DIS­CRI­MI­NA­TION ÉDU­CA­TIVE

La Presse Business (Tunisia) - - HUMEUR - Par Mo­ha­med BOUAMOUD

De­puis que l’hu­ma­ni­té est hu­ma­ni­té, il y a tou­jours eu une dif­fé­rence entre les riches et les pauvres. On va dire que c’est la loi de la vie, que c’est – presque – dans l’ordre des choses. Que le riche puisse ac­qué­rir ce que le pauvre ne le peut, est tout à fait nor­mal. Le Créa­teur-même (et c’est écrit dans le texte co­ra­nique) a dé­ci­dé que Ses su­jets ap­par­tiennent à des couches so­ciales éco­no­mi­que­ment dif­fé­rentes, les unes beau­coup plus à l’aise que les autres. C’est comme ça et ça ne se dis­cute pas. Et même si on veut dis­cu­ter, ça, ne change rien. C’est une évi­dence. Et même une fa­ta­li­té. Mais en de­hors des moyens, il a tou­jours été ad­mis que les hommes – tous les hommes – soient égaux face aux droits, aux de­voirs, à la jus­tice. C’est le lan­gage de la ci­toyen­ne­té qui n’ad­met – en prin­cipe – au­cune sé­gré­ga­tion. Or, voi­ci née, il y a au moins vingt ans, une nou­velle donne au re­gistre des droits du ci­toyen. C’est l’édu­ca­tion, l’en­sei­gne­ment pour être plus pré­cis. Une nou­velle donne qui s’est in­si­nuée, pe­tit à pe­tit, dans nos es­prits jus­qu’à s’y ins­tal­ler com­plè­te­ment et re­vê­tir le ca­rac­tère d’une…évi­dence in­dis­cu­table. Il s’agit de l’école libre (celle des Fran­çais !) et de l’école pu­blique. Tous les Tu­ni­siens, sans la moindre ex­cep­tion, parlent d’un en­sei­gne­ment de qua­li­té chez le pri­vé, et d’un en­sei­gne­ment mé­diocre dans le pu­blic. Une pe­tite blague, mais réelle, au­then­tique : le mi­nistre de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, au mi­lieu des an­nées 1990, don­nait une fois une confé­rence de presse pour van­ter la qua­li­té ir­ré­pro­chable de notre en­sei­gne­ment, alors que son propre fils était ins­crit…dans une école pri­vée ! C’est tout dire. Et donc, pour ga­ran­tir à ses en­fants un en­sei­gne­ment de qua­li­té, le riche les confie à une école pri­vée de re­nom, ce­pen­dant que le pauvre ne peut qu’of­frir aux siens un en­sei­gne­ment vi­cié, ban­cal. Et voi­ci les deux par­cours. Le fils du riche fe­ra l’école pri­vée, le col­lège pri­vé, l’école pi­lote, puis le su­pé­rieur en France ou aux Etats-Unis (il pa­raît que l’Al­le­magne s’in­té­resse de plus en plus au gé­nie tu­ni­sien, tant mieux). Et moi ? Je suis pauvre. Par consé­quent, mon fils, ré­gu­liè­re­ment ins­crit au «pu­blic», se­ra, de­main, nul en arabe, nul en fran­çais, nul en an­glais, nul en maths, nul en his­toire-géo, nul par­tout et jusque dans sa tête, donc il s’adon­ne­ra à la ci­ga­rette, puis à la zat­la, puis à la bière, en­suite au Châ­teau Mor­nag… Quel for­mi­dable ci­toyen il fe­ra ! C’est exa­gé­ré ? Bon, on va nuan­cer un peu. Au meilleur des cas, il se­ra pe­tit agent dans une mu­ni­ci­pa­li­té. Il ne faut pas se faire d’illu­sions : quand on a fait un par­cours nul, on ne peut de­ve­nir gy­né­co­logue ou oph­tal­mo­logue. Mais est-ce juste ? Est-ce ça une jus­tice so­ciale ? Que tu sois très riche, et moi, très pauvre, là n’est pas le pro­blème. Mais que mon fils ne puisse avoir droit à un en­sei­gne­ment de qua­li­té, là ! là !, Mes­sieurs, c’est une grande in­jus­tice ! Pour­quoi les riches et les pauvres sont-ils égaux face aux de­voirs (les im­pôts, par exemple), mais pas aux droits ? Or, jus­qu’ici, on n’a pas en­core dé­si­gné du doigt le vé­ri­table ab­cès. Le pro­blème, le vrai, ré­side dans cette dif­fé­rence entre les en­sei­gnants du sec­teur pri­vé et ceux du pu­blic. Pour­quoi est-ce que les uns dis­pensent un en­sei­gne­ment de qua­li­té, mais pas les autres ? Pour­quoi ? S’il ar­rive que l’Etat re­con­naisse lui-même que ses en­sei­gnants du pu­blic sont peu per­for­mants, c’est que c’est lui qui est res­pon­sable du gâ­chis en­gen­dré de­puis presque trois dé­cen­nies. C’est toute une gé­né­ra­tion qui a été sa­cri­fiée. Sou­hai­tons que ça ne conti­nue pas…

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