Le PPP, le Code de l’in­ves­tis­se­ment et la ré­forme fis­cale, des pro­jets de loi en­core en sus­pens et en consé­quence tout un mo­dèle éco­no­mique qui peine à prendre forme. Que de­vrait-on faire pour dé­blo­quer la si­tua­tion ?

La Presse Business (Tunisia) - - INTERVEW -

Con­cer­nant les pro­jets de loi prio­ri­taires je pré­co­nise la mise en place d’une pro­cé­dure «Fast Track» au sein de l’ARP. Cette pro­cé­dure doit pré­voir les cri­tères d’éli­gi­bi­li­té des pro­jets et fixer les dé­lais dé­fi­ni­tifs pour l’ob­ten­tion du feu vert de l’ARP. Je consi­dère que les pro­jets de loi qui concernent l’in­ves­tis­se­ment, la ré­forme fis­cale, ou la re­struc­tu­ra­tion des sec­teurs vi­taux de l’éco­no­mie na­tio­nale doivent faire l’ob­jet d’un trai­te­ment «Fast Track» car le pays ne peut plus at­tendre. Afin de fa­ci­li­ter le tra­vail des com­mis­sions spé­cia­li­sées de l’ARP, le gou­ver­ne­ment doit consti­tuer des «équipes Swat» com­po­sées de re­pré­sen­tants du gou­ver­ne­ment et, le cas échéant, d’ex­perts in­dé­pen­dants, qui au­ront pour tâche d’as­su­rer le sui­vi avec les com­mis­sions par­le­men­taires et ré­pondre à leurs in­ter­ro­ga­tions et pré­oc­cu­pa­tions et, éven­tuel­le­ment, in­tro­duire les amen­de­ments né­ces­saires. Une telle ap­proche col­la­bo­ra­tive doit pou­voir mettre l’en­semble des in­ter­ve­nants à l’aise et ac­cé­lé­rer le pro­ces­sus d’ap­pro­ba­tion par les dé­pu­tés du peuple.

J.A. : Alors qu’à l’aube de l’In­dé­pen­dance la Tu­ni­sie af­fi­chait un ni­veau de dé­ve­lop­pe­ment hu­main su­pé­rieur à ce­lui de Sin­ga­poure, ce pays a lar­ge­ment dé­pas­sé la Tu­ni­sie, soixante an­nées plus tard, en termes de per­for­mance éco­no­mique. Comment ex­pli­quez-vous ce­la? J.A. :

C’est un su­jet très vaste qui mé­ri­te­rait un trai­te­ment ap­pro­fon­di. Au risque de sim­pli­fier à ou­trance, il me semble que trois im­pé­ra­tifs sous-ja­cents ex­pliquent la réus­site de ce pays: un lea­der­ship fort, une vi­sion éclai­rée et une cul­ture sa­lu­taire. Lee Kuan Yew, le bâ­tis­seur du Sin­ga­pour mo­derne, était un dic­ta­teur éclai­ré qui por­tait une vi­sion clair­voyante pour son pays. Il avait un rêve qu’il a su par­ta­ger avec son peuple, et il a tra­vaillé avec achar­ne­ment dans le seul ob­jec­tif de ser­vir l’in­té­rêt su­pé­rieur de sa Ci­té-État. Le ré­sul­tat est que Sin­ga­pour, dont la su­per­fi­cie dé­passe à peine celle de l’île de Djer­ba et une po­pu­la­tion de cinq mil­lions d’ha­bi­tants, af­fiche au­jourd’hui un PNB proche de $300 mil­liards com­pa­ré à $50 mil­liards pour la Tu­ni­sie avec une su­per­fi­cie bien plus grande et le double de la po­pu­la­tion. Lee Kuan Yew a mi­sé, de­puis le dé­part, sur la pro­mo­tion de la lo­gis­tique et de l’in­no­va­tion, deux do­maines qui n’ont pas re­çu un in­té­rêt prio­ri­taire dans notre pays. Ima­gi­nez le ni­veau de pros­pé­ri­té que notre pays au­rait at­teint si seule­ment nos lea­ders his­to­riques avaient son­gé de faire de la Tu­ni­sie l’une des plus grandes pla­te­formes lo­gis­tiques à l’échelle glo­bale? Il suf­fi­sait d’exa­mi­ner une carte du monde pour consta­ter que notre pays s’y trouve en plein centre. Est-il trop tard pour se rat­tra­per? Ab­so­lu­ment pas ! Notre pays ga­gne­rait tou­jours à pla­cer l’in­fra­struc­ture lo­gis­tique, sous toutes ses formes, au coeur de sa stra­té­gie. Aus­si, faut-il faire preuve d’au­dace dans la prise de dé­ci­sion, et d’une grande dis­ci­pline de l’exé­cu­tion. A titre d’exemple, ce­la fait plus de dix ans que le pro­jet de construc­tion d’un port en eaux pro­fondes fait l’ob­jet d’études in­ter­mi­nables. Entre-temps, des pays concur­rents ont dé­jà réus­si leur stra­té­gie lo­gis­tique. Il nous faut bou­ger!

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