AU­CUNE FI­LIÈRE AGRI­COLE NE BÉ­NÉ­FI­CIE­RA DE L’AC­CORD

<< Si j'ai reussi ex­por­ta­tuer, c'est grace a mon part­naire europeen qui re­cep­tionne toute la recolte que nous pro­dui­sons lo­ca­le­ment avec son as­sis­tance tech­nique >>, af­firme un agri­cul­teur.

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Rid­ha MAAMRI

Les opé­ra­teurs du sec­teur pri­maire ne voient pas l’Ac­cord de libre-échange com­plet et ap­pro­fon­di (Aleca) d’un bon oeil. Pour­tant, qui dit libre-échange, dit sti­mu­la­tion du com­merce entre les zones éco­no­miques si­gna­taires de l’ac­cord, pro­fi­table aux producteurs et aux com­mer­çants, les plus com­pé­ti­tifs. Qui perd, qui gagne? Une ques­tion qui in­trigue les opé­ra­teurs des deux rives, que seules des études ap­pro­fon­dies, mû­re­ment éla­bo­rées, sont en me­sure d’y ap­por­ter des élé­ments de ré­ponses. Du cô­té eu­ro­péen, des études vantent les re­tom­bées de l’ac­cord sur plu­sieurs fi­lières agri­coles dans les pays si­gna­taires de l’ac­cord, mais c’est l’ab­sence d’études ap­pro­fon­dies du cô­té tu­ni­sien qui ali­mente les ap­pré­hen­sions de l’agri­cul­teur tu­ni­sien, se­lon M Ab­del­kha­lek Aj­la­ni, membre du bu­reau exé­cu­tif de l’Union tu­ni­sienne de l’agri­cul­ture et de la pêche (Utap). « Au­cune étude n’a été, jusque-là, éla­bo­rée par une par­tie tu­ni­sienne », dé­plore-til. Tou­te­fois, s’ap­puyant sur les pro­jec­tions de l’Utap, il pré­dit que toutes les fi­lières agri­coles tu­ni­siennes ac­cu­se­ront un échec cui­sant. « Les résultats sont clairs et sans équi­voque : Au­cun sec­teur ne bé­né­fi­cie­ra de cet ac­cord », ré­itère-t-il. Car, au­cun sec­teur n’est com­pé­ti­tif, com­pa­ré aux concur­rents du Nord. L’agri­cul­teur fait ré­fé­rence aux gaps de com­pé­ti­ti­vi­té au ni­veau du ren­de­ment par hec­tare, de l’em­bal­lage, de la lo­gis­tique, de la taille, des sys­tèmes d’in­ci­ta­tion... pour conclure que l’agri­cul­teur tu­ni­sien n’est pas com­pé­ti­tif. Dans une telle confi­gu­ra­tion, il n’est pas en me­sure de conqué­rir des parts de mar­ché dans le co­los­sal mar­ché eu­ro­péen. Pis en­core, l’ou­ver­ture du mar­ché pro­vo­que­ra des pertes de po­si­tions. Cer­tains agri­cul­teurs en­cais­se­ront d’em­blée les ré­per­cus­sions de l’ou­ver­ture des mar­chés. Avec un coût de re­vient dé­ri­soire, d’en­vi­ron 200 mil­limes le ki­lo, les ex­por­ta­teurs eu­ro­péens de pommes pour­raient anéan­tir tous les culti­va­teurs de pommes en Tu­ni­sie, dont le coût de re­vient avoi­sine 1 di­nar le ki­lo, se­lon l’agri­cul­teur. « Vous di­riez que ce n’est pas un pro­duit de pre­mière né­ces­si­té, mais d’autres sec­teurs stra­té­giques, à l’ins­tar des cé­réales, du lait, de la viande... », pré­vient-il. La baisse des prix à court terme don­ne­ra du goût aux consom­ma­teurs, mais à long terme rien ne ga­ran­tit le main­tien de ces ni­veaux, si les producteurs tu­ni­siens dis­pa­raissent du mar­ché, ren-

La baisse des prix des pro­duits agri­coles à court terme don­ne­ra du goût aux consom­ma­teurs, mais à long terme rien ne ga­ran­tit le main­tien de ces ni­veaux, si les producteurs tu­ni­siens dis­pa­raissent du mar­ché.

