LE PRO­BLÈME N’EST PAS LÀ…

Au­jourd’hui que la tem­pête s’est cal­mée, que la chasse aux sor­cières, de part et d’autre, s’est a énuée, on peut en par­ler avec da­van­tage de sé­ré­ni­té.

La Presse Business (Tunisia) - - A BATONS ROMPUS - Par Sa­mi AKRIMI n

Etout cas, la ques­tion mé­ri­tait d’être po­sée et le pro­blème sou­le­vé. Le pé­trole est sy­no­nyme de ri­chesse, d’opu­lence et de bien-être. Il est éga­le­ment sym­bole de pou­voir et de puis­sance. Or, tout le monde n’en dis­pose et n’en jouit pas. Les pays comme les hommes et ce­la en­gendre une dis­pa­ri­té na­tu­relle que d’au­cuns jugent in­juste. La faute au Bon Dieu ou alors aux hommes ? Si nous lais­sons la ré­ponse à la pre­mière in­ter­ro­ga­tion aux théo­lo­giens (on ne sait ja­mais par les temps qui courent !), nous nous ré­ser­ve­rons en re­vanche le droit de don­ner notre avis et même de ju­ger nos sem­blables sur la se­conde. D’abord, quelle que soit la per­sonne ou la par­tie qui a mis le pro­blème sur la table, qu’elles soient de bonne ou de mau­vaise foi, force est de consta­ter que les pou­voirs en place en Tu­ni­sie, ont tou­jours en­tre­te­nu le mystère sur ce su­jet. Qu’im­porte. Que nous dis­po­sions de peu ou de beau­coup de pé­trole, le pro­blème n’est pas là. Le pro­blème, le vrai, c’est qui pro­fite vrai­ment de cette ri­chesse, par­mi d’autres dont la Tu­ni­sie dis­pose? Une Tu­ni­sie, au dé­part sous-dé­ve­lop­pée puis vouée aux ca­lendes grecques du dé­ve­lop­pe­ment mal­gré tous les dis­cours dé­ma­go­giques de­puis l’in­dé­pen­dance. Mais ai­dons-nous plu­tôt par les chiffres et les sta­tis­tiques, et com­men­çons par nous po­ser une pre­mière ques­tion. A dé­faut d’être riche, la Tu­ni­sie est-elle un pays pauvre ? A ceux qui nous saoulent de cette théo­rie de­puis des dé­cen­nies, nous pou­vons, enfin, ré­pondre en toute li­ber­té non ! Pour des rai­sons ob­jec­tives et par­fai­te­ment chif­frables. Nous en ci­tons celles es­sen­tielles. 4 mil­lions au len­de­main de l’in­dé­pen­dance, pas en­core 12 mil­lions soixante ans plus tard. Plan­ning fa­mi­lial et al­pha­bé­ti­sa­tion sont pas­sés par là (mer­ci Bour­gui­ba, mais pas pour tout !). Notre po­pu­la­tion n’a de ce fait aug­men­té que de 8 mil­lions d’âmes en 60 ans. Ce­la de­vait, doit et de­vrait, en prin­cipe, per­mettre aux res­pon­sables po­li­tiques et éco­no­miques d’avoir tout le loi­sir de pré­voir et de pla­ni­fier sans que leurs pro­grammes ne tombent à l’eau, ce qui n’est pas le cas de plu­sieurs pays au­tre­ment plus riches que nous où la dé­mo­gra­phie ga­lo­pante interdit ce genre d’exer­cice de pré­ci­sion. Par­tant de ce fait, un pays qui a un peu de pé­trole, du phos­phate, une agri­cul­ture po­ten­tiel­le­ment per­for­mante (ne ja­mais ou­blier que Car­thage a été le gre­nier de Rome!), du tou­risme, une in­dus­trie hon­nête et un sec­teur ter­tiaire aux réelles po­ten­tia­li­tés, ce pays ne peut en au­cun cas être sous-dé­ve­lop­pé et en­core moins en éter­nelle voie de dé­ve­lop­pe­ment! En d’autres termes, il y en a et il de­vrait y en avoir pour tout le monde! La réa­li­té, c’est que les in­jus­tices de tous genres, les dis­pa­ri­tés entre hommes et ré­gions dans ce pays et d’autres maux la­tents de la Tu­ni­sie ont fait que les in­éga­li­tés sont al­lées en aug­men­tant et ont fait que ce pays bé­ni par Dieu soit mau­dit par la faute de ses hommes. «Wi­nou il pé­trole?» est donc de ce fait, par-de­là la ré­cu­pé­ra­tion des uns et des autres un hur­le­ment de ras-le-bol et de déses­poir des Tu­ni­siens qui ne pro­fite pas et qu’on ne fait pas pro­fi­ter conve­na­ble­ment de ses propres ri­chesses. Et plus on s’en­fonce dans le pays pro­fond, plus on se rend compte de l’in­sou­te­nable dis­pa­ri­té entre hommes et ré­gions cen­sés ap­par­te­nir à un seul et unique pays. A qui la faute? A nos po­li­tiques, de l’in­dé­pen­dance jus­qu’a au­jourd’hui. Phénomènes aux­quels sont venes se gref­fer dic­ta­ture et cor­rup­tion. Al­lez de­man­der après pour­quoi les Tu­ni­siens se sont ré­vol­tés de tout temps contre Bour­gui­ba, Ben Ali et même bien avant (Ben Ghed­ha­bom, Mo­ha­med Ali, Ha­ched et bien d’autres en­core) et pour­quoi ils ne com­prennent pas que les di­ri­geants post-ré­vo­lu­tion conti­nuent à leur de­man­der plus de sa­cri­fices sans leur dire la vé­ri­té: la Tu­ni­sie n’est pas un pays pauvre mais un pays où les ri­chesses sont scan­da­leu­se­ment par­ta­gées. Et si nous in­sis­tons sur ce­la, c’est que nous sommes au­jourd’hui même au coeur de la ba­taille où l’en­jeu est de de­man­der et d’ob­te­nir des comptes de ceux qui ont créé et pro­fi­té du sys­tème. Sans ins­tal­ler des guillo­tines mais en ren­dant leurs droits à un pays et à tout un peuple et, sur­tout, en as­sé­nant un coup fa­tal à ce sys­tème qui conti­nue en­core à cou­ler des jours heu­reux.

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