kok, Cho Su Kong, au coeur du quar­tier cos­mo­po­lite de Ta­lat Noï, en­clave de calme dans Chi­na­town. Il y a plus de 20 ans, alors qu’il était fonc­tion­naire, il se por­ta can­di­dat pour suc­cé­der à l’an­cien gar­dien no­na­gé­naire. Un ti­rage au sort per­mit à George de se re­con­ver­tir. De­puis, il est sa­la­rié par l’as­so­cia­tion hok­kienne et sa femme tra­vaille avec lui au sanc­tuaire où elle vend des bou­gies et of­frandes aux fi­dèles. La vie du gar­dien du sanc­tuaire s’écoule pai­si­ble­ment dans ce ma­gni­fique bâ­ti­ment de 1804 au bord du fleuve. Il sait tout des sculp­tures et des bas-re­liefs sur les murs re­pré­sen­tant des épi­sodes de la lit­té­ra­ture chi­noise, et des gra­vures fi­gu­rant des cou­tumes hok­kiennes sur la robe do­rée du moine Qing­shui, la sta­tue prin­ci­pale du sanc­tuaire. George donne aux fi­dèles des conseils sur les prières à faire en fonc­tion de la ma­la­die dont ils souffrent. Cho Su Kong est en ef­fet fré­quen­té par la com­mu­nau­té hok­kienne de Bang­kok, mais éga­le­ment par d’autres com­mu­nau­tés chi­noises ou des Thaïs boud­dhistes. Tous viennent prier les di­vi­ni­tés lo­cales qui ont la ré­pu­ta­tion de pou­voir gué­rir les ma­la­dies.

Ta­lat Kao et Ta­lat Maï, res­pec­ti­ve­ment « le vieux marché » et « le nou­veau marché », si­tués de part et d’autre de la rue Yao­wa­rat, marquent le centre géo­gra­phique du quar­tier chi­nois. Ils comptent par­mi les plus an­ciens mar­chés de la ville et on y trouve toutes les spé­cia­li­tés cu­li­naires chi­noises, y com­pris les plus re­cher­chées : concombres et oreilles de mer, ai­le­rons de re­quins, nids d’hi­ron­delles... À Ta­lat Kao, la bou­tique d’Anan est spé­cia­li­sée dans la ves­sie de pois­son. Uti­li­sées dans les soupes chi­noises, les ves­sies sont frites dans sa fa­brique de Dao Kha­nong, puis condi­tion­nées dans de grands sacs de plas­tique. Le ma­ga­sin a été créé il y a 80 ans par le père d’Anan. A 69 ans, Anan est en train de pas­ser la main à Atit, l’un de ses cinq en­fants, le seul à tra­vailler avec lui. Ils vivent tous deux avec leurs fa­milles dans la mai­son de six étages au-des­sus du ma­ga­sin. Anan, bien que né à Bang­kok, « se sent com­plè­te­ment Chi­nois ». Quand il ex­plique être al­lé plu­sieurs fois dans le vil­lage de ses an­cêtres, dans la province chi­noise du Guang­dong, il em­ploie le terme « ren­trer à la mai­son ». Il parle cou­ram­ment teo­chiu et com­prend éga­le­ment le man­da­rin. Atit, lui, à 39 ans, ne s’est ren­du dans son vil­lage qu’une seule fois, quand il était en­fant. Con­trai­re­ment à son père, il se sent « ab­so­lu­ment Thaï­lan­dais » et pré­fère de loin par­ler en thaï plu­tôt qu’en dia­lecte teo­chiu. A l’en­tendre, le quar­tier n’a pas beau­coup chan­gé jus­qu’à pré­sent. Certes, Ta­lat Kao compte dé­sor­mais quelques bou­tiques de vê­te­ments. Mais Atit se sou­vient éga­le­ment que dans son en­fance, « la rue de la bou­tique était très étroite et très sale, les rats y cou­raient par­tout ». Elle est dé­sor­mais pa­vée, large et net­toyée quo­ti­dien­ne­ment.

