AIDE-TOI, LA PRO­TEC­TION CI­VILE ET L’AS­SU­REUR T’AI­DE­RONT

S’il y a en­core cer­tains chefs d’en­tre­prise, quoique peu nom­breux, qui pensent que «ça n’ar­rive qu’aux autres», et s’il existe des di­ri­geants (ceux-là sont mal­heu­reu­se­ment plus nom­breux), qui croient ou agissent comme s’il suf­fi­sait d’être as­su­ré pour que

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Ra­chid BEN JEMIA

En ef­fet, avant d’être l’af­faire de spé­cia­listes aux­quels re­courent de plus en plus les grandes en­tre­prises dans les pays dé­ve­lop­pés, la «ges­tion des risques» (Risk Ma­na­ge­ment) est avant tout un état d’es­prit re­po­sant sur trois don­nées fon­da­men­tales: - les risques sont, d’abord et avant tout, l’af­faire de l’en­tre­prise elle-même et sa pé­ren­ni­té est tri­bu­taire de leur maî­trise (iden­ti­fi­ca­tion, éva­lua­tion de leur coût, mi­ni­mi­sa­tion, pro­vi­sion­ne­ment et/ou trans­fert sur l’as­su­reur) ; - la pre­mière ré­ponse au pro­blème po­sé par les risques, c’est la pré­ven­tion et les moyens de se­cours propres à 1’en­tre­prise ; - l’as­su­rance n’est pas la so­lu­tion, mais une so­lu­tion com­plé­men­taire et, en tout état de cause, elle n’est qu’une com­pen­sa­tion fi­nan­cière dont le coût est lié au ni­veau de pré­ven­tion et de pro­tec­tion des biens à as­su­rer. S’il y a un do­maine où ces vé­ri­tés trouvent plei­ne­ment leur jus­ti­fi­ca­tion, c’est bien ce­lui par rap­port au­quel le de­gré de vul­né­ra­bi­li­té de toute ac­ti­vi­té in­dus­trielle ou com­mer­ciale est le plus im­por­tant, à sa­voir : l’in­cen­die. En ef­fet, ce fléau a tou­jours été in­ti­me­ment lié aux pro­grès tech­no­lo­giques, tant dans le do­maine du bâ­ti­ment que dans ce­lui du ma­té­riel de production, de ma­nu­ten­tion ou de sto­ckage ; puisque mo­der­ni­sa­tion si­gni­fie sou­vent : - grands halls de fa­bri­ca­tion, im­meubles et dé­pôts de grande hau­teur, d’où concen­tra­tion de va­leurs ex­po­sées à un même si­nistre ; - ma­té­riel de plus en plus so­phis­ti­qué, donc plus coû­teux

et plus vul­né­rable ; - pro­duits et ma­té­riaux nou­veaux, émi­nem­ment com­bus­tibles, mais sur­tout aux ef­fets se­con­daires par­ti­cu­liè­re­ment nui­sibles et dif­fi­ci­le­ment maî­tri­sables : fu­mées, gaz toxiques etc. ) Face à cette ag­gra­va­tion constante du risque in­cen­die, gé­rer c’est plus que ja­mais pré­ve­nir, c’est-à-dire : - iden­ti­fier et ana­ly­ser les sources mul­tiples de dé­clen­che­ment du feu ; - c’est aus­si faire des choix dans les­quels la sécurité co­exis­te­ra avec les autres cri­tères liés à la pro­duc­ti­vi­té et à la ren­ta­bi­li­té. Cette ana­lyse et ces choix, le chef d’en­tre­prise (ou le «ges­tion­naire des risques») les fe­ra avec le concours d’in­gé­nieurs ou de ca­bi­nets spé­cia­li­sés qui le conseille­ront sur les me­sures à prendre pour éli­mi­ner, ou au moins li­mi­ter les risques. Par ailleurs, au ni­veau de la pro­tec­tion elle-même, la plu­part de nos en­tre­prises conti­nuent à trop comp­ter sur les se­cours ex­té­rieurs

