À L’ÉPREUVE DES URGENCES

Dans une in­ter­view ac­cor­dée à Reu­ters, le 27 oc­tobre 2015, notre lo­quace mi­nistre des Fi­nances dé­cla­rait: «Nous sommes très frus­trés par la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale concer­nant son sou­tien à notre ex­pé­rience dé­mo­cra­tique in­édite».

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par Rid­ha BEN SLAMA

La Tu­ni­sie de­mande au G8 un pro­gramme de sau­ve­tage ou un Plan Mar­shall de 25 mil­liards $ sur cinq ans pour fi­nan­cer le dé­ve­lop­pe­ment des in­fra­struc­tures, sou­te­nir la paix so­ciale, ren­for­cer la sécurité et ré­duire le dé­fi­cit bud­gé­taire [...] «Si la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale manque à sou­te­nir la Tu­ni­sie avec un grand pro­gramme, nous nous ex­po­se­rons à une si­tua­tion en­core plus dif­fi­cile et, alors, la tem­pête pour­rait tour­ner à l’ou­ra­gan». Voi­là ce qui s’ap­pelle par­ler ! Le plus «frus­trant» dans cette af­faire, c’est que plus de 10 jours après, on ne dé­tecte au­cune ré­ac­tion pal­pable de la part de cette «com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale» in­trou­vable, ou de ce G8 (dé­sor­mais re­bap­ti­sé G7) qui fait la sourde oreille ! Som­mes­nous de­ve­nus si in­au­dibles ? Pour­tant, c’est l’Etat tu­ni­sien, par la voix de son mi­nistre des Fi­nances, qui a lan­cé ce si­gnal de dé­tresse. En re­pre­nant une vieille for­mule at­tri­buée au ra­di­cal Hen­ri Queuille (an­cien pré­sident du Con­seil de la IVe Ré­pu­blique), faut-il nous ré­soudre à dire : « Les pro­messes n’en­gagent que ceux qui y croient...» . Tout res­pon­sable avi­sé sait par­fai­te­ment que les pro­cla­ma­tions gran­di­lo­quentes dans ce genre d’ins­tances ne sont des­ti­nées qu’à faire illu­sion. Ra­re­ment, les pro­messes sont te­nues, et les exemples abondent ! Les pays du G8/7 se font les pro­mo­teurs du libre-échange et pré­sentent la mon­dia­li­sa­tion des mar­chés comme le seul moyen de fa­vo­ri­ser la crois­sance, de lut­ter contre la pau­vre­té... Or, non seule­ment ils im­posent bru­ta­le­ment cette vi­sion étri­quée au reste de la pla­nète, mais en plus ils n’ap­pliquent même pas leurs propres for­mules «ma­giques». Ils cherchent plu­tôt à contrô­ler les autres pays, alors que leurs fron­tières res­tent en­core qua­si­ment fer­mées aux pro­duits pro­ve­nant des pays dits en dé­ve­lop­pe­ment, mal­gré tous les beaux dis­cours du G8/7 sur la né­ces­saire ou­ver­ture des mar­chés. Outre cette stra­té­gie de prin­cipe qui ré­git le com­por­te­ment des ini­tia­teurs de la mon­dia­li­sa­tion, il faut ajou­ter le contexte éco­no­mique in­ter­na­tio­nal qui se ca­rac­té­rise par une réelle fri­lo­si­té. Le taux de crois­sance est presque nul dans l’Union eu­ro­péenne, au Ja­pon et au Bré­sil. La Rus­sie passe par une pé­riode de ré­ces­sion qui per­dure. Dans les pays émer­gents, on constate un ra­len­tis­se­ment gé­né­ra­li­sé, en par­ti­cu­lier en Chine, ce qui af­fecte la crois­sance dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment, les pays à éco­no­mie en tran­si­tion, mais per­turbe éga­le­ment une aléa­toire re­prise dans les pays dé­ve­lop­pés, en par­ti­cu­lier dans la zone eu­ro, notre pre­mier par­te­naire. Par consé­quent, s’éton­ner ou s’in­di­gner face à ce mu­tis­me­dé­sin­té­rêt du Groupe re­lè­ve­rait d’une pa­thé­tique can­deur. Le gou­ver­ne­ment tu­ni­sien est in­con­tes­ta­ble­ment sous pres­sion, mais il doit sa­voir ré­pondre aux mul­tiples dé­fis ar­dus, sans pour au­tant tom­ber dans les so­lu­tions de fa­ci­li­té ou s’aven­tuer à hy­po­thé­quer, ne se­rait-ce qu’une in­fime parcelle de la sou­ve­rai­ne­té et de l’in­dé­pen­dance de la Tu­ni­sie. Son rôle est d’har­mo­ni­ser les contraintes et les exi­gences de la bud­gé­ti­sa­tion, de prendre des dé­ci­sions po­li­tiques conformes à l’in­té­rêt du pays dans cette étape cru­ciale, alors même que les struc­tures de sup­port et les ins­ti­tu­tions sont en pleine mu­ta­tion. Sor­tir de la tem­pête et échap­per à l’ou­ra­gan en comp­tant d’abord sur soi-même, c’est dé­sor­mais la mis­sion pre­mière de ce gou­ver­ne­ment.

Les pays du G8/7 se font les pro­mo­teurs du libre-échange et pré­sentent la mon­dia­li­sa­tion des mar­chés comme le seul moyen de fa­vo­ri­ser la crois­sance, de lut­ter contre la pau­vre­té...

Le som­met du G7 en Ba­vière (juin 2015)

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