Som­jet, le ven­deur de tis­sus

Sam­pheng Lane, la rue his­to­rique de Chi­na­town, est un étroit cor­ri­dor de plus de deux ki­lo­mètres de long, dont la lar­geur n’ex­cède ja­mais deux ou trois mètres. Pro­té­gée des in­tem­pé­ries par des toi­tures de verre ou de simples bâches, cette rue com­mer­çante au­tre­fois suf­fo­cante est dé­sor­mais lar­ge­ment ra­fraî­chie par les cli­ma­ti­sa­tions des bou­tiques. Som­jet tra­vaille dans une des nom­breuses bou­tiques de vente en gros de tis­sus de Sam­pheng Lane, pri­sées par les créa­teurs de mode haut de gamme. De­puis une di­zaine d’an­nées, il charge et dé­charge les longs rou­leaux de soie, de co­ton ou de lin ve­nant pour la plu­part du Ja­pon. Au­jourd’hui âgé de 36 ans, « il aime ce tra­vail, dit-il un peu pen­sif, et n’en chan­ge­rait pas ». Il tra­vaille six jours par se­maine, sauf le di­manche qu’il passe avec ses trois en­fants dans l’ap­par­te­ment fa­mi­lial de Bang Khae, à une dou­zaine de ki­lo­mètres de Bang­kok. In­ac­ces­sible aux voi­tures en rai­son de son étroi­tesse, Sam­pheng Lane est par­cou­rue de ves­pas mul­ti­co­lores hors d’âge trans­por­tant no­tam­ment, de fa­çon acro­ba­tique, les grands rou­leaux de tis­su de Som­jet.

» De­puis une ving­taine d'an­nées, ce pro­fes­seur aux mul­tiples cas­quettes est in­ter­ve­nu à plu­sieurs re­prises pour que les ha­bi­tants ne soient pas ou­bliés dans les pro­jets. In­vi­té en tant qu’ex­pert à Phu­ket en 1992, ce­lui qui ve­nait alors à peine d’ob­te­nir son doc­to­rat se re­trou­va ra­pi­de­ment au centre du projet de pré­ser­va­tion de son centre his­to­rique, et fa­ci­li­ta le dia­logue entre ha­bi­tants et ad­mi­nis­tra­tion lo­cale. Les an­ciens com­par­ti­ments chi­nois du vieux Phu­ket furent pré­ser­vés et pour cer­tains trans­for­més en hô­tels. La riche his­toire cos­mo­po­lite du vieux Phu­ket conti­nue ain­si au­jourd’hui à pou­voir être ap­pré­ciée des vi­si­teurs. Le pro­fes­seur est éga­le­ment in­ter­ve­nu en 2000 pour ai­der la com­mu­nau­té de Luen Rit à mon­ter un projet al­ter­na­tif alors que le Crown Pro­per­ty Bu­reau sou­hai­tait ini­tia­le­ment dé­truire les 220 ha­bi­ta­tions qui avaient abri­té au dé­but du XXe siècle des tra­vailleurs à la fois in­diens et chi­nois. Plus ré­cem­ment, le projet de Na Ph­ra Lan, à Rat­ta­na­ko­sin, près du Grand Pa­lais, est l’un de ceux dont il est le plus fier. Fruit d’une col­la­bo­ra­tion ef­fi­cace entre les ha­bi­tants et le Bu­reau royal, la ré­no­va­tion des bâ­ti­ments a été me­née se­lon les normes ar­chi­tec­tu­rales in­ter­na­tio­nales et tous les lo­ca­taires ont pu ré­in­té­grer leur mai­son par la suite. Les col­la­bo­ra­tions entre uni­ver­si­taires et com­mu­nau­tés sont nom­breuses. Dans le quar­tier de Ta­lat Noï, l’Ar­som Silp Ins­ti­tute, re­grou­pant des ar­chi­tectes sou­hai­tant oeu­vrer pour la com­mu­nau­té, a créé un mas­tère qui per­met aux étu­diants de tra­vailler sur des pro­jets de ré­ha­bi­li­ta­tion urbaine réels en étant ré­mu­né­rés. A Chi­na­town, le tra­vail de car­to­gra­phie est en cours de réa­li­sa­tion par l’équipe de Yong­ta­nit Pi­mon­sa­thean de l’uni­ver­si­té Tham­ma­sat. Ni­ra­mon Kuls­ri­som­bat, di­rec­trice de l’UddC (Ur­ban De­ve­lop­ment and De­si­gn Cen­ter), une agence thaï­lan­daise de ré­flexion et de pros­pec­tive sur l’ur­ba­nisme, a tra­vaillé sur un projet de ré­gé­né­ra­tion urbaine à Ka­dee­jeen. Dans ce quar­tier cos­mo­po­lite « ju­meau » de Ta­lat Noï, si­tué à Thon­bu­ri, de l’autre cô­té du fleuve, un fes­ti­val cen­tré au­tour de l’art et de la culture des com­mu­nau­tés du quar­tier a no­tam­ment été or­ga­ni­sé à plu­sieurs re­prises. Duang­ta­wan nous pro­pose de conti­nuer la conver­sa­tion en al­lant boire un verre. De son pe­tit pas, elle se di­rige vers le Ri­ver View Guest House, juste à cô­té.

