BAN­NIR LA PEUR DU PER­CEP­TEUR

La Presse Business (Tunisia) - - ÉDITO - Cho­kri BEN NESSIR

Apeine les contours du pro­jet de loi de fi­nances pour 2016 com­mencent-ils à se pro­fi­ler à l’ho­ri­zon, qu’une mi­nu­tieuse ana­lyse des prin­ci­paux axes de la ré­forme fis­cale en­vi­sa­gée a été me­née tam­bour bat­tant. Au pas de charge, les chambres syn­di­cales des pro­fes­sions li­bé­rales, des comp­tables et des ex­perts sont mon­tées au cré­neau, dé­non­çant l’as­pect coer­ci­tif de cer­tains ar­ticles et poin­tant du doigt la vio­la­tion des don­nées per­son­nelles que peut gé­né­rer la le­vée du se­cret pro­fes­sion­nel pour les clients de cette ca­té­go­rie d’ac­teurs éco­no­miques. Il est vrai que la fis­ca­li­té tu­ni­sienne est as­phyxiée par sa com­plexi­té, son manque de trans­pa­rence et l’ac­cu­mu­la­tion de pri­vi­lèges par une mi­no­ri­té, et qu’une ré­forme s’im­pose. Mais voi­là que la ré­forme cible, en pre­mier lieu, une mon­tée en puis­sance du dis­po­si­tif fis­cal au lieu de mi­grer vers un sys­tème in­ci­ta­tif. La fis­ca­li­té dont il faut cor­ri­ger les in­suf­fi­sances et les ini­qui­tés, doit, non seule­ment ren­flouer les caisses de l’Etat, mais aus­si abou­tir à la li­bé­ra­tion de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique, à la mo­der­ni­sa­tion de l’Etat. Car ces ré­formes sont né­ces­saires, pas uni­que­ment pour ré­ta­blir les comptes, mais pour ga­ran­tir l’ave­nir des jeunes, l’ave­nir de l’in­dus­trie, l’ave­nir de la com­pé­ti­ti­vi­té, l’ave­nir des ser­vices pu­blics. Mais pour qu’un pro­gramme de ré­forme cré­dible soit ac­cep­table, il faut qu’il soit pen­sé et ap­pli­qué dans un es­prit de justice. Ce­pen­dant, au lieu de ré­vé­ler au grand jour l’in­jus­tice du sys­tème, la cri­tique est, en­core une fois, res­tée trop sou­vent, en la ma­tière, li­mi­tée à des énon­cés aus­si vagues que sté­riles. Une cri­tique d’en­semble du sys­tème fis­cal tu­ni­sien s’im­pose. Elle doit se­mer les in­gré­dients d’une fis­ca­li­té op­ti­male et plai­der en fa­veur d’une ré­vo­lu­tion fis­cale, chif­frée et opé­ra­tion­nelle, fon­dée sur trois prin­cipes: équi­té, pro­gres­si­vi­té réelle et dé­mo­cra­tie. Il est temps, aus­si, de ré­in­ven­ter un équi­libre nou­veau entre les opé­ra­teurs éco­no­miques et l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale. Au lieu de conti­nuer à jouer à une sorte de po­ker men­teur où les plus gros tri­cheurs se­ront les ga­gnants, il y a lieu d’ins­tau­rer une nou­velle cul­ture fis­cale où la peur du per­cep­teur n’a plus sa rai­son d’être.

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