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Gavroche Thaïlande - - Sommaire -

our com­men­cer le voyage, mon­tez dans le BTS, le train des cieux comme on l’ap­pelle ici. Des­cen­dez à la sta­tion Sa­phan Tak­sin, près du pont éri­gé en l’hon­neur du roi du même nom, et di­ri­gez-vous vers la je­tée de Sa­thorn. De­man­dez à l’un des ba­te­liers de vous em­me­ner de l’autre cô­té du fleuve : n’hé­si­tez pas, grim­pez sur son ba­teau longue-queue pour tra­ver­ser avec lui le Mé­nam, la mère des eaux, et vous perdre dans les ca­naux de Thon­bu­ri, entre va­rans et pois­son­schats. Faites-vous dé­po­ser à Ka­dee­jeen, ce quar­tier cos­mo­po­lite où s’ins­tal­lèrent les pre­miers mar­chands étran­gers, bien avant la nais­sance de Bang­kok. En­trez dans l’église ca­tho­lique de San­ta Cruz, puis al­lez sen­tir les par­fums du sanc­tuaire chi­nois de Tien An Kong et vi­si­ter la ma­gni­fique mos­quée de Sai­fee Mas­jid, avant de dé­gus­ter un ka­nom fa­rang, l’un de ces gâ­teaux dont seules quelques fa­milles si­no­por­tu­gaises ont la re­cette. Quit­tez en­suite les ruelles fraîches et l’ombre des fran­gi­pa­niers pour vous di­ri­ger vers le pe­tit pon­ton de Din Daeng. En face de vous, de l’autre cô­té du Chao Ph­raya, c’est Sam­pheng, le quar­tier chi­nois. Vous le connais­sez mieux sous son nom oc­ci­den­tal : Chi­na­town. Le ca­pi­taine de la pe­tite barge qui s’ap­proche l’ap­pel­le­ra pro­ba­ble­ment Yao­wa­rat. Pour 3 bahts, il vous fait tra­ver­ser les eaux. Vous voi­là bien­tôt sur la je­tée de Rat­cha­wong. C'est là que la plu­part des mi­grants chi­nois ac­cos­tèrent en ar­ri­vant au Siam. Vous êtes prêt pour un voyage dans ce quar­tier de Chi­na­town qui concentre une bonne par­tie de l’his­toire des Chi­nois en Thaï­lande. Vous croi­se­rez un roi si­no-thaï, em­prun­te­rez un pont vé­ni­tien, ap­pren­drez com­ment les aris­to­crates fé­lons étaient pu­nis au XIXe siècle. Vous sla­lo­me­rez entre des mon­tagnes de mo­teurs, lè­ve­rez vos yeux vers le bal­con d’où par­tit la ré­vo­lu­tion chi­noise, en­tre­rez dans des sanc­tuaires aux par­fums en­tê­tants… Ou­vrez vos yeux et vos oreilles, le voyage com­mence !

La plus an­cienne trace de la pré­sence chi­noise à Bang­kok est une ins­crip­tion por­tée sur une plaque. Ac­cro­chée sur la fa­çade du Leng Buai La, l’un des sanc­tuaires les plus im­por­tants de Chi­na­town, au coeur du

Le com­merce ma­ri­time entre l’Em­pire du Mi­lieu et le « Na­nyang », comme les Chi­nois ap­pellent l’Asie du Sud-Est, com­mence dès le Xe siècle. Des co­lo­nies de peu­ple­ment chi­noises sont dé­jà éta­blies, en par­ti­cu­lier sur les côtes du Golfe de Thaï­lande, quand les pre­mières tri­bus thaïes, ori­gi­naires des ré­gions de Chine mé­ri­dio­nale, s’ins­tallent au XIIIe siècle dans le bas­sin du Chao Ph­raya. Au cours des siècles sui­vants, des mar­chands chi­nois, ma­jo­ri­tai­re­ment hok­kiens, ve­nant du sud de la province du Fu­jian, s’éta­blissent à Ayut­thaya ain­si que dans d’autres ports du Golfe de Siam. La Chine est alors le pre­mier par­te­naire com­mer­cial du Siam. En 1768, après qu’Ayut­thaya a été mise à sac par les ar­mées bir­manes, le chef d’ar­mée Tak­sin est cou­ron­né roi et éta­blit la nou­velle ca­pi­tale à Thon­bu­ri. Il se­ra ren­ver­sé en 1782, après avoir réuni­fié le royaume.

Sam­pheng, pre­mier quar­tier chi­nois

Le suc­ces­seur de Tak­sin, Ra­ma I, fon­da­teur de la dy­nas­tie ac­tuelle des Cha­kri, est cou­ron­né le 6 avril 1782. Dès son ar­ri­vée au pou­voir, il dé­place le siège du gou­ver­ne­ment de Thon­bu­ri à Bang­kok, sur la rive gauche du Chao Ph­raya, afin de le rendre moins ac­ces­sible à d’éven­tuelles in­va­sions bir­manes. Le lieu choi­si pour construire le nou­veau pa­lais royal, Rat­ta­na­ko­sin, est alors oc­cu­pé par des Chi­nois teo­chiu. Ceux-ci sont in­vi­tés à dé­mé­na­ger leur co­lo­nie un peu plus au sud sur la même rive, entre le Wat Sam­ploem – qui de­vien­dra plus tard le Wat Cha­kra­wat – et le Wat Sam­pheng, ap­pe­lé au­jourd’hui le Wat Pa­thum Khong­kh­la. Lors de l’ins­tal­la­tion des Chi­nois en 1782, le Wat Sam­pheng, qui marque la li­mite sud du quar­tier qui porte son nom, est aban­don­né une ving­taine d’an­nées suite aux in­va­sions bir­manes. Construit à l’époque d’Ayut­thaya, ce temple royal est alors re­cons­truit par un jeune frère de Ra­ma I. Le Wat Sam­pheng joue un rôle par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant pour les rites fu­né­raires royaux, puisque les cendres sont tra­di­tion­nel­le­ment dis­per­sées dans le Chao Ph­raya sous ses murs. Dans les champs qui l’en­tourent sont éga­le­ment en­ter­rées les car­casses des élé­phants blancs royaux. Au XIXe siècle, le temple est éga­le­ment un lieu d’exé­cu­tions. Les aris­to­crates condam­nés à la peine ca­pi­tale sont en ef­fet bat­tus à mort avec un bâ­ton de bois de san­tal, leur corps re­cou­vert d’un sac de ve­lours pour em­pê­cher le sang royal de ta­cher le sol. Plu­sieurs exé­cu­tions ont lieu au Wat Sam­pheng, dont celle du

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