UN SER­VICE À IN­TEN­SI­FIER AUX POSTES FRON­TA­LIERS

Un constat: con­trai­re­ment aux points d’en­trée com­mu­nau­taires (PEC), en Eu­rope, les postes fron­ta­liers ter­restres, ma­ri­times et aé­riens en Tu­ni­sie se dis­tinguent par la non­vi­si­bi­li­té, voire par l’ab­sence de ser­vices de contrôle vé­té­ri­naire et phy­to­sa­ni­tair

La Presse Business (Tunisia) - - VEILLE - Par BALKIS. K

our­tant, l’en­jeu de la pré­sence de ces chas­seurs de pa­ra­sites tueurs de vé­gé­taux est de taille. Ef­fec­ti­ve­ment, à la fa­veur de la li­bé­ra­li­sa­tion des échanges entre les pays et de la dis­po­ni­bi­li­té de moyens de lo­co­mo­tion, (avion, ba­teau, train, vé­hi­cules tous genres), des bac­té­ries, cham­pi­gnons et in­sectes ra­va­geurs peuvent fa­ci­le­ment mi­grer en Tu­ni­sie, ra­va­ger d’im­por­tants pans de notre agri­cul­ture et pri­ver des mil­liers de nos agri­cul­teurs d’une source de re­ve­nus pé­renne. Ces en­ne­mis po­ten­tiels de notre agri­cul­ture sont tou­jours in­vi­sibles. Ils sont dis­si­mu­lés dans des fruits, dans des bou­tures ou en­kys­tés dans du bois et vé­gé­taux co­mes­tibles.

LE FEU BAC­TÉ­RIEN EST DÉ­JÀ PAS­SÉ PAR LÀ

Pour preuve, en 2011, à dé­faut de contrôle phy­to­sa­ni­taire, le feu bac­té­rien, l’une des plus dan­ge­reuses ma­la­dies des poi­riers, pom­miers, co­gnas­siers, né­fliers , s’est in­tro­duit en Tu­ni­sie à tra­vers le trans­fert illé­gal de plants de­puis l’Al­gé­rie. Se­lon des sta­tis­tiques concor­dantes, le feu bac­té­rien a anéan­ti, en 2013, à Mor­nag et à La Ma­nou­ba 6.000 hec­tares de poi­riers. Cette ma­la­die, qui a fait son ap­pa­ri­tion au XIXe siècle est une bac­té­rie qui se pro­page ra­pi­de­ment et se re­pro­duit dans des condi­tions cli­ma­tiques dif­fi­ciles (des tem­pé­ra­tures va­riant entre 15 et 25 de­grés et un taux d’hu­mi­di­té qui dé­passe les 70%). À la suite de l’in­fec­tion, les fleurs et les feuilles des bou­quets flo­raux flé­trissent et noir­cissent. Dans des condi­tions fa­vo­rables, des branches en­tières peuvent flé­trir, se des­sé­cher en quelques jours et pro­vo­quer la mort du poi­rier. L’ar­ra­chage de­vient im­pé­ra­tifn avec, comme co­rol­laire, un coût éco­no­mique pour l’ar­bo­ri­cul­teur qui doit in­ves­tir de nou­veau pour re­plan­ter sa terre. Ce­la pour dire que la pré­ven­tion est im­pé­ra­tive à tra­vers, entre autres, une pré­sence mas­sive des agents de contrôle phy­to­sa­ni­taire aux postes fron­ta­liers, d’au­tant plus que de sé­rieuses me­naces pèsent, ces jours-ci, sur notre ar­bo­ri­cul­ture frui­tière (oléi­cul­ture, agru­mi­cul­ture, vi­ti­cul­ture) après l’ap­pa­ri­tion, en juillet der­nier, en Italie, de la Xy­lel­la fas­ti­dio­sa. Cette bac­té­rie, trans­por­tée par un in­secte dé­nom­mé Phi­la­neus Spu­ma­rius, peut, par l’ef­fet de son ve­nin in­jec­té dans les arbres, pro­vo­quer leur des­sè­che­ment et, par­tant, leur mort et ar­ra­chage im­mé­diat. Pis, au­cune pa­rade n’a en­core été dé­cou­verte jusque-là contre cette bac­té­rie tueuse qui a dé­jà anéan­ti dans les Pouilles en Italie 300.000 hec­tares d’oli­viers. Pays voi­sin de l’Italie, la Tu­ni­sie, pays oléi­cole, vi­ti­cole et agru­mi­cole de­puis des siècles, est concer­née par la pro­li­fé­ra­tion de cette bac­té­rie. Pour s’en pré­mu­nir, elle a in­té­rêt à dé­clen­cher, même à fonds per­dus, un plan d’ur­gence.

LE RISQUE EST, HÉ­LAS, TRÈS ÉLE­VÉ

Le risque est très éle­vé du fait que cette tueuse peut voya­ger d’un pays à un autre, et sa­chant que la Tu­ni­sie compte une im­por­tante co­lo­nie en Italie et en Corse, la mi­gra­tion de cette bac­té­rie est pos­sible dans le pays. Dans l’im­mé­diat, le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, qui a tou­jours évi­té d’abor­der ce type de pro­blème, ga­gne­rait, à titre pré­ven­tif, à pro­cé­der à des pré­lè­ve­ments, à contrô­ler les pé­pi­nières, à in­ten­si­fier le contrôle phy­to­sa­ni­taire aux postes fron­ta­liers et à sol­li­ci­ter, à cette fin, l’aide de l’Union eu­ro­péenne. Les Eu­ro­péens ont adop­té, le 28 avril 2015, des me­sures sé­vères des­ti­nées à em­pê­cher l’en­trée sur son ter­ri­toire des in­sectes tueurs de vé­gé­taux. L’Union es­time que la ba­taille contre Xyl­le­la ne peut être ef­fi­cace que si elle est col­lec­ti­ve­ment com­bat­tue. L’heure est, dé­sor­mais, à la vi­gi­lance.

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