EST-CE LA DES­CENTE AUX EN­FERS

Sur le mar­ché fé­roce des smart­phones, Black­Ber­ry est dé­mo­dé et n’est plus de taille à faire face aux co­losses Sam­sung et iP­hone.

La Presse Business (Tunisia) - - MOBILE - Da­niel THO­MAS et Paul TAY­LOR, FT

Il n’y a nulle part où se ca­cher sur le mar­ché bru­tal et ul­tra-concur­ren­tiel des smart­phones. Black­Ber­ry a tou­jours dû ar­ra­cher une à une ses parts de mar­ché, mais der­niè­re­ment, une ten­ta­tive de re­lance déses­pé­rée (nou­veaux mo­dèles, nou­veau sys­tème d’ex­ploi­ta­tion) n’a pro­vo­qué ni l’en­thou­siasme, ni les ventes. Le CEO Thors­ten Heins a plai­dé pour qu’on ac­corde plus de temps au groupe lors de la réu­nion an­nuelle en juillet, mais cette fois-ci, les in­ves­tis­seurs, souffre-dou­leur de­puis long­temps, ont fait la sourde oreille. Le prix de l’ac­tion a plon­gé de presque 38% au cours des der­niers mois. Sa va­leur comp­table n’est plus que de 5,3 mil­liards de dol­lars. Il y a seule­ment trois ans, Black­Ber­ry (qui s’ap­pe­lait alors Re­search In Mo­tion, RIM) va­lait plus de 41 mil­liards de dol­lars US et était le joyau de la tech ca­na­dienne de­puis la faillite de Nor­tel Networks. Des pertes in­at­ten­dues ont mis en re­lief l’échec de sa stra­té­gie de re­lance. Ses parts sur le mar­ché, qui ré­gressent dans un mar­ché par ailleurs en plein boom, place Black­Ber­ry à la traîne même d’un groupe de pe­tits concur­rents tels que No­kia. Thors­ten Heins as­sure que Black­Ber­ry n’en est qu’au dé­but de sa phase de tran­si­tion, mais les ana­lystes l’ont dit et ré­pé­té : le mar­ché pour­rait ne pas lui ac­cor­der le temps d’ache­ver sa re­lance. La ques­tion est : le groupe au­rait-il trop tar­dé ? L’éva­lua­tion de ses ac­tifs et de son por­te­feuille de bre­vets a di­mi­nué cette an­née, et sa base de clients perd ra­pi­de­ment tout in­té­rêt pour la marque. Pour les ana­lystes de Be­ren­berg, Black­Ber­ry pos­sède tout un en­semble d’ac­tifs im­ma­té­riels : il a fait l’ac­qui­si­tion de 4,5 mil­liards de dol­lars US d’ac­tifs in­cor­po­rels au cours des cinq der­nières an­nées, même si cer­tains pensent que ses bre­vets pour­raient ne va­loir que 1,2 mil­liard sur le mar­ché ac­tuel. Be­ren­berg sou­ligne aus­si “des tech­no­lo­gies de com­pres­sion et de sé­cu­ri­té in­té­res­santes”. Black­Ber­ry bé­né­fi­ciait d’une clien­tèle fi­dèle dans le monde en­tier, mais elle semble avoir été as­pi­rée par le vide. Le nombre d’abon­nés a chu­té à 72 mil­lions ce der­nier tri­mestre, quatre mil­lions de moins que le tri­mestre pré­cé­dent et sept mil­lions de moins que le tri­mestre d’avant. Les clients, que ce soit les en­tre­prises ou les par­ti­cu­liers, et sur­tout sur le mar­ché vo­lage des États-Unis, ont quit­té le ba­teau. “Mal­heu­reu­se­ment, pour ceux qui res­tent fi­dèles à Black­Ber­ry, ce­la pour­rait an­non­cer la fin. Les ventes de té­lé­phones équi­pés du nou­veau sys­tème d’ex­ploi­ta­tion, le BB10, ne laissent pas pré­sa­ger que Black­Ber­ry re­ga­gne­ra des parts im­por­tantes de mar­ché”, pré­dit Charles Gol­vin, de For­res­ter Re­search.

La plu­part s’en­tendent pour dire que le fu­tur de Black­Ber­ry est in­cer­tain si le sys­tème BB10 ne par­vient pas à sé­duire les fi­dèles et à ré­cu­pé­rer des clients qu’il a per­dus. S’il échoue, ils pré­disent que Black­Ber­ry risque de de­ve­nir un opé­ra­teur de niche, dans un mar­ché où seule la taille compte. Il peut aus­si de­ve­nir la cible d’un ra­chat. Mais beau­coup d’ac­qué­reurs po­ten­tiels, dont Sam­sung, Mi­cro­soft, No­kia et Le­no­vo, ont dé­cla­ré ne pas être in­té­res­sés au cours des 18 der­niers mois. Black­Ber­ry et No­kia ont été à une époque, les lea­ders du mar­ché du smart­phone, mais leur des­tin a ter­ri­ble­ment chan­gé après le lan­ce­ment de l’iP­hone, à la mi-2007.

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