quelques grandes pé­niches, mais la plu­part des mar­chan­dises ar­rivent dé­sor­mais à Bang­kok par la route. Les centres com­mer­ciaux de Siam ou d’Asok ont rem­pla­cé les mar­chés flot­tants dans le coeur des ha­bi­tants, qui pré­fèrent sou­vent vivre dans les quar­tiers ré­cents où l’ha­bi­tat est plus mo­derne. De nom­breux tou­ristes aiment en­core les grands hô­tels du bord du fleuve, comme le très chic Man­da­rin Orien­tal, à cô­té de l’am­bas­sade de France, où des­cen­dirent Jo­seph Con­rad, So­mer­set Mau­gham et Graham Greene. Mais il est rare qu’ils s’at­tardent dans ces quar­tiers. S’ils vi­sitent évi­dem­ment le Pa­lais royal et le Wat Pho, ils s’aven­turent somme toute plus ra­re­ment dans les ve­nelles de Sam­pheng et dé­laissent vite le fleuve pour re­joindre la ville mo­derne. Duang­ta­wan montre le Chao Ph­raya de­puis la ter­rasse du Ri­ver View Guest House : « Ces ba­teaux sont rem­plis de tou­ristes chi­nois. Ils couchent dans les grands hô­tels sur le fleuve, adorent faire du shopping à Ri­ver Ci­ty, mais on ne les voit ja­mais dans le quar­tier ». Les Chi­nois ne semblent donc pas in­té­res­sés par les pro­me­nades dans les ruelles tor­tueuses du Siang Gong où les for­ge­rons et chau­dron­niers hok­kiens s’ins­tal­lèrent il y a plus de deux cents ans avant de se conver­tir à la mé­ca­nique au­to­mo­bile. Des tou­ristes, la vieille dame com­mence néan­moins à en voir pas­ser de­vant chez elle. Ils font des tours de vé­lo à Ta­lat Noï, où la faible cir­cu­la­tion au­to­mo­bile per­met de se dé­pla­cer ain­si sans trop de risques. « Les tou­ristes qui sillonnent le quar­tier sur leurs vé­los, ils sont tous Eu­ro­péens, on ne voit pas vrai­ment de Chi­nois ici », s’amuse-t-elle. Da­vid Ro­bin­son, Bri­tan­nique ins­tal­lé à Bang­kok de­puis une dou­zaine d’an­nées, est le di­rec­teur de Bang­kok Ri­ver Part­ners, un par­te­na­riat pu­blic-pri­vé dont l’ob­jec­tif est de pro­mou­voir la Ri­vière des Rois (Mé­nam Chao Praya) en tant que des­ti­na­tion tou­ris­tique. Ce grou­pe­ment, fi­nan­cé par huit grands hô­tels si­tués sur la rive, col­la­bore avec des or­ga­nismes pu­blics tels que l’Of­fice du tou­risme de Thaï­lande (TAT) ou la Ville de Bang­kok (BMA), ain­si qu’avec les « com­mu­nau­tés » (de­si­gners, ar­tistes, ar­ti­sans, temples, écoles, etc.) pour re­dy­na­mi­ser ces quar­tiers. Pour Da­vid Ro­bin­son, « Bang­kok, comme Londres avant elle, est une ville qui a certes long­temps tour­né le dos à son fleuve, mais qui est en train de le re­dé­cou­vrir ». L’am­bi­tion af­fi­chée est large : « Il ne s’agit pas seule­ment d’un projet mar­ke­ting pour at­ti­rer les tou­ristes vers le Chao Ph­raya, nous vou­lons ra­con­ter aux Thaï­lan­dais une his­toire qui ne leur a ja­mais été dite ». Se­lon lui, si ses eaux sont quo­ti­dien­ne­ment em­prun­tées par des mil­liers de pas­sa­gers qui pro­fitent de la brise presque fraîche qui y souffle et de la cir­cu­la­tion fluide, il y a

