KÉRES

Il y a de fort grands maîtres in­ter­na­tio­naux de l’étoffe d’un cham­pion du monde, mais qui n’ont ja­mais ac­quis ce titre pour des rai­sons di­verses. On compte par­mi eux, Vik­tor Kortch­noy, Da­vid Bron­stein, Ra­chid Ne­j­me­di­nov, mais sur­tout Paul Kéres.

La Presse Business (Tunisia) - - ÉCHECS -

Le grand maître so­vié­tique Paul Kéres est né le 7 jan­vier 1916 en Estonie et dé­cé­dé le 5 juin 1975 à Hel­sin­ki à la suite d’une crise car­diaque. De­ve­nu maître en 1934 et grand-maître in­ter­na­tio­nal en 1950. A part sa vo­ca­tion es­sen­tielle pour les échecs, il est jour­na­liste. La dis­pa­ri­tion de ce grand joueur connu par son ta­lent, son sens de la com­bi­nai­son et sur­tout pour ses ou­ver­tures dans le dé­but des par­ties, laisse un grand vide dans le monde éché­phile. Kéres n’a ja­mais sui­vi les che­mins bat­tus. En jouant les noirs, il com­bine la dé­fense Niem­zo­vitch et la dé­fense Hol­lan­daise 1.d4 e6 2.c4 ¥b4+ 3. ¤c3 f5 ; en jouant les blancs, il n’hé­site pas à ap­pli­quer le gam­bit du Roi 1.e4 e5 2.f4. A chaque dé­but il ap­porte des idées nou­velles. Le fait de par­ti­ci­per à de nom­breux tournois par cor­res­pon­dance l’ai­da à dé­ve­lop­per sa fa­cul­té d’ana­lyse. Il fut l’un des plus grands joueurs d’échecs entre la fin des an­nées 1930 et le mi­lieu des an­nées 1960. Ké­rès a rem­por­té le très fort tour­noi AVRO de 1938, de­van­çant les meilleurs joueurs des an­nées 1930 : Fine, Bot­vin­nik (fu­tur cham­pion du monde), Euwe (an­cien cham­pion du monde), Re­shevs­ky, Ale­khine (cham­pion du monde de l’époque), Ca­pa­blan­ca (aus­si an­cien cham­pion du monde) et Flohr. Il a ter­mi­né troi­sième du cham­pion­nat du monde d’échecs dis­pu­té en 1948 et quatre fois deuxième du tour­noi des can­di­dats au cham­pion­nat du monde de 1953 à 1962, n’étant de­van­cé à chaque fois que par les fu­turs cham­pions du monde : Vas­si­ly Smy­slov (en 1953 et 1956), Mi­khaïl Tal1 (en 1959) et Ti­gran Pe­tros­sian (en 1962). Il rem­por­ta trois fois le cham­pion­nat d’URSS en 1947, 1950 et 1951. L’es­sor du mou­ve­ment échi­quéen en Estonie so­vié­tique a fait la né­ces­si­té de pu­blier des livres d’échecs en es­to­nien. Kéres a beau­coup fait dans ce do­maine. Il est l’au­teur d’un ma­nuel pour les dé­bu­tants et d’un ou­vrage fon­da­men­tal sur les ou­ver­tures. Ses livres ont été tra­duits en russe en al­le­mand en es­pa­gnol et en an­glais. Paul Kéres est aus­si l’au­teur de livres tra­duits en fran­çais : Mes par­ties fa­vo­rites de Fi­scher, Spass­ky, Kortch­noï et Lar­sen, édi­tions Ches­sy, 2004 et aus­si les fi­nales d’échecs pra­tiques.

Le fait que Kéres per­dit quatre par­ties suc­ces­sives contre Mi­kail Bot­vin­nik à la Haye et Mos­cou en 1948, a tou­jours aba­sour­di les ad­mi­ra­teurs de l’Es­to­nien. Paul Kéres leur pa­rut comme l’hé­ri­tier d’Ale­khine après Avrode en 1938. Le fait que Kéres ait en­re­gis­tré un gain ra­pide sur Bot­vin­nik à la fin du match, quand le Mos­co­vite était dé­jà as­su­ré du titre mon­dial, a ali­men­té les soup­çons qu’il y avait un ar­ran­ge­ment. Le grand maître amé­ri­cain Lar­ry Evans a main­te­nu qu’il suf­fit d’étu­dier les quatre par­ties per­dues pour com­prendre que Kéres était contraint à se lais­ser battre par Bot­vin­nik. D’autres com­men­ta­teurs ont vu les par­ties et le contraire. En tout cas, l’at­mo­sphère dans la­quelle Kéres de­vait jouer pour le titre a été ré­vé­lée par la pu­bli­ca­tion de do­cu­ments se­crets dans le ma­ga­zine mos­co­vite 64.

Ci-des­sous de ses par­ties au tour­noi des can­di­dats en 1959 à Za­greb, comp­tant pour la qua­li­fi­ca­tion du cham­pion­nat du monde in­di­vi­duel d’échecs.

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