PRO­MESSES VIR­TUELLES

Le mi­nistre des Tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion et de l’Economie nu­mé­rique, Noô­mane Feh­ri, a an­non­cé que les ap­pels d’offres re­la­tifs aux ser­vices de la qua­trième gé­né­ra­tion de té­lé­pho­nie mo­bile, 4G, se­ront lan­cés sous peu.

La Presse Business (Tunisia) - - HIGH TECH - Par La­mine KHA­LIL

Feh­ri, qui a dé­cla­ré que ces ser­vices se­ront dis­po­nibles en Tu­ni­sie à par­tir de l’été 2016, a sou­li­gné que « les ser­vices de la 4G met­tront fin aux pro­blèmes re­le­vés lors de l’uti­li­sa­tion de la 3G, en rai­son de l’en­com­bre­ment ou en­core l’in­ter­rup­tion de la liai­son et la fai­blesse du dé­bit ». Se­rait-ce la fin du cau­che­mar ? On a ten­dance à l’es­pé­rer. En théo­rie, c’est bien vrai. En réa­li­té, on est en­core loin du 4G, pour plu­sieurs rai­sons.

DES LI­CENCES, EN­CORE ET EN­CORE

D’abord un bref rap­pel de l’his­to­rique des té­lé­coms en Tu­ni­sie s’im­pose pour ap­pré­hen­der son évo­lu­tion.

2002, la Tu­ni­sie a oc­troyé sa pre­mière li­cence pour l’ins­tal­la­tion d’un nou­vel opé­ra­teur de té­lé­com­mu­ni­ca­tions. Pour un peu plus de 400 mil­lions de dol­lars, Oras­com Te­le­com a dé­cro­ché le droit de conqué­rir un mar­ché qua­si vierge. A peine 5% de pé­né­tra­tion de la té­lé­pho­nie mo­bile en ce temps-là et une liste d’at­tente de près de 800.000 pré­ten­dants à une carte SIM. Certes, le pac­tole en­gran­gé par l’Etat a dé­pas­sé toutes les at­tentes, mais l’in­ves­tis­seur s’est ba­sé sur une stra­té­gie ga­gnante et réa­liste. On se sou­vient des longues files d’at­tente au lan­ce­ment de Tu­ni­sia­na (ac­tuel Oo­re­doo). A 130 DT la ligne, la de­mande était forte et on n’hé­si­tait pas à ac­qué­rir 2, voire 3 lignes pour soi et pour ses proches. Pour­tant, la cou­ver­ture était bien li­mi­tée à quelques villes au lan­ce­ment. Après 13 ans d’exis­tence, oo­re­doo dé­tient 43,5% de parts de mar­ché mo­bile avec plus de 6 mil­lions d’abon­ne­ments.

2009, Di­vo­na-Orange rem­por­tait la deuxième li­cence pour 257 mil­lions de di­nars dont 70 mil­lions en contre­par­tie de l’ex­clu­si­vi­té d’un an de la 3G. Cette li­cence a été ac­quise sur un mar­ché où la pé­né­tra­tion de la té­lé­pho­nie mo­bile était su­pé­rieure à 90%, soit 8,5 mil­lions d’abon­nés dé­jà.

2012, Oo­re­doo ac­quiert la li­cence 3G et fixe pour 205 mil­lions de di­nars (155 mil­lions de di­nars pour la 3G et 50 mil­lions de di­nars pour le fixe). Une li­cence in­dis­pen­sable à l’évo­lu­tion de l’opé­ra­teur. En ef­fet, ses deux concur­rents dis­po­sant dé­jà de la troi­sième gé­né­ra­tion. Du­rant cette pé­riode dé­ci­sive qui a ra­di­ca­le­ment trans­for­mé le pay­sage des té­lé­com­mu­ni­ca­tions, la té­lé­pho­nie mo­bile a évo­lué au dé­tri­ment de la té­lé­pho­nie fixe. Pen­dant ce temps, l’opé­ra­teur his­to­rique, Tu­ni­sie Té­lé­com, s’ac­ca­pa­rant le mo­no­pole de ce mar­ché stra­té­gique, au­cune concur­rence réelle n’a vu le jour. Le coût des com­mu­ni­ca­tions mo­biles est pour­tant res­té su­pé­rieur à celles du fixe jus­qu’à un pas­sé ré­cent. Mais la qua­li­té du ser­vice et sur­tout les re­de­vances ont en­cou­ra­gé les ré­si­lia­tions. 866.612 lignes fixes contre plus de 14 mil­lions de lignes mo­biles à juillet 2015, le dés­équi­libre est fla­grant. En l’ab­sence du dé­grou­page, les opé­ra­teurs pri­vés ont été pri­vés d’ac­cé­der au ré­seau pu­blic du fixe. Un ré­seau gé­ré par une en­tre­prise, à ma­jo­ri­té pu­blique. Les opé­ra­teurs in­ter­dits ont pour­tant payé : 155 mil­lions de di­nars pour Oo­re­doo et 187 mil­lions de di­nars pour Orange. Un droit d’ac­cès pour co­gé­rer ce bien pu­blic et le dé­ve­lop­per. Tou­te­fois, Tu­ni­sie Té­lé­com s’en dé­fend et af­firme que l’en­tre­prise n’a pas pro­fi­té des li­cences ven­dues pour pré­pa­rer ses équi­pe­ments au dé­grou­page. Ce­la a créé un blo­cage : où sont pas­sés les quelque 342 mil­lions de di­nars ?!

LA 4G SÈME LA DIS­CORDE

Il est vrai que le mi­nistre des Tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion et de l’Economie nu­mé­rique n’est pas res­pon­sable de cet his­to­rique tu­mul­tueux, mais, en af­fir­mant que la qua­trième gé­né­ra­tion rè­gle­ra tous les pro­blèmes, il semble ou­blier qu’il ne peut y avoir de 4G sans un ex­cellent ré­seau fixe évo­lué. En ef­fet, la fibre op­tique est la pla­te­forme in­dis­pen­sable pour la nou­velle gé­né­ra­tion. Il ne peut y avoir de dé­bit dé­pas­sant les 100MB/S sans une in­ter­con­nexion fi­brée entre les an­tennes-re­lais. Le mi­nis­tère des Tech­no­lo­gies de la com­mu­ni­ca­tion et de l’Economie nu­mé­rique lan­ce­rait ces jours-ci l’ap­pel d’offres pour exi­ger des opé­ra­teurs de payer en­core une fois. Fai­sant abs­trac­tion des in­ves­tis­se­ments ef­fec­tués à tra­vers les li­cences dé­jà ac­quises, l’ins­tance de tu­telle pro­met au grand pu­blic une évo­lu­tion tech­no­lo­gique hy­po­thé­quée.

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