en­core beau­coup à faire pour réussir à en faire un lieu pour « ap­prendre, dé­cou­vrir et pro­fi­ter », la for­mule ma­gique du tou­risme mo­derne, plus connue sous sa forme an­glo-saxonne « Learn, Ex­pe­rience, En­joy ». Ro­bin­son rêve tout haut de pro­jets comme ce­lui de la High Line à New York, où la trans­for­ma­tion d’une voie fer­rée aé­rienne désaf­fec­tée en pro­me­nade ar­bo­rée at­tire chaque an­née en­vi­ron cinq mil­lions de vi­si­teurs. Le maître-mot n’est plus la ré­ha­bi­li­ta­tion, mais la ré­af­fec­ta­tion : uti­li­ser des in­fra­struc­tures an­ciennes et les dé­dier à une nou­velle uti­li­sa­tion, orien­tée vers le « tou­risme in­tel­li­gent ». Dans un pays où les bâ­ti­ments an­ciens ont long­temps été voués à la des­truc­tion, par su­per­sti­tion ou parce qu’il est en gé­né­ral moins cher de dé­truire que de ré­no­ver, ces ob­jec­tifs peuvent sem­bler trop am­bi­tieux, voire ir­réa­listes. Quelques pro­jets pré­cur­seurs, tels la ré­af­fec­ta­tion de la Poste cen­trale, semblent ce­pen­dant s’ins­crire dans cette ten­dance. Construit dans les an­nées 1930, cet im­po­sant bâ­ti­ment si­tué sur l’ave­nue Cha­roen Krung est une syn­thèse réus­sie des styles fonc­tion­na­liste et néo-clas­sique. Conçu par l’ar­chi­tecte thaï­lan­dais Jit Sen Aphai­wong, les ga­ru­das qui ornent sa fa­çade l’ins­crivent dans le pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral du pays. Ré­cem­ment ré­no­vé, le « Grand Pos­tal Buil­ding », qui hé­ber­geait ja­dis la di­rec­tion des ser­vices de poste et té­lé­gra­phie du royaume, offre dé­sor­mais un es­pace im­por­tant pour ban­quets, réunions, sa­lons et autres évé­ne­ments. Mais il va sur­tout abri­ter à par­tir de fin 2016 le Thai­land Crea­tive & De­si­gn Cen­ter, éga­le­ment connu sous son acro­nyme TCDC. Si­tué de­puis sa créa­tion en 2004 au der­nier étage du centre com­mer­cial Em­po­rium, le TCDC est ra­pi­de­ment de­ve­nu un lieu ma­jeur pour le de­si­gn thaï­lan­dais, abri­tant no­tam­ment la plus grande li­brai­rie consa­crée à ce do­maine en Asie, et of­frant au pu­blic d’in­té­res­santes ex­po­si­tions tem­po­raires. Pie­ter Com­per­nol en est convain­cu, l’ar­ri­vée du TCDC au bord du fleuve à la fin de l'an­née pro­chaine va per­mettre d’ac­cé­lé­rer la re­dy­na­mi­sa­tion du quar­tier. De­puis son ins­tal­la­tion à Bang­kok il y a dix ans, ce Belge qui fa­brique ar­ti­sa­na­le­ment – sous le nom P. Ten­der­cool – des tables dont les pla­teaux sont en bois rares, ex­plique avoir dé­jà vu chan­ger la vie des rues au­tour de son ate­lier, no­tam­ment avec l’ar­ri­vée de res­tau­rants, de bars ou de ga­le­ries. Par­ti­ci­pant à l’ini­tia­tive Bang­kok Ri­ver Dis­trict, le de­si­gner ai­me­rait voir ce quar­tier du nord de Cha­roen Krung de­ve­nir « un lieu d’art et de créa­ti­vi­té » où de jeunes de­si­gners pour­raient s’ins­tal­ler. Le TCDC ap­por­te­ra se­lon lui une di­men­sion sup­plé­men­taire à ce projet nom­mé « Bang­kok Art Dis­trict », et per­met­tra aux jeunes créa­teurs «

