ET SI LA PROPHÉTIE SE CONFIR­MAIT ?

La Presse Business (Tunisia) - - HUMEUR - Par Mo­ha­med BOUAMOUD

Vrais ou faux, on a sou­vent prê­té au Roi Ab­de­la­ziz Al Saoud, pre­mier sou­ve­rain de l’Ara­bie Saou­dite (1932 – 1953), ces pro­pos : «Ne bom­bez pas trop le torse, dans 70 ans, sans une goutte de pé­trole dans nos sous-sols, nous re­pren­drons nos cha­meaux et nos dro­ma­daires pour tra­ver­ser la ville. Les BMW et les Mer­cedes, ce se­ra fi­ni !». Ces pro­pos au­raient été te­nus en 1938, date de dé­cou­verte de l’or noir. 70 ans plus tard, donc en 2008, l’Ara­bie pa­voi­sait en­core, elle ne sem­blait pas, en tout cas, flai­rer le dan­ger. Mais 77 ans plus tard, en cette an­née 2015, une in­for­ma­tion tombe avec l’ef­fet d’une douche bien froide. La voi­ci telle quelle. Sous l’in­ti­tu­lé : «Alerte à la faillite de l’Ara­bie Saou­dite», on peut lire : «Se­lon un rap­port du FMI, les ré­serves de la tré­so­re­rie de l’Ara­bie sont en chute libre et le pays pour­rait te­nir au maxi­mum 5 ans à ce rythme (…) ; les ré­serves de brut ne sont pas seule­ment épui­sables, mais la ges­tion des pro­di­gieuses res­sources par Riyad est de plus en plus er­ra­tique (…) ; avec un ba­ril à 50 dol­lars, si l’équi­libre bud­gé­taire de l’Ara­bie est tou­jours as­su­ré, ses ca­pa­ci­tés d’in­ves­tis­se­ment et d’achat ne le sont pas». (Source : At­lan­ti­co Fr., 28/10/2015). Et si la prophétie du Roi Ab­de­la­ziz se confir­mait un jour ? Et si les Saou­diens se le­vaient un jour sans une goutte de pé­trole dans leurs gi­se­ments ? Le drame, on doit l’ima­gi­ner, se­rait double. Pour sai­sir en­core une fois la dif­fé­rence entre nous, Arabes, et les Autres, les puis­sances oc­ci­den­tales, force est de nous rap­pe­ler que nous autres, ne re­gar­dons que le bout de notre nez, pas un mètre plus loin. C’est là, en éco­no­mie, la ter­rible dif­fé­rence. Vous sa­vez tous que les USA, chaque jour que Dieu fait, achètent du pé­trole et l’em­ma­ga­sinent ; ils ont, chaque ma­tin, des ré­serves de pé­trole pou­vant te­nir… 500 jours. Re­ve­nez à la der­nière phrase de l’in­fo ci­tée : «…ses ca­pa­ci­tés d’in­ves­tis­se­ment et d’achat ne le sont pas» (ne sont pas as­su­rées). C’est clair : l’Ara­bie n’in­ves­tit pas et n’achète pas, ou­bliant en conti­nu que la manne pé­tro­lière n’est pas éter­nelle. (A pro­pos, El Bor­ma, chez nous, est bel et bien fi­nie ; nous l’avons, de­puis 55 ans, tant et si bien pres­su­rée tel un ci­tron que la pauvre, au lieu de dé­ga­ger du brut, souffle de pe­tits cra­chats in­utiles ; c’est juste une pa­ren­thèse). Pre­mier drame. Vous sa­vez tous qu’en 1938, avec la dé­cou­verte du pé­trole en Ara­bie, les Etats-Unis avaient si­gné avec elle un par­te­na­riat : pé­trole contre pro­tec­tion mi­li­taire ; cette pro­tec­tion a été ren­due dou­ble­ment né­ces­saire avec la guerre du Golfe. Et alors ?... Que pour­rait of­frir l’Ara­bie aux USA si de­main le pé­trole ve­nait à ta­rir com­plè­te­ment ? Quoi, d’après vous ? Une seule chose, à notre mo­deste avis : le pro­tec­to­rat du Royaume par les Amé­ri­cains ; en termes plus clairs : la co­lo­ni­sa­tion éco­no­mique et à tous les ni­veaux du Royaume. Dé­jà que l’Irak, avec tous ses gi­se­ments pé­tro­liers, est fi­ni, nous voi­ci (qu’à Dieu ne plaise !) vers la chute pro­bable de l’un des plus grands pro­duc­teurs de l’Opep ! Deuxième drame. Vous-vous dites pro­ba­ble­ment que même sans pé­trole, l’Ara­bie pour­rait tou­jours te­nir sur pied, puis­qu’elle draine, bon an mal an, quelque 2,5 mil­lions de pè­le­rins, sans comp­ter la Om­ra à lon­gueur d’an­née. Oui, c’est vrai. Sauf qu’il y a un autre pro­blème : le pè­le­ri­nage est de­ve­nu une en­tre­prise à haut risque. Au­rions-nous ou­blié les 700 morts lors de cette bous­cu­lade? Vous pen­sez que nos vieux se ris­que­raient en­core dans cette aven­ture ? Et puis, s’il n’y a plus de pé­trole, comment joindre La Mecque à par­tir de Mé­dine, et vice ver­sa ? A dos de dro­ma­daire ? Pour­quoi pas ? Ce se­rait amu­sant de vivre pour quelque temps l’An I de l’Hé­gire…

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