De­puis votre pas­sage au mi­nis­tère des Fi­nances, le dé­fi­cit bud­gé­taire n’a ces­sé de se creu­ser et l’ende ement de s’en­vo­ler. Est-ce qu’on a em­prun­té une fausse piste, dès le dé­part ?

La Presse Business (Tunisia) - - BUSINESS -

Je pense que cette piste n’a pas été choi­sie sciem­ment par les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé de­puis la ré­vo­lu­tion, mais elle y a été en grande par­tie im­po­sée par l’en­vi­ron­ne­ment so­cio-po­li­ti­co-éco­no­mique que notre pays à en­re­gis­tré du­rant cette pé­riode. Le dé­ra­page est tou­te­fois réel et ne peut être cor­ri­gé que par une ré­duc­tion dras­tique des dé­penses cou­rantes du gou­ver­ne­ment, ce qui semble être im­pra­ti­cable à ce stade; ou bien par une re­prise forte de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique qui élar­gi­rait ain­si son es­pace fis­cal dans le temps. Il me semble qu’à ce stade, seule une ré­ac­ti­va­tion éco­no­mique ro­buste four­ni­rait l’es­poir d’un renversement de ten­dance.

J.A. : A ce e époque, vous avez pré­sen­té «le Plan Jas­min», qui a fait la Une des mé­dias. Est-il tou­jours d’ac­tua­li­té ? J.A. :

Le Plan Jas­min est tou­jours d’ac­tua­li­té, mais il faut l’ajus­ter pour te­nir compte de la nou­velle réa­li­té de la Tu­ni­sie. Je pense sa­voir qu’il a ser­vi comme ré­fé­rence pour l’éla­bo­ra­tion des pro­grammes élec­to­raux de cer­tains par­tis po­li­tiques, et j’es­père qu’il consti­tue­rait une source d’ins­pi­ra­tion dans l’éla­bo­ra­tion du pro­gramme de dé­ve­lop­pe­ment (2016-2020) en cours d’éla­bo­ra­tion par le gou­ver­ne­ment.

Im­plé­men­ter ces mé­ca­nismes, que vous ap­pe­lez « des ré­ac­teurs », né­ces­site la mo­bi­li­sa­tion de fonds co­los­saux. Comment comp­tiez-vous fi­nan­cer ces oeuvres ? J.A. :

Les deux «ré­ac­teurs» dont vous faites al­lu­sion re­pré­sentent deux grands éta­blis­se­ments dont j’avais pro­po­sé la créa­tion dans le cadre du Plan Jas­min pour boos­ter à grande échelle l’in­ves­tis­se­ment na­tio­nal pu­blic et pri­vé: la Caisse des dé­pôts et consi­gna­tions (CDC), qui était ef­fec­ti­ve­ment créée en 2011, et le Fonds gé­né­ra­tion­nel («Ajyal Fund») dont la créa­tion a bel et bien été ap­prou­vée par le Con­seil des mi­nistres de l’époque, mais qui n’a ja­mais vu le jour, suite au re­tard en­re­gis­tré dans l’éla­bo­ra­tion de son dé­cret d’ap­pli­ca­tion. La CDC a pour ob­jec­tifs es­sen­tiels de fi­nan­cer les grands pro­jets d’in­ves­tis­se­ments pu­blics, se­mi­pu­blics et en PPP, de jouer le rôle de pro­mo­teur de fonds d’in­ves­tis­se­ment et d’agir en tant que ré­gu­la­teur de mar­chés. Elle est ac­tuel­le­ment do­tée d’une al­lo­ca­tion bud­gé­taire de 4 mil­liards de di­nars, ce qui lui donne une for­mi­dable force de frappe et je ne doute guère du rôle pri­mor­dial qu’elle se­ra ap­pe­lée à jouer dans le fu­tur. Le Fonds gé­né­ra­tion­nel de­vait avoir pour ob­jec­tif la pro­mo­tion et l’ac­com­pa­gne­ment de l’in­ves­tis­se­ment pri­vé. Il de­vait être do­té ini­tia­le­ment d’une mise ini­tiale de 2,5 mil­liards de di­nars (re­pré­sen­tant le pro­duit de ces­sion d’une part du ca­pi­tal de Tu­ni­sie Té­lé­com qui était lo­gé à la BCT). Il était pré­vu de dou­bler la taille du fonds dans les trois an­nées qui suivent sa créa­tion. Le fonds, qui se­rait dé­te­nu en­tiè­re­ment par l’Etat, de­vait créer tout un en­semble de sous-fonds sec­to­riels et ré­gio­naux à do­mi­nance pri­vée. Il était même pré­vu qu’il puisse mo­bi­li­ser jus­qu’à 20% de ses res­sources pour ac­com­pa­gner des en­tre­prises tu­ni­siennes qui am­bi­tion­naient de se dé­ve­lop­per sur les mar­chés étran­gers (dans le conti­nent afri­cain à titre d’exemple). Le double ef­fet de le­vier et mul­ti­pli­ca­teur d’une telle struc­ture de­vait per­mettre de gé­né­rer une en­ve­loppe d’in­ves­tis­se­ment entre 30 à 40 mil­liards de di­nars dans les dix an­nées qui suivent sa créa­tion. Même si cette struc­ture n’a pas re­te­nu l’in­té­rêt des gou­ver­ne­ments qui nous ont suc­cé­dé, j’ose es­pé­rer qu’il se­ra éri­gé, sous une forme ou une autre, par le gou­ver­ne­ment ac­tuel. Il re­pré­sente, à mon avis, un moyen puis­sant pour re­lan­cer l’in­ves­tis­se­ment pri­vé, seul ga­rant d’une re­prise éco­no­mique forte et de créa­tion d’em­plois. Ne dis­po­sant plus de la do­ta­tion ini­tiale pré­vue pour le fonds, il faut, bien en­ten­du, re­cou­rir à de nou­velles sources de fi­nan­ce­ment telles que la conver­sion d’une par­tie de la dette ex­té­rieure (cer­tains pays ayant dé­jà ex­pri­mé leur pré­dis­po­si­tion à cet égard), la pri­va­ti­sa­tion de cer­taines en­ti­tés pu­bliques non stra­té­giques, ou le re­cours à des fi­nan­ce­ments à très longs termes (20 à 30 ans) au­près de nos par­te­naires bi­la­té­raux et mul­ti­la­té­raux. Le fait même de créer une struc­ture hau­te­ment pro­fes­sion­nelle, do­tée d’une forte gou­ver­nance et ap­puyée par l’état, consti­tue en lui-même un

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