ché­rit-il. Dans ce cadre de li­breé­change, pré­cise-t-il, ce n’est pas l’agri­cul­teur eu­ro­péen qui nous fait peur, mais plu­tôt les ex­ploi­tants géants qui cherchent à ex­ploi­ter à fond nos terres do­ma­niales, nos res­sources hy­driques et ver­rouille­ront l’ac­cès à ces mé­ga­fermes aux cher­cheurs, mains-d’oeuvre et ca­pi­taux na­tio­naux. Avec l’agri­cul­teur eu­ro­péen, éga­le­ment, la concur­rence n’est pas équi­table, car il bé­né­fi­cie d’un sou­tien consé­quent, conti­nuet-il, ci­tant l’exemple de l’éle­veur ba­va­rois qui re­çoit une triple sub­ven­tion d’en­vi­ron 700 eu­ros par hec­tare, ver­sée par l’UE, le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral et le Lan­der.

SANS MISE À NI­VEAU, AU­CUNE OU­VER­TURE NE SE­RA PRO­FI­TABLE

Pour que l’Aleca joue son rôle de le­vier des ex­por­ta­tions, il im­porte de ren­for­cer la com­pé­ti­ti­vi­té des ex­por­ta­teurs en agis­sant sur toute la chaîne, se­lon l’agri­cul­teur. « Si j’ai réus­si comme ex­por­ta­teur, c’est grâce à mon par­te­naire eu­ro­péen qui ré­cep­tionne toute la récolte qu’on pro­duit lo­ca­le­ment avec son as­sis­tance tech­nique », s’est-il ré­fé­ré à son ex­pé­rience. Le re­cours à un par­te­na­riat, quoi que du type ga­gnant-ga­gnant, montre que l’agri­cul­teur tu­ni­sien s’ap­puie sur ces contrat pour trou­ver des so­lu­tions aux fai­blesses de la chaîne de l’ex­por­ta­tion. Pour cor­ri­ger ces fai­blesses, il re­com­mande de me­ner une ana­lyse ap­pro­fon­die sur tous les fac­teurs clés de suc­cès, al­lant de la re­cherche scien­ti­fique à la qua­li­fi­ca­tion de la main-d’oeuvre, en pas­sant par les sys­tèmes d’ir­ri­ga­tion et de ges­tion des fermes. Des ques­tions res­tent en sus­pens, concer­nant les dé­lais et les fonds né­ces­saires pour réa­li­ser une telle étude. L’en­ve­loppe de 300 mille eu­ros consa­crée par l’UE à cet ef­fet, pour­raient bé­né­fi­cier à des en­tre­prises pi­lotes, es­time-t-il, mais qu’en est-il des autres opé­ra­teurs? Une par­tie de ces fonds se­rait ré­ser­vée à l’Utap qui s’ap­prête à lan­cer une sé­rie de consul­ta­tions ré­gio­nales cou­ron­née par une jour­née na­tio­nale, fait-il sa­voir, dans l’ob­jec­tif de confec­tion­ner une étude ap­pro­fon­die du sec­teur. Sur le plan macroéconomique, il ap­pelle à la dé­fi­ni­tion du mo­dèle de dé­ve­lop­pe­ment agri­cole et de

ses ob­jec­tifs, « afin de mieux orien­ter les dis­po­si­tions du Code d’in­ves­tis­se­ment et en­ca­drer les grands choix po­li­tiques », pré­cise-t-il. A cet égard, il est à rap­pe­ler qu’une pre­mière étude se­ra éla­bo­rée par le mi­nis­tère tu­ni­sien de l’Agri­cul­ture, après consul­ta­tions des par­ties pre­nantes et se­ra pu­bliée en juin 2016, d’après les pro­jec­tions du­dit mi­nis­tère. Une étude qui de­vrait me­su­rer les flux créés et ceux dé­tour­nés, à leurs justes va­leurs, ain­si que les ef­fets col­la­té­raux sur l’en­semble des opé­ra­teurs. En d’autres termes, la Tu­ni­sie s’est en­ga­gée, à l’aveu­glette, dans des né­go­cia­tions avec l’Union eu­ro­péenne.

l’éle­veur ba­va­rois

re­çoit une triple sub­ven­tion d’en­vi­ron 700 eu­ros par hec­tare, ver­sée par

l’UE.

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