(pro­tec­tion ci­vile ) alors que, compte te­nu, d’une part de la ra­pi­di­té d’ex­ten­sion d’un dé­but d’in­cen­die et d’autre part, du mi­ni­mum de temps né­ces­saire pour que ces se­cours ar­rivent sur les lieux du si­nistre, il est évident que l’élé­ment es­sen­tiel au ni­veau de l’ef­fi­ca­ci­té de la lutte contre l’in­cen­die est la ra­pi­di­té d’in­ter­ven­tion, la­quelle ne peut être ob­te­nue que si l’en­tre­prise dis­pose de son propre dis­po­si­tif d’ex­tinc­tion. En outre, quelle que soit l’im­por­tance de ce dis­po­si­tif (de simples ex­tinc­teurs mo­biles, des « ro­bi­nets d’in­cen­die ar­més » (RIA), une équipe de sécurité spé­cia­li­sée) son ef­fi­ca­ci­té est elle-même tri­bu­taire de la ra­pi­di­té de la dé­tec­tion. En ef­fet, quand on sait que les in­cen­dies se dé­clarent dans la grande ma­jo­ri­té des cas, soit dans des en­droits comme les dé­pôts, où la pré­sence hu­maine n’est pas per­ma­nente, soit le soir, après la fer­me­ture des lo­caux, il est évident que si cette dé­tec­tion est dé­pen­dante de la pré­sence hu­maine, (gar­dien), sa fia­bi­li­té est toute re­la­tive. D’où l’im­por­tance, à ce ni­veau, des sys­tèmes au­to­ma­tiques de dé­tec­tion ; d’où aus­si le ni­veau op­ti­mum d’ef­fi­ca­ci­té des sys­tèmes où l’au­to­ma­ti­ci­té se si­tue au­tant dans la dé­tec­tion que dans l’ex­tinc­tion (sprink­lers, etc ...).

Y PEN­SER AVANT

Il est en­fin im­por­tant de rap­pe­ler, qu’en règle gé­né­rale, pour que l’ac­tion en ma­tière de pré­ven­tion et de pro­tec­tion soit la plus ef­fi­cace pos­sible, les ques­tions de sécurité doivent tou­jours être po­sées en amont. Il ne faut donc pas at­tendre que les tra­vaux de construc­tion d’une nou­velle uni­té soient ter­mi­nés pour y pen­ser, car, si par exemple le conseiller en pré­ven­tion de­vait pré­co­ni­ser l’éloi­gne­ment d’une ac­ti­vi­té an­nexe par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reuse, il se­ra plus dif­fi­cile et plus coû­teux de le faire alors que les bâ­ti­ments ont dé­jà été construits que si ceux-ci étaient en­core sur plan. De même, le coût d’une ins­tal­la­tion de «ro­bi­nets d’in­cen­die ar­més» ou de «sprink­lers» est tou­jours plus ré­duit si on le conçoit au mo­ment de l’édi­fi­ca­tion de l’éta­blis­se­ment in­dus­triel ou com­mer­cial que si ce­lui-ci était dé­jà en cours d’ex­ploi­ta­tion. Il est donc né­ces­saire de faire de telle sorte que cette no­tion de sécurité soit un état d’es­prit, pré­sent à tous les ni­veaux de l’en­tre­prise, et un élé­ment dé­ter­mi­nant dans la prise de dé­ci­sion de tous les res­pon­sables, quel que soit leur sec­teur d’ac­ti­vi­té. A ce ni­veau, l’as­su­reur a aus­si un rôle im­por­tant à jouer. En fait, et plus par­ti­cu­liè­re­ment en ma­tière d’in­cen­die, l’as­su­reur doit être avant tout un par­te­naire dans toute la dé­marche de «ges­tion des risques» et l’as­su­ré a tout in­té­rêt à l’y as­so­cier. En ef­fet, de par son ex­pé­rience, l’as­su­reur connaît par­ti­cu­liè­re­ment les risques et il est en me­sure d’ap­por­ter va­la­ble­ment sa contri­bu­tion tant au stade de leur iden­ti­fi­ca­tion, qu’au ni­veau des me­sures de pré­ven­tion et de pro­tec­tion à mettre en place.

