HIS­TOIRE DE LA CULTURE DE L’OLI­VIER DANS LE CENTRE DE LA TU­NI­SIE

Nous con­ti­nuons de pu­blier la syn­thèse d’un rap­port ré­di­gé par Paul Bourde, di­rec­teur de l’Agri­cul­ture au temps du Pro­tec­to­rat fran­çais, et qui a fo­ca­li­sé ses tra­vaux sur l’ave­nir de la culture de l’oli­vier dans le Centre de la Tu­ni­sie

La Presse Business (Tunisia) - - HISTOIRE -

L’étude de l’his­toire cor­ro­bore l’ob­ser­va­tion des lieux. Il faut vio­len­ter les textes pour ti­rer des au­teurs an­ciens l’in­di­ca­tion que les condi­tions agri­coles d’au­tre­fois dif­fé­re­raient no­ta­ble­ment de celles d’au­jourd’hui. Spar­tien, Saint Cy­prien, Vic­tor de Vite parlent dé­jà des sé­che­resses de l’Afrique et des ca­la­mi­tés qu’elles causent. Co­rippe dé­crit le sirocco comme on pour­rait le faire au­jourd’hui. Hé­ro­dote est sans va­leur pour les pays au-de­là du lac Tri­ton. Pour croire aux fo­rêts qu’il y si­gnale, il fau­drait croire aux hommes sans tête dont il les peuple. Les pas­sages de Pline et de Ju­vé­nal, les ins­crip­tions men­tion­nant des sal­tus, les lois de Va­len­ti­nien que cite M. Tissot se rap­portent à des cir­cons­tances lo­cales qui n’im­pliquent nul­le­ment un boi­se­ment consi­dé­rable du pays. Les fo­rêts de Ta­bar­ka, les fo­rêts de cèdres de Bat­na et de Te­niet-el-Haad n’ont pas ces­sé d’exis­ter; on pour­rait en­core consti­tuer de nos jours, au­tour de Bé­ja, de Té­bour­souk et de Tha­la, des sal­tus, c’est-à-dire des pro­prié­tés com­po­sées de pâ­tu­rages et de bois, les fo­rêts de la Krou­mi­rie et de la Ka­by­lie pour­raient tou­jours four­nir des bois de char­pente et de chauf­fage à Rome. Tout ce­la n’em­pêche point que l’Afrique ne soit ac­tuel­le­ment un pays peu boi­sé, et puis­qu’on n’a pas d’autres faits à pro­duire sur sa phy­sio­no­mie aux pre­miers siècles de l’oc­cu­pa­tion ro­maine, il est bien per­mis de dire que tout ce­la ne l’em­pê­chait pas d’être éga­le­ment peu boi­sée à cette époque. Le seul au­teur qui se soit pro­po­sé de réunir en un ta­bleau d’en­semble les traits ca­rac­té­ris­tiques de l’Afrique, Sal­luste, est sur tous ces points d’une net­te­té par­faite : «le sol y est fer­tile en grains, dit-il, abon­dant en pâ­tu­rages, in­fé­cond en arbres; les pluies et les sources y sont rares». Sal­luste avait fait la cam­pagne de Thap­sus avec Cé­sar, le­quel ti­rait les bois de ses ma­chines de Si­cile, «parce qu’il n’y en avait point en Afrique», et il fut en­suite gou­ver­neur de la Nu­mi­die; il connais­sait donc mieux qu’au­cun des écri­vains qu’on lui op­pose ce dont il par­lait. Les ren­sei­gne­ments to­po­gra­phiques lo­caux, que le ré­cit des cam­pagnes contre Ju­gur­tha l’amène à don­ner, confirment sa des­crip­tion gé­né­rale. Il en est dans le nombre qui concerne spé­cia­le­ment le Centre de la Tu­ni­sie et dont il est sur­pre­nant que per­sonne n’ait fait res­sor­tir l’in­té­rêt. Ce sont ceux de la marche de Ma­rius, des en­vi­rons de Tha­la sur Capsa, la Gaf­sa d’au­jourd’hui. «Les ha­bi­tants de Capsa, dit-il, étaient pro­té­gés contre l’en­ne­mi par leurs for­ti­fi­ca­tions, leurs armes et le nombre de com­bat­tants, mais en­core plus par d’af­freux dé­serts. Car, ex­cep­té les en­vi­rons de la ville, tout le reste de la contrée est in­ha­bi­té, in­culte, pri­vé d’eau, in­fes­té de ser­pents». Donc, rien qui res­semble au pays ar­ro­sé et vert qu’on ima­gine

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