Pe­riod. Flou­ri­shing

Gavroche Thaïlande - - Societe -

Dans tous les cas, le nombre d’étu­diants et de per­sonnes sen­si­bi­li­sés à l’art n’a fait qu’aug­men­ter an­née après an­née. Dès les an­nées 60, la Thaï­lande a ain­si pu voir une mul­ti­pli­ca­tion des ga­le­ries et d’ate­liers. Dans les an­nées 70, s’est consti­tuée peu à peu une com­mu­nau­té avec ses ar­tistes, ses re­ven­di­ca­tions et ses la­bels, comme le fa­meux Art of Life. Si la vie ar­tis­tique connaît des pé­riodes et des cou­rants plus ou moins éphé­mères, l’uni­ver­si­té Sil­pa­korn de­meure tou­jours l’ins­ti­ga­trice de ta­lents en de­ve­nir et de pro­duc­tions très hé­té­ro­clites.

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là, on le de­vine pas­sant d’étu­diant en étu­diant. Dans une autre classe, au même mo­ment, d’autres élèves s’es­sayent à cro­quer un mo­dèle vi­vant. Une étu­diante prend la pause. De­bout, ap­puyé sur une table, fu­sain à la­main, gomme po­sée d’un cô­té, por­table de l’autre, cha­cun est concen­tré sur son es­quisse. Peu à peu les traits du mo­dèle prennent forme sur le pa­pier. Plus ou moins réus­sis, plus ou moins cor­ri­gés par le pro­fes­seur. Sur une autre table, po­sée au­mi­lieu d’autres es­sais, une nou­velle ébauche : on re­con­naît un vi­sage cé­lèbre qui a été peint lors de la séance pré­cé­dente, Sil­pa Bhi­ras­ri. Il est le mo­dèle par ex­cel­lence. Lui-même a fait son au­to­por­trait et tous les étu­diants s’éprouvent face à cette icône in­con­tour­nable. On peut s’es­sayer, on peut lou­per le por­trait, ce n’est pas grave, bien au con- traire, il fait par­tie d’une épreuve, d’un test pé­da­go­gique où cha­cun s’ex­pose. Pour ap­prendre. Un peu plus loin, au mi­lieu de scies cir­cu­laires, per­ceuses et autres at­ti­rails, deux étu­diants tra­vaillent sur un as­sem­blage de pièces de bois chi­nées à droite et à gauche pour créer une oeuvre dont on ignore en­core tout. Le temps où seuls des ma­té­riaux nobles étaient uti­li­sés est­main­te­nant ré­vo­lu. La pro­duc­tion contem­po­raine se joue de ces clas­se­ments entre bonne et mau­vaise ma­tière. Tout est bon pour la créa­tion ar­tis­tique. On cloue, on scie, on sculpte, on peint, la fa­cul­té joue sur tous les ta­bleaux. Une op­tion a même été créée au­tour du Fa­shiong De­si­gn dans le dé­par­te­ment d’arts dé­co­ra­tifs. On crée ici des vê­te­ments, des ac­ces­soires. L’uni­ver­si­té fait le grand écart entre les exi­gences et les dé­bou­chés pro­fes­sion­nels, et la créa­tion d’art pour l’art. L’uni­ver­si­té Sil­pa­korn se di­ver­si­fie et ce­la de­puis plu­sieurs an­nées. Les an­ciens lo­caux ne sont plus as­sez grands et ne sont plus aux normes. Alors des tra­vaux ont été en­ga­gés pour re­don­ner de la su­perbe et un écrin à ce gé­né­ra­teur de ta­lents. Pen­dant cette pé­riode, c’est l’autre cam­pus de Sil­pa­korn, ce­lui de Na­khon Pa­thom, qui re­çoit la co­horte des ap­pren­tis ar­tistes. Les autres étu­diants prennent leur mal en pa­tience sur deux autres sites, ce­lui de Ta­lin Chan et ce­lui du Centre de Sans­krit. Mais­mal­gré les tra­vaux et la dis­per­sion tem­po­raire des élèves, le coeur même de l’uni­ver­si­té de­meure à Sa­nam Luang, près du Grand Pa­lais. Le 15 sep­tembre der­nier on y fê­tait en­core la nais­sance de son créa­teur. Sil­pa Bhi­ras­ri ar­rive, même 54 ans après sa mort, à réunir au­tour de lui toute une com­mu­nau­té. Bou­gies al­lu­mées, dis­po­sées en coeur, un amon­cel­le­ment de bou­quets et de cou­ronnes de fleurs en­tou­raient la sta­tue du maître. Re­pre­nant une pra­tique que l’on peut voir lors de cé­ré­mo­nies boud­dhistes, une fi­celle re­liait les arbres et les mains de la sta­tue, sym­bole ex­pli­cite d’un lien et d’une trans­mis­sion qui se per­pé­tuent de gé­né­ra- tion en gé­né­ra­tion. En efffff­fet, le pu­blic était com­po­sé au­tant de nou­veaux que d’an­ciens étu­diants, tous dis­cu­tant, écou­tant un groupe de­mu­sique tout en bu­vant quelques bières dans un es­pace qui les pros­crit. L’art a tou­jours quelque chose de pro­vo­ca­teur et de li­ber­taire. Mais pour­tant, on ne peut s’em­pê­cher de pen­ser que si Sil­pa Bhi­ras­ri a don­né les pre­mières le­çons sur l’art­mo­derne, cer­tains dé­bats de la mo­der­ni­té sont pour­tant ab­sents ou peu fé­conds. Alors que le nombre d’étu­diantes ne cesse de pro­gres­ser, on s’in­ter­roge aus­si sur la place de la femme dans un monde ar­tis­tique thaï­lan­dais ou­tra­geu­se­ment mas­cu­lin. Après tout, l’art contem­po­rain ne se doit-il pas d’être une cri­tique ou­verte qui oblige à prendre les voies de l’ir­ré­vé­rence ? C’est peut-être aus­si ça l’art contem­po­rain thaï­lan­dais, la pro­duc­tion ar­tis­tique dans le consen­sus. G

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