“L’ÉCO­NO­MIE TU­NI­SIENNE A BE­SOIN D’UN VRAI PLAN DE SAU­VE­TAGE”

DR MOEZ JOU­DI, PRÉ­SIDENT DE L’AS­SO­CIA­TION TU­NI­SIENNE DE LA GOU­VER­NANCE

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Sar­rah O. BA­KRY

Se­lon le Dr Jou­di, seul un consen­sus na­tio­nal au­tour d’un vrai plan de sau­ve­tage pour­rait abou­tir à un plan d’ac­tion à me re en oeuvre dès le dé­but de 2016 qui pour­rait sau­ver l’éco­no­mie na­tio­nale du dan­ge­reux flo ement dans le­quel elle semble se com­plaire de­puis ces der­nières an­nées.

Entre ré­ces­sion tech­nique, cri­tiques contre l’Aleca, agres­si­vi­té des agences de no­ta­tion... L’éco­no­mie tu­ni­sienne est-elle vrai­ment désem­pa­rée, pei­nant à re­trou­ver ses marques ?

L’éco­no­mie tu­ni­sienne souffre, au­jourd’hui, d’un en­semble de pro­blèmes qui de­viennent struc­tu­rels! Les ré­formes tardent à se mettre en place et les trac­ta­tions po­li­tiques do­minent l’éco­no­mie et l’étouffent sou­vent ! Au­jourd’hui, di­sons-le clai­re­ment : la Tu­ni­sie n’ar­rive plus à sub­ve­nir à ses be­soins ! Les dé­penses pu­bliques ont tel­le­ment flam­bé, que 13,8% de PIB consti­tuent la masse sa­la­riale en vi­gueur : c’est tout sim­ple­ment un re­cord mon­dial ! Le mo­dèle éco­no­mique ac­tuel n’ar­rive pas à pro­duire les re­ve­nus né­ces­saires pour com­bler les dé­penses. Nous vi­vons au-des­sus de nos moyens. D’où, d’ailleurs, le cu­mul des dé­fi­cits et l’en­det­te­ment qui aug­mente d’une ma­nière in­quié­tante : plus de 53% du PIB en 2016, dont une large par­tie consti­tuée d’en­det­te­ment ex­té­rieur ! En­core une fois, l’éco­no­mie na­tio­nale a be­soin d’un vrai plan de sau­ve­tage conçu et adop­té dans le cadre d’un consen­sus na­tio­nal avec l’im­pli­ca­tion de l’en­semble des par­ties pre­nantes. Ce plan de sau­ve­tage doit abou­tir à un plan d’ac­tion qui doit être mis en oeuvre dès le dé­but de la nou­velle an­née 2016.

Si vous étiez au­jourd’hui dans les ha­bits du mi­nistre des Fi­nances, où concen­tre­riez-vous le plus vos ef­forts?

Dans les ré­formes ! No­tam­ment la ré­forme fis­cale et la ré­forme ban­caire et fi­nan­cière. Au­jourd’hui, nous avons des fi­nances pu­bliques à re­struc­tu­rer pro­fon­dé­ment et un bud­get d’Etat à ré­équi­li­brer. Une ré­forme fis­cale pro­fonde et struc­tu­rante pour­rait amé­lio­rer les re­cettes de l’Etat et in­duire plus de jus­tice et d’équi­té au ni­veau du contri­buable. Quant à la ré­forme ban­caire, elle est plus que né­ces­saire et doit abou­tir à une re­fonte du pay­sage ban­caire tu­ni­sien et à des règles de gou­ver­nance, de trans­pa­rence et de ges­tion des risques conformes aux stan­dards in­ter­na­tio­naux. D’autres ré­formes doivent éga­le­ment être lan­cées et le dos­sier des en­tre­prises ex­pro­priées doit être da­van­tage prio­ri­sé.

Le mo­dèle éco­no­mique ac­tuel n’ar­rive pas à pro­duire les re­ve­nus né­ces­saires pour com­bler les dé­penses.”

Si vous étiez au­jourd’hui dans les ha­bits du gou­ver­neur de la Banque cen­trale, que re­com­man­de­riez-vous au chef du gou­ver­ne­ment ?

La conver­ti­bi­li­té du di­nar et la ré­forme du code de change ! Il faut s’y en­ga­ger, nos lé­gis­la­tions et nos pra­tiques à ce ni­veau sont de­ve­nues ob­so­lètes! Il est temps d’opé­rer de vrais chan­ge­ments et d’al­ler vers plus de sou­plesse et d’ef­fi­cience. Il est im­por­tant, éga­le­ment, au ni­veau de la BCT de don­ner plus de marges de ma­noeuvre aux banques et de re­cen­trer le pay­sage, en exi­geant un nou­veau cahier des charges pour conti­nuer à bé­né­fi­cier d’un agré­ment. Il est in­con­ce­vable, au­jourd’hui, d’avoir en­core des banques qui exercent avec des ca­pi­taux faibles et sans sys­tème de gou­ver­nance ou d’in­for­ma­tion ou avec des pra­tiques de trans­pa­rence et de ges­tion des risques dé­faillantes.

Existe-t-il un moyen conve­nable de conci­lier la lo­gique du mi­nistre des Fi­nances (qui dé­fend des op­tions po­li­tiques) à celle du gou­ver­neur de la Banque cen­trale (qui est le gar­dien du di­nar et des grands équi­libres) ?

Il est in­con­ce­vable, au­jourd’hui, d’avoir en­core des banques qui exercent avec des ca­pi­taux faibles et sans sys­tème de gou­ver­nance.”

Bien sûr ! Le gou­ver­ne­ment ar­rête sa po­li­tique éco­no­mique et le gou­ver­neur de la BCT ajuste sa po­li­tique mo­né­taire en consé­quence, tout en veillant aux équi­libres vi­taux de la na­tion. C’est juste une ques­tion d’or­ga­ni­sa­tion, de ré­par­ti­tion des rôles et de res­pect des règles de bonne gou­ver­nance. L’in­té­rêt na­tio­nal doit pri­mer avant tout !

Si vous de­viez adres­ser une Top List de 10 re­com­man­da­tions ur­gentes au gou­ver­ne­ment tu­ni­sien ac­tuel pour qu’il re­dresse la barre de l’éco­no­mie na­tio­nale, quelles se­ront-elles dans l’ordre ?

-Re­lan­cer la confiance ; -stop­per l’hé­mor­ra­gie des dé­fi­cits ; -mettre en oeuvre les ré­formes ; -adop­ter une po­li­tique de grands pro­jets ; -amé­lio­rer le cli­mat des af­faires ; -li­bé­rer l’ini­tia­tive pri­vée ; -com­battre l’éco­no­mie pa­ral­lèle et la cor­rup­tion ; -trans­for­mer Ben Guerdane et Kas­se­rine en

zones franches ; -pri­va­ti­ser 10 en­tre­prises pu­bliques -as­su­rer la conver­ti­bi­li­té du di­nar.

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