LES BLEUS ONT LE BLUES

Le nou­veau siège de Tu­ni­sie Té­lé­com (TT) ex­hibe une fière al­lure au Centre Ur­bain Nord à Tu­nis. Lan­cés en dé­cembre 2011, les tra­vaux ac­cusent ce­pen­dant un re­tard. L’inau­gu­ra­tion an­non­cée pour le pre­mier se­mestre 2014 se fait en­core dé­si­rer. Une su­per­fi­cie

La Presse Business (Tunisia) - - SOMMAIRE - Par La­mine KHA­LIL

Souffre-dou­leur de l’Etat, du mi­nis­tère de tu­telle, de ses agents et de leur syn­di­cat, l’opé­ra­teur his­to­rique plonge inexo­ra­ble­ment. Tous ses in­di­ca­teurs sont au rouge. En consul­tant le der­nier ta­bleau de bord (août 2015) de l’INT, on dé­couvre que TT ne compte plus que 849.439 abon­ne­ments fixes et 4.943.527 abon­ne­ments mo­biles. Soit un to­tal de 5.792.966 abon­ne­ments. Des parts de mar­ché en berne, tour­nant au­tour de 35% seule­ment sur le mo­bile. Les abon­ne­ments fixes se si­tuaient à 1.281.102 lignes à la fin 2010, une perte avoi­si­nant le tiers du parc. Sur son site web, l’opé­ra­teur se targue quand même d’avoir 24 di­rec­tions ré­gio­nales, 80 Ac­tels et points de vente et plus de 13 mille points de vente pri­vés. L’en­tre­prise em­ploie plus de 8.000 agents. Un pa­tri­moine im­mo­bi­lier ri­chis­sime et des res­sources hu­maines in­ta­ris­sables. En contre­par­tie, les deux opé­ra­teurs pri­vés, Ooredoo et Orange, ne comptent que 3.700 em­ployés pour près de 65% de parts de mar­ché. En juillet 2006, il a été pro­cé­dé à l’ou­ver­ture du ca­pi­tal de Tu­ni­sie Té­lé­com à hau­teur de 35% en fa­veur du consor­tium émi­ra­ti TeCom-DIG. Cette opé­ra­tion vi­sait à amé­lio­rer la ren­ta­bi­li­té de Tu­ni­sie Té­lé­com et à lui per­mettre de se his­ser par­mi les grands opé­ra­teurs in­ter­na­tio­naux. En ef­fet, entre dé­cembre 2003 où la part de mar­ché de Tu­ni­sie Té­lé­com était de 73,58 % et dé­cembre 2006 où elle n’était plus que de 58,18%, TT était dé­jà sur la pente des­cen­dante. Au­jourd’hui, la si­tua­tion est loin d’être meilleure. Chiffres, courbes et dia­grammes en chute libre confirment l’avis gé­né­ral des Tu­ni­siens. Une simple vi­site à une agence TT pour ré­gler une fac­ture de té­lé­pho­nie fixe, in­dis­pen­sable à un abon­ne­ment Adsl, nous rap­pelle une époque ré­vo­lue. Des gui­chets, certes, mais vides. Un ou deux em­ployés uni­que­ment, l’ac­cueil froid, le ser­vice bu­reau­cra­tique et la non­cha­lance ty­pique de l’ad­mi­nis­tra­tion tu­ni­sienne ar­chaïque. Le mas­to­donte n’est plus que l’ombre de lui­même. La concur­rence est fé­roce, les charges sont in­nom­brables et le nou­veau siège, conçu pour re­do­rer son image, vient gre­ver les maigres res­sources de l’opé­ra­teur. Un siège, à 65% du moins, à la charge du contri­buable. Les mi­nistres de tu­telle se suivent et se res­semblent, cha­cun consi­dé­rant l’en­tre­prise comme une manne fi­nan­cière. On la brade, on la sous-es­time, on lui in­flige un Mvno (Ly­ca­mo­bile) étran­ger pour la dé­plu­mer. Noo­mane Feh­ri, ac­tuel mi­nistre des TIC’s, semble don­ner le coup de grâce à son opé­ra­teur fé­tiche. In­ca­pable d’ho­no­rer les en­ga­ge­ments de ses pré­dé­ces­seurs, il a lan­cé fi­na­le­ment son ap­pel d’offres pour la qua­trième gé­né­ra­tion. Une gé­né­ra­tion qui se construit sur un ré­seau de fibres op­tiques propre à chaque opé­ra­teur. Le mi­nistre n’a plus be­soin du dé­grou­page. Pour lui, ce n’est plus une prio­ri­té. Dans ses in­ter­views presque quo­ti­diennes, il mi­ni­mise les pro­jets stra­té­giques en at­tente et se pro­jette dans une vi­sion nu­mé­rique vir­tuelle qu’il construit avec des pro­messes ne dé­pen­dant ni de son mi­nis­tère, ni de son man­dat.

La concur­rence est fé­roce, les charges sont in­nom­brables

et le nou­veau siège, conçu pour re­do­rer son image,

vient gre­ver les maigres res­sources

de l’opé­ra­teur.

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