CONGÉS FA­MI­LIAUX

In­ci­ter les sa­la­riés à prendre des congés fa­mi­liaux est une me­sure pro­gres­siste qui ne fonc­tion­ne­ra que si les p.-d.g. s’y as­treignent, eux aus­si

La Presse Business (Tunisia) - - MANAGEMENT - Par An­drew Hill, FT

La nou­velle po­li­tique fa­mi­liale de Net­flix — congés payés illi­mi­tés aux pa­rents dans la pre­mière an­née sui­vant la nais­sance ou l’adop­tion d’un en­fant — est gé­niale. Mais ce se­rait en­core mieux, si la so­cié­té de vi­déos en ligne pou­vait faire en sorte que son fon­da­teur et p.-d.g., Reed Has­tings, de­vienne père, et passe 12 mois loin du bu­reau. Si per­sonne ne pro­fite d’une nou­velle règle pro­gres­siste, elle est pire qu’in­utile. Dans le cas du congé de ma­ter­ni­té et de pa­ter­ni­té, quelle que soit l’amé­lio­ra­tion de la marque em­ployeur en ma­tière de re­cru­te­ment, Net­flix ne fe­ra pas avan­cer l’éga­li­té des sexes et n’en ti­re­ra au­cun bé­né­fice, tant que les hommes ne se sen­ti­ront pas concer­nés. La ques­tion est de sa­voir com­ment en­cou­ra­ger le per­son­nel à uti­li­ser ses nou­veaux droits. La po­li­tique de va­cances illimitées, comme celle dé­jà mise en oeuvre par Net­flix, donne une le­çon par­tielle sur des consé­quences in­at­ten­dues. La né­ces­si­té de conser­ver suf­fi­sam­ment de per­son­nel dis­po­nible pour le tra­vail vi­tal li­mite na­tu­rel­le­ment la pos­si­bi­li­té pour cha­cun de prendre des va­cances. Mais sans ligne di­rec­trice, cette me­sure peut aus­si lier plus fer­me­ment les em­ployés à leur bu­reau. Sir Richard Bran­son fut raillé pour les congés illi­mi­tés chez Vir­gin, pos­sibles à condi­tion que l’équipe soit “à 100 % pour et 100 % à l’aise et à jour sur chaque projet”. Cer­taines en­tre­prises ayant mis en place une po­li­tique de congés illi­mi­tés ont dû of­frir des avan­tages fi­nan­ciers pour in­ci­ter les em­ployés à prendre des va­cances. La start-up bri­tan­nique Trig­ger­trap a, par exemple, dû of­frir un bo­nus de 300 livres à son per­son­nel pour qu’il prenne au moins 10 jours tous les 6 mois; sans sur­prise, tout le monde prend dé­sor­mais ces congés. Le congé fa­mi­lial dif­fère d’une ma­nière as­sez im­por­tante se­lon les cas : une per- sonne au moins n’a pas la pos­si­bi­li­té de res­ter en per­ma­nence de­vant son bu­reau (bien que des his­toires de femmes sur leur Bla­ckBer­ry, ou en confé­rence té­lé­pho­nique du­rant leur ac­cou­che­ment, abondent). Mais cer­taines in­ci­ta­tions per­ni­cieuses existent pour en­cou­ra­ger les mères à re­tour­ner au tra­vail le plus ra­pi­de­ment pos­sible. Dans une étude sur l’im­pact du congé ma­ter­ni­té sur la car­rière des femmes qui se­ra pré­sen­tée à la réunion an­nuelle de l’Aca­de­my of Ma­na­ge­ment, les en­quê­teurs ont de­man­dé aux étu­diants d’exa­mi­ner des can­di­da­tures fic­tives à des postes de di­rec­tion. Ils ont tes­té la per­cep­tion des femmes qui prennent à peine un mois de congé par rap­port à celles qui prennent un congé d’un an (la norme au Ca­na­da, pays de l’étude). “Les femmes pre­nant un mois de congé ont été per­çues comme plus masculines, et donc plus dé­vouées, et se sont vues pro­po­ser un sa­laire plus éle­vé” ont conclu les uni­ver­si­taires. Les pa­rents de­vraient être en me­sure de choi­sir com­bien de temps ils prennent pour s’oc­cu­per de leurs nou­veau-nés. C’est une des rai­sons pour les­quelles c’était un tort d’at­ta­quer Ma­ris­sa Mayer pour avoir dit, lors de sa no­mi­na­tion comme p.-d.g. de Ya­hoo en 2012, qu’elle ne pren­drait que quelques se­maines de congé de ma­ter­ni­té du­rant les­quelles elle conti­nue­rait de tra­vailler. Elle au­rait dû être éga­le­ment sou­te­nue si, par exemple, elle avait chan­gé d’avis et dé­ci­dé de pro­lon­ger son congé, quelle que soit la rai­son. Une bonne po­li­tique de congé fa­mi­lial de­vrait per­mettre à tous les pa­rents en congé de res­ter en contact avec le tra­vail s’ils le dé­si­rent, et leur as­su­rer qu’ils pour­ront ré­in­té­grer leur an­cien poste sans pro­blème, sans crainte que ce­la n’entrave leur car­rière. Un plan de type “ve­nez avec bé­bé au tra­vail” pour­rait éga­le­ment fa­ci­li­ter le retour. La par­ti­ci­pa­tion des hommes est cru­ciale, comme pour toute po­li­tique d’éga­li­té des sexes au sein de l’entre-

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