LE TRA­VAIL, EST-CE UNE FRUS­TRA­TION ?

La Presse Business (Tunisia) - - POST-SCRIPTUM - Par Saous­sen BOULEKBACHE

Le me­nui­sier ne trouve plus d’ou­vriers, le chef d’en­tre­prise ne trouve plus de gar­diens, de chauf­feurs, d’agents de net­toyage… Tous les em­ployeurs se plaignent ; le Tu­ni­sien n’aime pas s’en­ga­ger. Un ou­vrier consi­dère que le tra­vail est une contrainte. La main-d’oeuvre se fait si rare que les quelques per­sonnes qui se pro­posent aux postes de­man­dés se per­mettent de né­go­cier leur paye au prix fort. Même si les pa­trons «ac­ceptent d’ac­cep­ter», ils n’ar­rivent pas à sta­bi­li­ser cette main-d’oeuvre, chè­re­ment ré­mu­né­rée. Ce phé­no­mène so­cial, tu­ni­so-tu­ni­sien, n’a ja­mais trou­vé d’ex­pli­ca­tion plau­sible. Les sa­la­riés contestent les condi­tions de tra­vail, la paye et tous les droits, aux­quels ils n’ont pas pu ac­cé­der. De leur cô­té, les em­ployeurs se désen­gagent de tout tort et se sentent vic­times de l’in­cons­cience de leurs par­te­naires. Si on ana­lyse ob­jec­ti­ve­ment la si­tua­tion, il en res­sort que le Tu­ni­sien dé­teste tra­vailler. Sa pa­resse ex­ces­sive est de­ve­nue car­ré­ment une marque dé­po­sée. Il dé­sire ga­gner de l’ar­gent, sans trop se fa­ti­guer. Il est en quête per­ma­nente du pro­fit ma­té­riel et ne se sou­cie guère de la sa­tis­fac­tion que pro­cure le tra­vail. Il est bla­sé, dé­cou­ra­gé et com­plè­te­ment dé­mo­ti­vé, car il ne voit pas l’in­té­rêt de ce qu’il fait. Il tra­vaille, mais n’y trouve ni uti­li­té ni ac­com­plis­se­ment per­son­nel. Il a, gé­né­ra­le­ment, une mau­vaise vi­sion du tra­vail et ou­blie com­plè­te­ment la joie et le sen­ti­ment d’ac­com­plis­se­ment que lui pro­cure ce der­nier. Il ou­blie aus­si, que ce tra­vail as­signe un but, il per­met de gran­dir, d’évo­luer, de se sen­tir utile. L’em­ployeur, par ailleurs, se ré­volte contre cette at­ti­tude: « Tu ne sais pas ce que tu perds, mal­heu­reux Tu­ni­sien. Tu ne connaî­tras ja­mais l’es­time de soi et tu vas fi­nir par perdre éga­le­ment l’es­time des autres». Les em­ployeurs se plaignent, sou­vent, du ren­de­ment de leur main-d’oeuvre, s’ils ar­rivent à en trou­ver bien évi­dem­ment. Re­ve­nons du cô­té de l’em­ployé, et ana­ly­sons. Qu’est-ce qui fait que les jeunes Tu­ni­siens soient si dé­mo­ti­vés ? A les écou­ter, tous ceux qui pré­tendent ac­cor­der une va­leur mo­rale au tra­vail sont sans scru­pules. Ils ne s’in­ter­rogent ja­mais sur les condi­tions so­ciales du tra­vail. Ce der­nier ne se­rait qu’un mode de do­mi­na­tion et d’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme. Pour les em­ployés, la ma­nière des pa­trons à fixer la hié­rar­chie et les plans de car­rière ne fait que ré­vé­ler leur mé­pris réel pour ceux qui tra­vaillent. Tous ceux qui se gar­ga­risent de la va­leur du tra­vail mas­que­raient la vraie cause de leurs dis­cours, la maxi­mi­sa­tion de leurs pro­fits. Qui a tort, qui a rai­son ?

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