CROI­SONS LES DOIGTS !

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

L’évé­ne­ment na­tio­nal ma­jeur de la semaine der­nière a été l’at­tri­bu­tion au quartette me­nant le Dia­logue na­tio­nal en Tu­ni­sie, du prix No­bel de la paix. Sur une liste com­pre­nant 273 can­di­da­tures, dont 68 or­ga­ni­sa­tions et 250 per­son­na­li­tés, le co­mi­té No­bel nor­vé­gien sa­lue, ain­si, la qua­li­té du tra­vail dont ce groupe hé­té­ro­clite avait fait montre, pour me­ner à bien le Dia­logue, na­tio­nal ain­si que sa contri­bu­tion dé­ci­sive à la construc­tion d’une dé­mo­cra­tie plu­ra­liste après la ré­vo­lu­tion de 2011. Une dis­tinc­tion pré­cieuse certes, mais en même temps ac­ca­blante, pour un pays qui se dé­bat en­core contre toutes les formes de troubles. Les ré­ac­tions na­tio­nales et in­ter­na­tio­nales, à l’égard de ce prix, res­tent mi­ti­gées. Les plus op­ti­mistes jugent que cette ré­com­pense est tout à fait mé­ri­tée. Car le fait de pou­voir ar­ra­cher aux par­tis po­li­tiques de l’op­po­si­tion et à la Troï­ka, une feuille de route qui ba­lise la voie à une Cons­ti­tu­tion pro­gres­siste, et à des élec­tions trans­pa­rentes et libres, n’a pas été une mince af­faire. Ils es­timent que l’at­ti­tude consen­suelle du quartette a per­mis à la Tu­ni­sie de conte­nir pa­ci­fi­que­ment le conflit entre is­la­mistes et mo­der­nites. Res­tent les pes­si­mistes qui, eux, consi­dèrent qu’un tel prix ne re­flète pas la réa­li­té de l’at­mo­sphère qui règne ac­tuel­le­ment sur le pays. Ils trouvent que le terrorisme n’est pas éra­di­qué, que la route est en­core longue et se­mée d’em­bûches et que la paix est très fra­gile. En de­hors des fron­tières, les scep­tiques croient tou­jours que la Tu­ni­sie se­rait une proie fa­cile à la me­nace is­la­miste, comme en at­testent les deux at­ten­tats meur­triers au mu­sée du Bar­do en mars, et à Sousse, en juin der­nier. Les risques pré­sents sur le ter­ri­toire, no­tam­ment dans le mont Chaâm­bi, les ten­ta­tives d’as­sas­si­nats po­li­tiques avor­tées sont au­tant d’in­ci­dents qui té­moignent de l’in­sé­cu­ri­té am­biante. De ce fait, un prix pour la paix les bou­le­verse et les étonne à la fois. Au fond, c’est lors­qu’ils se mettent à com­pa­rer les quelques can­di­dats en lice de la short-list du co­mi­té No­bel, à l’ins­tar de la chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel qui a ou­vert grandes les portes de son pays aux 800.000 de­man­deurs d’asile en 2015, qu’ils pensent que le No­bel de la paix de­vait être eu­ro­péen et que la chan­ce­lière al­le­mande mé­ri­tait plus que qui­conque cette dis­tinc­tion. Une pen­sée, somme toute, pas très noble pour des pré­ten­dants au titre. Il n’em­pêche, avec cette con­sé­cra­tion, on prouve, en­core une fois, que la Tu­ni­sie n’est pas une pe­tite bou­gie que des vents mau­vais pour­raient éteindre. La Tu­ni­sie c’est une lu­mière qui doit conti­nuer à ir­ra­dier le monde. Certes, on a du mal à croire que pes­si­mistes et op­ti­mistes peuvent bar­bo­ter en har­mo­nie dans un bain de miel, quant à la jus­tesse de ce prix. Mais là, me­su­rons notre op­ti­misme et conten­tons-nous de croi­ser les doigts.

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