Qu’est-ce qui em­pêche l’émer­gence de cham­pions in­dus­triels na­tio­naux, comme c’est le cas dans les pays concur­rents de la ré­gion que vous connais­sez ?

La Presse Business (Tunisia) - - BUSINESS -

L’émer­gence de cham­pions na­tio­naux est gé­né­ra­le­ment le ré­sul­tat d’une po­li­tique vo­lon­ta­riste d’un Etat qui sou­haite, soit conso­li­der une in­dus­trie na­tio­nale (fu­sion GDF-Suez pour le ren­for­ce­ment de la fi­lière de l’éner­gie ga­zière en France), soit ren­for­cer le po­si­tion­ne­ment des groupes na­tio­naux à l’échelle mon­diale (Nest­lé, Toyo­ta, Daim­ler-Ch­rys­ler, Hyun­dai,etc), ou bien re­struc­tu­rer un sec­teur vi­tal de l’éco­no­mie par le biais de cham­pions na­tio­naux qui joue­raient ain­si le rôle d’agents du chan­ge­ment (At­ti­ja­ri­Wa­fa Bank au Ma­roc). Je pense que trois rai­sons his­to­riques ex­pliquent qu’en Tu­ni­sie cette ap­proche n’ait pas été re­te­nue. Pre­miè­re­ment, c’est le sec­teur pu­blic qui a été de­puis l’In­dé­pen­dance le mo­teur es­sen­tiel de l’éco­no­mie na­tio­nale. Seules donc les en­tre­prises pu­bliques pou­vaient jouer le rôle de « cham­pions na­tio­naux » en jouis­sant sou­vent de pou­voirs qua­si mo­no­po­lis­tiques dans cer­tains sec­teurs clés de l’éco­no­mie na­tio­nale. Deuxiè­me­ment, le sec­teur pri­vé n’a ja­mais pu at­teindre son plein po­ten­tiel et ac­cé­der ain­si à un ni­veau d’éco­no­mie d’échelle qui puisse lui per­mettre de don­ner nais­sance à de vrais lea­ders sec­to­riels. Troi­siè­me­ment, et c’est le point le plus im­por­tant, notre pays a connu pen­dant de longues an­nées un sys­tème de clien­té­lisme di­ri­giste qui a fait beau­coup de tort à notre éco­no­mie en gé­né­ral, et au sec­teur pri­vé en par­ti­cu­lier. Il va de soi qu’un chan­ge­ment ra­di­cal de cet hé­ri­tage dé­lé­tère soit né­ces­saire pour li­bé­rer les éner­gies et don­ner à nos opé­ra­teurs éco­no­miques les moyens de leur réus­site. Il me semble né­ces­saire, à cet égard, de faire table rase

J.A. :

de l’en­semble du dis­po­si­tif ju­ri­dique qui gouverne l’in­ves­tis­se­ment dans notre pays. Ce­la est né­ces­saire, non seule­ment parce que plu­sieurs textes ju­ri­diques ont fait l’ob­jet d’al­té­ra­tions à ou­trance par l’an­cien ré­gime pour ac­com­mo­der des in­té­rêts né­po­tiques, mais aus­si parce que plu­sieurs textes re­montent à plus d’un siècle et ne sont donc plus d’ac­tua­li­té. L’éla­bo­ra­tion en cours du nou­veau code d’in­ves­tis­se­ment est une oc­ca­sion op­por­tune pour dres­ser un nou­veau cadre ju­ri­dique qui ré­ponde aux exi­gences de la nou­velle po­li­tique de l’in­ves­tis­se­ment. Nous at­ten­dons avec im­pa­tience un si­gnal fort du gou­ver­ne­ment qui nous confor­te­rait dans l’idée que l’ère du di­ri­gisme est ré­vo­lue et que seule une réelle co­opé­ra­tion avec l’en­semble des ac­teurs éco­no­miques tra­ce­ra le che­min de la pros­pé­ri­té pour notre pays. Ce n’est qu’alors que nous ver­rons émer­ger des lea­ders éco­no­miques qui consti­tue­raient les vrais fers de lance de notre éco­no­mie.

Quand on parle d’in­ves­tis­se­ment, on parle for­cé­ment de fi­nan­ce­ment, prin­ci­pa­le­ment les banques chez nous. Le dé­bat sur les banques pu­bliques s’est li­mi­té à la re­ca­pi­ta­li­sa­tion. Que faut-il faire, de plus, pour créer un vé­ri­table fer de lance pour l’éco­no­mie ? J.A. :

De­puis l’In­dé­pen­dance, les banques pu­bliques ont joué un rôle es­sen­tiel dans le fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie na­tio­nale. Il faut leur rendre l’hom­mage qu’elles mé­ritent. Tou­te­fois, un en­semble de fac­teurs en­do­gènes et exo­gènes et une sé­rie d’er­reurs ca­tas­tro­phiques, dont elles ont été vic­times, ont pro­vo­qué une dé­té­rio­ra­tion no­table de leur per­for­mance et de la qua­li­té de leurs por­te­feuilles de cré­dits. La si­tua­tion étant ce qu’elle est. Ce que je re­grette le plus, c’est la len­teur avec la­quelle leur si­tua­tion a été re­dres­sée. Une re­ca­pi­ta­li­sa­tion est certes in­dis­pen­sable, mais elle est loin d’être suf­fi­sante. Cinq condi­tions sine qua non me semblent né­ces­saires pour as­su­rer la bonne san­té d’une banque: une bonne gou­ver­nance, une ca­pi­ta­li­sa­tion adé­quate, un sys­tème per­for­mant de ges­tion des risques, une tech­no­lo­gie ef­fi­ciente et des res­sources hu­maines de bonne

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