L’ALECA , UN RAC­COUR­CI HEU­REUX À BIEN NÉ­GO­CIER

Le dé­mar­rage, le 13 oc­tobre der­nier, des né­go­cia­tions sur l’Ac­cord de libre-échange com­plet et ap­pro­fon­di (Aleca) entre la Tu­ni­sie et l’Union eu­ro­péenne a sus­ci­té les craintes de la so­cié­té ci­vile. Celle-ci re­doute, par­ti­cu­liè­re­ment, les risques de des­tru

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Bal­kis.K

D’abord, que pré­voit l’Aleca? Son ob­jec­tif ma­jeur est d’ap­pro­fon­dir et de com­plé­ter la zone de libre-échange pour les pro­duits ma­nu­fac­tu­rés, mise en place il y a vingt ans, suite à la conclu­sion en 1995 de l’Ac­cord d’as­so­cia­tion. Il vise à in­té­grer étroi­te­ment l’éco­no­mie tu­ni­sienne dans le mar­ché unique de l’Union eu­ro­péenne sur la base d’un rap­pro­che­ment pro­gres­sif de la lé­gis­la­tion tu­ni­sienne avec l’ac­quis com­mu­nau­taire. L’Aleca va en­suite per­mettre un meilleur ac­cès mu­tuel pour les biens, les ser­vices et les in­ves­tis­se­ments. «Il cou­vri­ra le cli­mat des af­faires, le com­merce des ser­vices, des pro­duits agri­coles, des pro­duits agri­coles trans­for­més et des pro­duits ha­lieu­tiques, l’éner­gie, la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle, la po­li­tique de concur­rence, les ins­tru­ments de dé­fense com­mer­ciale, la trans­pa­rence des ré­gle­men­ta­tions et les mar­chés pu­blics ». Un in­té­rêt par­ti­cu­lier se­ra por­té aux normes, à la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et à la res­pon­sa­bi­li­té so­ciale des en­tre­prises. Se­lon Ce­ci­lia Malm­ström, com­mis­saire eu­ro­péen pour le com­merce ex­té­rieur, «l’aleca, en fa­vo­ri­sant pro­gres­si­ve­ment une plus forte concur­rence avec les opé­ra­teurs eu­ro­péens, sti­mu­le­ra la com­pé­ti­ti­vi­té des pro­duits et ser­vices tu­ni­siens et amé­lio­re­ra l’at­trac­ti­vi­té de la Tu­ni­sie pour les in­ves­tis­se­ments étran­gers et do­mes­tiques. Pour elle, «l’Aleca de­vrait avoir des ef­fets lar­ge­ment po­si­tifs pour la Tu­ni­sie en termes de crois­sance, d’ex­por­ta­tion et d’emploi».

LA SO­CIÉ­TÉ CI­VILE TU­NI­SIENNE AT­TA­CHÉE AU CONFORT DE LA COM­PEN­SA­TION

Sans dis­po­ser d’études d’im­pact sé­rieuses, la so­cié­té ci­vile, qui n’a pas par­ti­ci­pé, en 1995, à la né­go­cia­tion de l’ac­cord d’As­so­cia­tion tu­ni­so-eu­ro­péenne sur la zone de libre-échange pour les pro­duits ma­nu­fac­tu­rés craint, quant à elle, un «ac­crois­se­ment des dé­fi­cits budgétaires et ex­té­rieurs», «la mise en dif­fi­cul­té des pe­tites et moyennes en­tre­prises» et sur­tout «un af­fai­blis­se­ment du pou­voir ré­gu­la­teur de l’Etat tu­ni­sien». Mo­ra­li­té : la coa­li­tion de la so­cié­té ci­vile tu­ni­sienne, com­po­sée de la cen­trale syn­di­cale (Ugtt), de la Ligue tu­ni­sienne des droits de l’Homme (Ltdh) et du Fo­rum tu­ni­sien pour les droits éco­no­miques et so­ciaux (Ftdes) ap­pré­hende la fin de l’Etat pro­vi­dence et du confort de la com­pen­sa­tion dont bé­né­fi­cient l’en­semble des as­sis­tés et res­quilleurs (tra­vailleurs, faux chefs d’en­tre­prise, agri­cul­teurs do­pés, pres­ta­taires de ser­vices…). Pour­tant, à re­gar­der de près les ob­jec­tifs de l’Aleca, ils forcent le res­pect et peuvent consti­tuer pour la Tu­ni­sie un rac­cour­ci heu­reux pour rat­tra­per le pe­lo­ton des pays in­dus­tria­li­sés, et ce, pour peu qu’il soit bien né­go­cié. L’en­jeu est donc dans la qua­li­té des né­go­cia­teurs tu­ni­siens et dans l’éla­bo­ra­tion d’études d’im­pact sec­to­rielles. A cette fin, il im­porte de ti­rer les en­sei­gne­ments de la conclu­sion de l’Ac­cord d’as­so­cia­tion de 1995 et de faire l’éco­no­mie des er­reurs com­mises. A titre in­di­ca­tif, il faut veiller à ce que l’Aleca ne soit pas ré­duit comme l’Ac­cord d’as­so­cia­tion au simple vo­let com­mer­cial. Bien au contraire, il doit prendre en consi­dé­ra­tion tous les autres vo­lets, par­ti­cu­liè­re­ment, l’aide fi­nan­cière et la mo­bi­li­té des Tu­ni­siens, les­quels pour concur­ren­cer sur un pied d’éga­li­té les eu­ro­péens, ont be­soin de cir­cu­ler li­bre­ment et sans au­cune contrainte en Eu­rope. Par ailleurs, l’étude d’im­pact macroéconomique de l’Aleca ga­gne­rait à faire l’ob­jet d’un dé­bat pu­blic et sur­tout d’un consen­sus na­tio­nal. Elle ne peut en au­cune ma­nière être éla­bo­rée par une seule par­tie. Sa dis­cus­sion au sein du par­le­ment est vi­ve­ment re­com­man­dée. A bon en­ten­deur…

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