», ce qui, pour Pie­ter Com­per­nol, reste sou­vent le point faible de la créa­tion lo­cale, trop au­to­cen­trée. À quelques di­zaines de mètres de la ga­le­rie P. Ten­der­cool, le Spee­dy Grand­ma oc­cupe trois com­par­ti­ments chi­nois conti­gus. C'est un lieu de créa­tion ar­tis­tique ou­vert en 2012 par Tho­mas Mé­nard, un Fran­çais de

Yong­ta­nit Pi­mon­sa­thean, pro­fes­seur à la fa­cul­té d’ar­chi­tec­ture de l’uni­ver­si­té Tham­ma­sat, spé­cia­liste de la conser­va­tion du pa­tri­moine ar­chi­tec­tu­ral et de la pla­ni­fi­ca­tion urbaine.

Sur la rue Phad­sai, au sud de Yao­wa­rat, le ca­fé La Sae, ou­vert en 1928, est pro­ba­ble­ment le plus an­cien ca­fé de Sam­pheng. Les ha­bi­tués viennent y dé­gus­ter une tasse de ca­fé noir tou­jours al­lon­gé de lait concen­tré. Sur le mur, une photo du roi en­la­çant sa

Au fond de la plu­part des ate­liers du quar­tier de Siang Gong, ca­ché der­rière des mon­tagnes de pièces dé­ta­chées, l’au­tel des an­cêtres. Le ba­teau sus­pen­du rap­pelle que les an­cêtres des mé­ca­ni­ciens du quar­tier étaient sou­vent des Hok­kiens, peuple de ma­rins.

Photo page de droite : Les ruelles de Chi­na­town sont par­cou­rues par de nom­breuses ves­pas ita­liennes d’époque, que les com­mer­çants ap­pré­cient no­tam­ment pour leur ro­bus­tesse à toute épreuve. (A.P.)

Duang­ta­wan Po­saya­jin­da, 70 ans, in­carne la sep­tième gé­né­ra­tion de l’une des plus an­ciennes fa­milles hok­kiennes de Ta­lat Noï. A Chi­na­town, tout le monde la connaît. (B-E. P.)

Les res­tau­rants chi­nois de Chi­na­town n’hé­sitent pas à pro­po­ser les mets tra­di­tion­nels les plus ré­pu­tés, tels les ai­le­rons de re­quins, en prin­cipe interdits à la consom­ma­tion en Thaï­lande, ou les nids d’hi­ron­delles. Le Nam Sing, sur le soï Texas, est l’un

En dé­but de soi­rée, les char­rettes des res­tau­rants am­bu­lants en­va­hissent la rue Song­sa­wat, alors que la cha­leur tombe enfin. (B-E. P.)

Les ar­ti­sans du quar­tier de Siang Gong, au coeur de Ta­lat Noï, ont dé­ve­lop­pé un sa­voir­faire en mé­ca­nique qui a fa­ci­li­té le dé­col­lage éco­no­mique de la Thaï­lande après-guerre. (B-E. P.)

Newspapers in French

Newspapers from Thailand

© PressReader. All rights reserved.