UNE GAMME D’IN­CI­TA­TIONS

L’as­su­reur dis­pose, en plus, d’un ar­gu­ment de taille pour convaincre ses as­su­rés des avan­tages de l’in­ves­tis­se­ment dans la sécurité : il s’agit de toute la gamme d’in­ci­ta­tions fi­nan­cières (ra­bais de prime) qui font de la tech­nique de ta­ri­fi­ca­tion in­cen­die le meilleur ou­til de vul­ga­ri­sa­tion et d’en­cou­ra­ge­ment à l’amé­lio­ra­tion de la sécurité dans les en­tre­prises. A titre d’exemple, l’ins­tal­la­tion d’ex­tinc­teurs au­to­ma­tiques peut faire bé­né­fi­cier l’en­tre­prise d’un ra­bais pou­vant at­teindre 80% de la prime (ce ra­bais, rap­pe­lons-le, l’as­su­ré conti­nue­ra à en bé­né­fi­cier même une fois que le coût de cette ins­tal­la­tion au­ra été to­ta­le­ment amor­ti par les éco­no­mies de prime). Pour que ces in­ci­ta­tions soient ef­fec­tives, en­core faut-il que les as­su­reurs, dans leur dé­marche quo­ti­dienne, (no­tam­ment au ni­veau de l’offre d’as­su­rance) sachent uti­li­ser ces ar­gu­ments à bon es­cient, que les re­la­tions as­su­reurs- as­su­rés soient ba­sées sur la confiance et que le choix que fe­ra l’as­su­ré pour un as­su­reur don­né ne soit pas dé­ter­mi­né par le seul cri­tère du prix, mais aus­si et sur­tout sur la ca­pa­ci­té du­dit as­su­reur à as­su­mer ce rôle de par­te­naire dans la ges­tion de ses risques. Ce qui est vrai au ni­veau de la na­ture des re­la­tions qui doivent exis­ter entre un as­su­reur don­né et son as­su­ré, l’est na­tu­rel­le­ment en­core plus à l’échelle de toute la pro­fes­sion qui doit as­su­mer son rôle de vul­ga­ri­sa­tion et de con­seil en ma­tière de sécurité in­cen­die tant ce fléau est une me­nace per­ma­nente pour les biens et les vies hu­maines. Cer­tains as­su­reurs (so­cié­tés, agents ou cour­tiers) conscients de cet as­pect de leur mis­sion es­sayent, certes, de le jouer vis-à –vis de leurs «clients» en leur pré­sen­tant, non pas un éven­tail de contrats, mais une offre d’as­su­rance dans la­quelle sont in­té­grées les in­ci­ta­tions à la mise en place d’un plan adé­quat de pré­ven­tion et de moyens d’ex­tinc­tion propres à l’en­tre­prise. Leur ef­fort est mal­heu­reu­se­ment sou­vent an­ni­hi­lé par d’autres opé­ra­teurs (eux, plus nom­breux) qui uti­lisent comme ar­gu­ment de « vente » la baisse sys­té­ma­tique des ta­rifs au point que cer­tains chefs d’en­tre­prise, pour qui l’as­su­rance est une charge (re­lé­guée et gé­rée par des comp­tables au même titre que les fac­tures d’élec­tri­ci­té, d’eau etc.) , fi­nissent par conclure qu’ils n’ont pas be­soin d’in­ves­tir dans la sécurité pour pro­fi­ter des prix les plus bas. Cette in­cons­cience des uns et des autres a un coût in­es­ti­mable quand une ca­tas­trophe sur­vient : coût pour l’en­tre­prise elle-même lors­qu’elle se ren­dra compte que, quels que soient les meilleurs contrats d’as­su­rance dont elle pou­vait dis­po­ser, cer­tains pré­ju­dices ne pour­rons ja­mais être rem­pla­cés ; coût pour l’as­su­reur en ques­tion sur son image de «simple ven­deur de contrats» alors qu’il de­vait avoir vo­ca­tion à être un par­te­naire en sécurité, tâche ô com­bien plus noble !

L’élé­ment es­sen­tiel au ni­veau de l’ef­fi­ca­ci­té de la lutte contre l’in­cen­die est la ra­pi­di­té d’in­ter­ven­tion. L’ins­tal­la­tion d’ex­tinc­teurs au­to­ma­tiques peut faire bé­né­fi­cier l’en­tre­prise d’un ra­bais pou­vant at­teindre 80% de la prime.

L’in­cen­die a tou­jours été in­ti­me­ment lié aux pro­grès tech­no­lo­giques, tant dans le do­maine

du bâ­ti­ment que dans ce­lui du ma­té­riel de production, de ma­nu­ten­tion ou

de sto­ckage

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