ON NA­VIGUE À VUE

Le tex­tile-ha­bille­ment tu­ni­sien est «fa­ti­gué», car son ap­pa­reil pro­duc­tif est sé­rieu­se­ment grip­pé. Reste que le sec­teur est en me­sure de re­bon­dir et de se re­lan­cer. Il suf­fit d’abord d’y croire, et sur­tout d’iden­ti­fier les moyens de pi­lo­tage ap­pro­priés. C

La Presse Business (Tunisia) - - BUSINESS ANALYSE - Par Anis SOUADI

Le sec­teur du tex­tile-ha­bille­ment tu­ni­sien est en pleine crise. Il risque même de se re­trou­ver, d’ici peu, to­ta­le­ment en panne, faute d’une vo­lon­té de relance réelle. Né­jib Ka­ra­fi, se­cré­taire gé­né­ral de l’As­so­cia­tion Tex­tile-Ha­bille­ment et Club, Athac, et an­cien di­rec­teur gé­né­ral du Cet­tex, re­con­naît que «cette si­tua­tion n’est pas ré­cente, elle re­monte plu­tôt au dé­but des an­nées 2000, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à 2006, avec le dé­man­tè­le­ment to­tal des Ac­cords mul­ti­fibres et l’en­trée des concur­rents étran­gers». Il est vrai en ef­fet que l’éli­mi­na­tion des quo­tas qui pri­vi­lé­gient lar­ge­ment notre sec­teur sur le marché in­ter­na­tio­nal, no­tam­ment eu­ro­péen, a pé­na­li­sé sé­rieu­se­ment les ex­por­ta­tions tu­ni­siennes, sur­tout que notre in­dus­trie, faute d’in­té­gra­tion ver­ti­cale, re­pose es­sen­tiel­le­ment sur la sous-trai­tance. A par­tir de 2008-2009, es­time en­core M.Ka­ra­fi, «cette si­tua­tion s’est ac­cen­tuée sen­si­ble­ment avec la crise en Eu­rope, ce qui a af­fec­té sé­rieu­se­ment nos prin­ci­paux clients eu­ro­péens, no­tam­ment la France et l’Italie, qui ac­ca­parent à eux seuls plus de 60% de nos ex­por­ta­tions». En 2001, et avec la ré­vo­lu­tion tu­ni­sienne, «la crise a at­teint des ni­veaux in­édits, pour de­ve­nir ain­si to­ta­le­ment dra­ma­tique». Jus­te­ment, sou­tient l’ex­pert, «les re­ven­di­ca­tions sa­la­riales, les pres­sions so­ciales, l’aug­men­ta­tion spec­ta­cu­laire du coût de tous les fac­teurs de pro­duc­tions, l’in­sta­bi­li­té so­cio-po­li­tique et le manque de cer­ti­tude ont fi­ni par grip­per to­ta­le­ment l’ap­pa- reil pro­duc­tif du sec­teur tex­tile-ha­bille­ment». Cette ré­vo­lu­tion a fait que «le sec­teur est de­ve­nu, du jour au len­de­main, sans stra­té­gie, sans vi­sion et sans au­cun moyen de pi­lo­tage, alors qu’il a tou­jours dis­po­sé de plans d’ac­tions pré­cis, d’ob­jec­tifs clairs et sur­tout de moyens de concré­ti­sa­tion fiables et ef­fi­caces». Au­jourd’hui, «ce sec­teur, au­tre­fois stra­té­gique, est de­ve­nu tout sim­ple­ment un avion sans pi­lote».

In­dif­fé­rence dé­so­lante

Ce qui fai­sait réel­le­ment la force de ce do­maine d’ac­ti­vi­té, «c’est que les struc­tures et tous les mé­ca­nismes d’ap­pui étaient au­tre­fois très proches du cercle pro­duc­tif, alors que l’ad­mi­nis­tra­tions et les opé­ra­teurs étaient to­ta­le­ment com­plé­men­taires. Ce n’est mal­heu­reu­se­ment plus le cas. Il n’y a plus cette af­fi­ni­té, les rap­ports sont de­ve­nus plu­tôt hos­tiles», re­grette Né­jib Ka­ra­fi. Et ce n’est pas tout. Le sec­teur a même per­du ses ac­quis : «on n’a plus de po­li­tique de com­mer­cia­li­sa­tion, plus de ma­ni­fes­ta­tions, plus de ren­contres, et plus d’op­por­tu­ni­tés de ré­flexion, alors qu’ils sont des re­pères in­con­tour­nables». Sans par­ler de la mar­gi­na­li­sa­tion de la for­ma­tion, qui a consti­tué pour long­temps un atout fon­da­men­tal pour le sec­teur. Le se­cré­taire gé­né­ral es­time tou­te­fois que c’est «sur­tout avec la troï­ka que le sec­teur a connu ses mo­ments les plus dif­fi­ciles, car les dé­ci­deurs, no­tam­ment po­li­tiques, à cette pé­riode ont pla­cé le tex­tile-ha­bille­ment comme une ac­ti­vi­té su­bal­terne, de deuxième plan». D’ailleurs, sou­tient-il, pen­dant trois ans, il n’y a eu au­cune réunion ou dé­bat sé­rieux sur le sec­teur, ce qui té­moigne d’une in­dif­fé­rence et d’une né­gli­gence dé­so­lantes». Tou­te­fois, pour l’ex­pert, «la si­tua­tion, bien que dra­ma­tique, n’est pas

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