LA MEILLEURE FA­ÇON DE SE SER­VIR…

La Presse Business (Tunisia) - - FINANCE - Par Mon­cef FELLI l As­su­ré­ment vôtre

In’est pas rare de voir sur nos quo­ti­diens des avis d’ap­pels d’offres d’as­su­rance, men­tion­nant d’une fa­çon ano­dine et quelque part froide « le pré­sent ap­pel d’offres d’as­su­rance concerne ex­clu­si­ve­ment les sièges des com­pa­gnies d’as­su­rances à l’ex­clu­sion des agents et cour­tiers en as­su­rance… ». Ce­la nous per­met de pen­ser qu’il y a bien confu­sion dans l’es­prit du pu­blic, tous agents éco­no­miques confon­dus, con­cer­nant le mode de dis­tri­bu­tion de l’as­su­rance. Es­sayons de le­ver l’équi­voque en pré­ci­sant les rôles de­vant être joués par les uns et les autres. Cu­rieuse est l’in­dus­trie des as­su­rances ! Cu­rieuse à plus d’un titre. A la li­vrai­son de sa mar­chan­dise, l’as­su­reur ne pré­sente qu’un do­cu­ment, un pa­pier, une note de cou­ver­ture ou un contrat. Mieux en­core ! Au mo­ment où il livre sa «mar­chan­dise», l’as­su­reur n’en connaît pas le coût exact. Il ne le connaî­tra qu’à la fin d’un cycle plus ou moins long, va­riant entre une et cinq an­nées, voire plus pour cer­tains risques. Mais ce qui est cer­tain c’est que l’as­su­reur ne «vend pas du vent». Son pro­duit est noble.

L’AS­SU­REUR-FA­BRI­CANT

C’est une ga­ran­tie contre un pé­ril pou­vant me­na­cer des hommes ou des biens. L’as­su­reur fa­brique ses pro­duits et prend des en­ga­ge­ments en ana­ly­sant pro­fon­dé­ment et lon­gue­ment sur plu­sieurs dé­cades les pé­rils contre les­quels il en­tend cou­vrir ses as­su­rés. Des sta­tis­tiques si­gni­fi­ca­tives por­tant sur une pé­riode, la plus longue pos­sible, lui per­mettent de connaître le nombre pro­bable des si­nistres, ain­si que leur coût moyen et de cal­cu­ler le prix de la vente de son pro­duit. L’ar­ticle pre­mier du Code des as­su­rances dé­fi­nit le contrat d’as­su­rance (le pro­duit fa­bri­qué par l’as­su­reur) comme étant « la conven­tion par la­quelle une en­tre­prise d’as­su­rances s’en­gage, en cas de ré­si­lia­tion du risque à four­nir à l’as­su­ré, une pres­ta­tion pé­cu­niaire en contre­par­tie d’une prime ». Dé­fi­ni­tion très simple d’un pro­duit sou­vent très com­pli­qué. Com­pli­qué, non seule­ment par sa forme, mais aus­si par son conte­nu. De ce fait, rares sont les as­su­rés qui peuvent par­ve­nir à bien cer­ner les contours de leurs contrats d’as­su­rance et ce, mal­gré tous les ef­forts dé­ployés par les as­su­reurs pour sim­pli­fier leurs pro­duits. Cette sim­pli­fi­ca­tion au­ra tou­jours des li­mites. Le rôle de l’as­su­reur «pre­neur du risque» c’est de fa­bri­quer des pro­duits à l’ins­tar du la­bo­ra­toire qui fa­brique des mé­di­ca­ments. Mais les mé­di­ca­ments ne sont pas com­mer­cia­li­sés di­rec­te­ment par leurs fa­bri­cants. Ils sont ad­mi­nis­trés par des mé­de­cins qui, au préa­lable,diag­nos­tiquent le mal et choi­sissent les mé­di­ca­ments ap­pro­priés. Les agents et les cour­tiers en as­su­rance jouent, dans leur do­maine, un rôle très sem­blable à ce­lui des mé­de­cins.

