COU­RAGE !

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Ré­dac­teur en chef Cho­kri BEN NESSIR

Quand l’ar­gent vient à man­quer, il n’y a que dé­cep­tion. Et de la dé­cep­tion naissent des dif­fi­cul­tés, de la tra­gé­die et de la co­lère”, as­sure l’ana­lyste éco­no­mique Ste­phen King. C’est éga­le­ment le mes­sage lan­cé, ré­cem­ment, par Slim Cha­ker, mi­nistre des Fi­nances, lors d’une ren­contre mé­dia­tique in­ter­na­tio­nale sur l’in­ves­tis­se­ment au Moyen-Orient. «L’orage pour­rait se trans­for­mer en tornade si la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ne ve­nait pas en aide à la Tu­ni­sie», a-t-il aver­ti, met­tant ain­si en garde contre d’éven­tuelles me­naces et dif­fi­cul­tés qui pour­raient pe­ser lourd sur l’éco­no­mie na­tio­nale. Ce mes­sage d’abat­te­ment dé­coule du fait que les pro­messes faites pour sup­por­ter éco­no­mi­que­ment la Tu­ni­sie n’ont pas en­core été te­nues. Ce pes­si­misme noir s’ex­plique par le fait que le pays peine à mo­bi­li­ser les 25 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains (USD), in­dis­pen­sables au sau­ve­tage éco­no­mique du pays pen­dant les cinq pro­chaines an­nées. Rien qu’en 2016, un fi­nan­ce­ment étran­ger de l’ordre de 3,6 mil­liards de di­nars tu­ni­siens (1,8 mil­liard USD), s’im­pose. Dé­jà, le scé­na­rio de mettre en hy­po­thèque le Stade Olym­pique de Ra­dès est ve­nu épin­gler un mo­ral dé­jà en berne. Pour ce­la, le mi­nistre a rai­son de mettre la ques­tion sur la table. Car, c’est quand un pays est en dif­fi­cul­té qu’il faut lui pro­di­guer son sou­tien, pas quand il va bien. La so­li­da­ri­té de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale ne doit pas se ré­su­mer à des in­can­ta­tions, à des at­tri­bu­tions de prix et à des pro­cla­ma­tions qui n’ont qu’une por­tée sym­bo­lique. C’est que la Tu­ni­sie passe par une crise. La crise, c’est un mo­ment où tout peut bas­cu­ler, mais, aus­si, un mo­ment où tout peut être fait pour que res­sur­gisse l’es­poir. Certes, ce­la donne une idée de l’am­pleur du dé­fi au­quel se­raient confron­tés nos di­ri­geants, si notre pays se­rait vrai­ment à court d’ar­gent. Ce­la dit, tam­bou­ri­ner un re­fus de la part des bailleurs de fonds, ne di­mi­nue en rien de la gran­deur de notre pays. Nul n’est peut-être à blâ­mer dans pa­reille si­tua­tion, mais que faire? Le peuple s’at­tend à une in­flexion ma­jeure qui tranche dé­fi­ni­ti­ve­ment avec un pas­sé mo­rose et fait en­trer la Tu­ni­sie dans une sta­bi­li­té éco­no­mique et so­ciale. C’es­tà-dire qu’il s’at­tend à ce que le bond soit im­pres­sion­nant, et que la ré­sur­rec­tion soit lu­mi­neuse. Pour ce­la, nous avons be­soin de ce lu­bri­fiant, qu’est la crois­sance. D’ailleurs, le fait que la BCT ait dé­ci­dé de ra­me­ner le taux d’in­té­rêt di­rec­teur à 4,25% est une ac­tion qui vise à fa­vo­ri­ser les condi­tions pro­pices à la re­lance de l’in­ves­tis­se­ment et à la re­prise de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique. Car seule une crois­sance, forte et du­rable, pour­rait trans­for­mer la ré­ces­sion tech­nique de notre éco­no­mie, en tigre de pa­pier. Sé­nèque ne di­sait-il pas : «Ti­rons notre cou­rage de notre déses­poir même »!

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