CETTE BAR­BA­RIE QUI NOUS COÛTE CHER !

La Presse Business (Tunisia) - - HUMEUR - Par Mo­ha­med Bouamoud

L’in­for­ma­tion est tom­bée, lun­di 19 oc­tobre. La voi­ci telle quelle : «Les mi­nis­tères de la Dé­fense na­tio­nale et de l’In­té­rieur ac­ca­parent 20 % du bud­get de l’Etat de 2016». Source : TAP In­fo. Qui au­rait pen­sé une seule se­conde que cette Tu­ni­sie, de seule­ment 164 mille km car­rés, d’en­vi­ron 11 mil­lions d’ha­bi­tants (même pas), ré­pu­tée être pai­sible et stable ; cette pe­tite Tu­ni­sie créée et faite par le grand Bour­gui­ba ; cette Tu­ni­sie qui rêve, non pas de de­ve­nir la Suède de l’Afrique du Nord, mais d’être – au moins – un pays où il fait si bon vivre, où les tou­ristes (le tou­risme consti­tuant la co­lonne ver­té­brale de son éco­no­mie) vien­draient sans le moindre risque de re­gret­ter leur sé­jour ; que cette Tu­ni­sie, donc, de­vien­drait à ce point peu­reuse pour sa sé­cu­ri­té qu’elle a été en­cline à aug­men­ter sen­si­ble­ment son bud­get sé­cu­ri­taire ? Voi­là où nous en sommes. En de­hors de la Pre­mière et de la Se­conde Guerres mon­diales, il fau­drait rap­pe­ler que la guerre froide (1947 - 1989) a été mar­quée par la course aux ar­me­ments, chaque pays (les grandes puis­sances, en prin­cipe) s’étant sen­ti dans l’obli­ga­tion de pré­voir l’im­pré­vi­sible. Une pré­cau­tion qui a ame­né les ob­ser­va­teurs du monde en­tier à dé­cla­rer que tout « pays qui donne plus d’im­por­tance à son ar­me­ment qu’à son dé­ve­lop­pe­ment, est un pays bel­li­queux ». Évi­dem­ment, de par sa taille, son éco­no­mie, son his­toire et sa cul­ture, la Tu­ni­sie n’a ja­mais pré­ten­du ou ai­mé fi­gu­rer par­mi ces pays bel­li­queux. Les guerres, c’est l’af­faire des grandes na­tions, pas celle de pays comp­tant dix mil­lions d’ha­bi­tants et une éco­no­mie – à peine – émer­gente. Mais qu’au­jourd’hui la Tu­ni­sie se sent obli­gée de sa­cri­fier 20 % de son bud­get à la sé­cu­ri­té de ses ci­toyens, c’est que les choses ont pris une tour­nure alar­mante. Et passe en­core si elle doit se pré­mu­nir contre l’in­va­sion ou l’at­taque d’un pays étran­ger, mais – le comble! – contre ses propres en­fants de­ve­nus pré­ten­du­ment des fous d’Al­lah. Quand on est fou d’Al­lah et qu’on res­pecte sa re­li­gion, qu’on se lave au moins! mais eux, re­tran­chés dans les grottes d’une mon­tagne, passent des mois et des mois sans même se la­ver ni chan­ger de vê­te­ments ; ils sentent la crasse à un km à la ronde ; de quel is­lam ils se ré­clament ? Et quand ils ont faim, ils sortent de leur trou, dé­valent la mon­tagne, ar­rivent dans la ville et ter­ro­risent les ci­toyens pour leur ex­tor­quer de quoi man­ger. Ter­ro­ri­ser n’est rien, mais ils passent par­fois à l’acte : ils kid­nappent et tuent ! C’est donc ce­la qui a im­po­sé à l’Etat l’im­pé­ra­tif de raf­fer­mir au­tant que faire se peut le bud­get sé­cu­ri­taire. Et voi­là. A peine sor­tis de la dic­ta­ture du ré­gime dé­chu, au mo­ment même de vou­loir tour­ner la page et nous orien­ter vers un ave­nir à grandes po­ten­tia­li­tés édu­ca­tive, éco­no­mique, tou­ris­tique et cultu­relle, nous gar­dons… 1% du bud­get de l’Etat pour la cul­ture, contre 20% des­ti­nés aux ar­me­ments et aux équi­pe­ments sé­cu­ri­taires. Et que res­te­ra donc au dé­ve­lop­pe­ment ré­gio­nal ? Et au dé­ve­lop­pe­ment tout court ?... Vingt­deux mi­nis­tères se dé­par­ta­ge­ront 80% du bud­get de l’Etat, contre deux qui en ra­fle­ront 20% ! Du temps de Bour­gui­ba, le bud­get al­loué à l’édu­ca­tion, par exemple, a frô­lé une fois les … 33% ! Au­jourd’hui, 15 ans après le dé­part du grand lea­der, le bud­get de ce même dé­par­te­ment est net­te­ment in­fé­rieur à ce­lui de la sé­cu­ri­té. Au lieu de pro­gres­ser, nous sommes condam­nés à ré­gres­ser. Jus­qu’à quand ? Jus­qu’où ?

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