A l’ex­cep­tion des mu­tuelles qui sont ré­gies par un ré­gime par­ti­cu­lier et qui couvrent des adhé­rents de­vant nor­ma­le­ment ap­par­te­nir à une cor­po­ra­tion ou une ca­té­go­rie so­cio­pro­fes­sion­nelle dé­ter­mi­née, les en­tre­prises d’as­su­rances com­mer­cia­lisent leurs pro­duits par l’in­ter­mé­diaire, soit d’agents d’as­su­rance, soit de cour­tiers. La dis­tri­bu­tion dite di­recte, c’es­tà-dire par l’in­ter­mé­diaire de l’agence cen­trale du siège n’est, en fait, qu’ex­cep­tion­nelle et ne concerne que la clien­tèle qui n’a pas la chance de bé­né­fi­cier des ser­vices d’un agent ou d’un cour­tier. Il s’agit donc d’ex­cep­tion et non d’une règle. N’im­porte comment, il faut sa­voir que se ser­vir au­près d’une agence cen­trale, d’un cour­tier ou d’un agent coûte exac­te­ment le même prix. Donc, ne nous leur­rons pas. La ques­tion qu’il fau­drait se po­ser au mo­ment où l’on se pro­pose de s’as­su­rer ne de­vrait pas consis­ter à sa­voir s’il faut pas­ser par une agence cen­trale, un agent ou un cour­tier, mais au­près de quel agent ou de quel cour­tier s’as­su­rer ? Ce qui de­vrait dé­ter­mi­ner le choix de l’as­su­ré c’est es­sen­tiel­le­ment le de­gré de pro­fes­sion­na­lisme, les ré­fé­rences, la ré­pu­ta­tion et les per­for­mances de l’agent ou du cour­tier et de leurs as­sis­tants. Aux termes de l’ar­ticle 69 du Code des as­su­rances, «les opé­ra­tions d’as­su­rances peuvent être pré­sen­tées au pu­blic par l’en­tre­mise de cour­tiers ou d’agents d’as­su­rance. Des textes plus ré­cents per­mettent aux gui­chets des banques et de la Poste de vendre cer­tains pro­duits dont no­tam­ment des «as­su­rances-vie». Le cour­tier d’as­su­rance est la per­sonne met­tant en rap­port des pre­neurs d’as­su­rances et des en­tre­prises d’as­su­rances à l’ef­fet d’as­su­rer des risques. Le cour­tier est le man­da­taire de l’as­su­ré et est res­pon­sable en­vers lui. L’agent d’as­su­rance est la per­sonne char­gée, en ver­tu d’un man­dat, de conclure des contrats d’as­su­rances au nom et pour le compte d’une ou de plu­sieurs en­tre­prises d’as­su­rances. Il res­sort de cette dé­fi­ni­tion que le cour­tier est le man­da­taire de l’as­su­ré, alors que l’agent est le man­da­taire de l’as­su­reur. Cette nuance ju­ri­dique, si im­por­tante soit-elle, s’es­tompe en réa­li­té, presque to­ta­le­ment parce qu’agent et cour­tier oeuvrent pour le même but : diag­nos­ti­quer les be­soins en sé­cu­ri­té de l’as­su­ré et les sa­tis­faire par l’émis­sion de contrats d’as­su­rance ap­pro­priés et au meilleur prix, rap­pro­cher l’as­su­reur des as­su­rés, rendre le lan­gage de l’as­su­rance ac­ces­sible au pu­blic, dé­fendre les in­té­rêts de l’as­su­ré en cas de si­nistre, ana­ly­ser et pré­ve­nir les risques, etc. Faut-il rap­pe­ler que sur les mar­chés de l’as­su­rance des pays eu­ro­péens, les cour­tiers créent de l’as­su­rance et par­ti­cipent ac­ti­ve­ment au dé­ve­lop­pe­ment de ce sec­teur. Quant aux agents, ils tiennent une place im­por­tante dans l’en­vi­ron­ne­ment des as­su­rés et leur fa­mille, à l’ins­tar des mé­de­cins, avo­cats, avoués, etc. Ce­la est, bien en­ten­du, de na­ture à amé­lio­rer l’image de marque de l’as­su­reur et à fi­dé­li­ser sa clien­tèle. Le lé­gis­la­teur tu­ni­sien a bien com­pris l’im­por­tance du rôle de l’agent et du cour­tiers, dans le dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur des as­su­rances. Pour cette rai­son, le Code des as­su­rances pré­voit un cer­tain nombre de condi­tions de­vant être rem­plies par les de­man­deurs d’agré­ment d’agent ou de cour­tier d’as­su­rance. Ces condi­tions concernent le ni­veau d’ins­truc­tion, l’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle et l’ho­no­ra­bi­li­té des can­di­dats. Les ser­vices du Co­mi­té gé­né­ral des as­su­rances, ain­si que la com­mis­sion des agré­ments veillent à la stricte ap­pli­ca­tion des condi­tions re­quises par la loi. Sur le ter­rain, pas moins de 944 agents et 80 cour­tiers sont à pied d’oeuvre pour dif­fu­ser la cul­ture de l’as­su­rance et rap­pro­cher l’as­su­reur de l’as­su­ré. Mal­gré le che­min par­cou­ru, il reste en­core beau­coup à faire pour que l’as­su­rance soit vrai­ment au ni­veau du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et so­cial at­teint par notre pays. Ce n’est pas ac­tuel­le­ment le cas.

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