ANA­LYSE ET RE­MÈDES

La Presse Business (Tunisia) - - LU POUR VOUS -

Pièce par pièce, Jean Zie­gler dé­cor­tique les pro­ces­sus qui per­mettent aux mul­ti­na­tio­nales d’amas­ser du pro­fit, de sai­gner à blanc des contrées qui, pré­ci­sé­ment, au­raient be­soin d’aide. L’étouf­fe­ment du tiers-monde par la dette, qui ne re­lève nul­le­ment de la fa­ta­li­té, est scru­pu­leu­se­ment ana­ly­sé. Pour­quoi les pays dé­bi­teurs ne se grou­pe­raient-ils pas, pour faire front com­mun contre les exi­gences de ceux qui les mettent à ge­noux ? Le so­cio­logue at­tire éga­le­ment l’at­ten­tion sur la ge­nèse sou­vent dou­teuse de cet em­prunt, contrac­té par les élites lo­cales cor­rom­pues. De­man­der un au­dit per­met­trait d’exa­mi­ner la lé­ga­li­té et la trans­pa­rence des cré­dits, de dé­bus­quer les fal­si­fi­ca­tions, les es­cro­que­ries. «Car faire gon­fler la dette est de l’in­té­rêt tout à la fois des di­ri­geants na­tio­naux cor­rom­pus, qui contractent des em­prunts, que des créan­ciers étran­gers, qui concèdent ceux-ci. Le di­ri­geant na­tio­nal cor­rom­pu, parce qu’il touche sa com­mis­sion au pro­ra­ta de la somme cré­di­tée, le ban­quier-créan­cier parce qu’il per­ce­vra des in­té­rêts éle­vés.» Un cli­mat de roman d’es­pionnage s’ins­talle en­fin lorsque le so­cio­logue ap­porte un éclai­rage mar­qué par son vé­cu sur l’in­fluence exor­bi­tante des États-Unis sur les Na­tions unies et leurs mé­thodes. «Une des toutes pre­mières choses que j’ai ap­prises au len­de­main de ma no­mi­na­tion aux Na­tions unies a été de me mé­fier des sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion re­liant le Haut-com­mis­sa­riat aux droits de l’homme, do­mi­ci­lié à Ge­nève, au siège cen­tral de l’ONU à New York. Pour trai­ter des af­faires exi­geant un mi­ni­mum de confi­den­tia­li­té, l’uti­li­sa­tion des té­lé­phones du pa­lais Wil­son ou de l’e-mail est for­te­ment dé­con­seillée». Et l’in­las­sable pè­le­rin de conclure, à l’is­sue de ce ma­ra­thon idéo­lo­gique : «La mort, bien sûr, ne se­ra ja­mais vain­cue par l’hu­ma­ni­té, pas plus que la so­li­tude, le déses­poir, ou l’une quel­conque des nom­breuses souf­frances qui font la condi­tion hu­maine. Mais pour une dou­leur ir­ré­duc­tible, com­bien de souf­frances gé­né­rées par l’homme». Jean Zie­gler. «L’Em­pire de la honte» Édi­tions Fayard 2005.

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